En résumé

Lundi 12 mai 2008
Tags : Territoires Palestiniens photo

Sur les routes de Palestine, on peut voir des Samaritains qui fêtent leur Pâque sur le mont Gerizim, des moutons paître comme tous les autres moutons du monde, même à portée de fusil des colonies juives, des déserts hostiles comme des cactus renfermant des trésors de verdure et des saintetés vertes et ocres en veux-tu-en voilà... L'écart à Abou Gosh, sur les routes d'Israël, nous rappelle qu'au temps des croisées, tout n'était que Terre sainte.


Un garçon, sur le mont Gerizim, le lieu saint des derniers Samaritains, le jour de leur Pâque


Le mur, à Bethléem, près de la tombe de Rachel, un terrain d'expression idéal


Un troupeau de moutons sous la colonie juive de Har Bracha, sur une colline attenante au Gerizim


Jeunes Samaritaines le jour de la Pâque. Les jupes des filles sont d'autant plus courtes que les oreilles des garçons sont pointues.


Un Christ en majesté, entouré d'une vierge et d'un saint Jean. Eglise croisée Sainte-Marie-de-la-Résurrection d'Abou Gosh


Les bois verts du wadi Kelt, le monastère Saint-Georges s'y cache du désert de Judée dans la descente vers Jéricho


Le cénotaphe sur la tombe supposée de Moïse au ribat éponyme de Nabi Moussa




par Qalawun
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Dimanche 11 mai 2008
Tags : Israël 60 ans

J'étais invité samedi à bruncher chez un couple qui habite le quartier de Rehavia. Lui est informaticien au ministère du Tourisme et elle éducatrice pour jeunes enfants. En attendant de finir ses études, elle travaille au Toys'R'us de Talpiot. C'est elle qui nous a founis en déguisement pour les deux derniers pourims. Comme elle ne compte qu'un article sur deux quand on passe aux caisses, ça fait réaliser des économies substantielles. Bref, là n'est pas le propos. Samedi, c'est une belle journée. Il fait bon au soleil mais un peu frais à l'ombre. Une légère brise vient titiller le poil qui a tôt fait de se hérisser. Il est midi. Je gare la voiture dans le quartier tranquille. C'est shabbat, les gens sont chez eux. Il n'y a pas de voiture dans les rues. Quelques gars à kippas tressées, bleues et blanches, passent à côté de moi. Leurs longs tsitsit s'agitent à chaque pas. Loin devant, au bout de la rue, un haredim, noir, barbe noire, chapeau noir. Il semble moins pressé que ses confrères de Mea Sharim.






A propos de ce quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem, Mea Sharim, où vivent quasi recluses des communautés très fermées de juifs ashkénazes et rigoristes, j'ai voulu y passer en rentrant de Tel Aviv, vendredi soir. Il devait être en 18h30 et 19h00 ; c'est à dire à l'heure où shabbat commence. Je sens bien que je suis border line. A l'orée du quartier, déjà les petits hommes en noir sortent de partout, sans doute pour aller au Kotel. Leurs enfants et leurs femmes, seuls éléments légèrement colorés (en blanc) de la rue, s'agitent sur les trottoirs. Je suis une voiture qui file rapidement en s'enfonçant dans une large rue du quartier. Je suis stoppé par un feu rouge et j'entends alors des bruits de gamins qui crient. Paf ! Le bruit métallique d'une pierre sur ma carrosserie. Bling. Je vois dans le rétroviseur la troupe de gamins qui s'agitent. Hauts comme trois pommes. Six ans, peut-être huit. Et les pères qui ne font rien. Une vieux monsieur bedonnant, le streimel bien vissé sur la tête, regarde la scène impassible. Je comprends vite qu'il me reste qu'une chose à faire, griller le feu rouge et faire demi-tour, illico. En repassant en sens inverse, le moteur rugissant pour me casser au plus vite de l'endroit mal fâmé, je vois la petite troupe ramasser d'autres cailloux. Ils loupent leur cible et je file vite retrouver la route du mont Scopus. Je suis surpris car les haredim ferment d'habitude leurs rues à la circulation dès le shabbat commencé. Et la police, qui tentait autrefois de s'interposer et de laisser les routes ouvertes et accessibles, laisse aujourd'hui faire.





On monte les escaliers du petit immeuble de pierre blanche. Ils se ressemblent tous dans le quartier. Deux ou trois étages, en retrait sur le trottoir avec un petit jardinet devant. L'entrée sur le côté donne accès à la cage d'escalier éclairée d'une lumière zénithale. Chaque appartement a son balcon. Trois pièces, en général et des fenêtres qui ne s'ouvrent pas comme chez nous, avec deux battants, mais qui coulissent. On entre, Maya et Nati, qui ont invité beaucoup d'amis pour le brunch, sont encore presque seuls. Un couple cachés derrière de grosses lunettes de soleil est assis sur un hamac, un joint à la main. Le balcon que je découvre est une merveille. C'est une jungle miniature de plantes grasses et odoriférantes aux noms fabuleux. Je retiens une menthe citronnée à laquelle je me frotte longuement les doigts. Je fais sentir à mon Israélien. C'est un délice. Maya, comme Nati son concubin, sont petits, sympathiques et un peu gros. Leur chatte, Marylin, est une vraie salope, n'hésitant pas à vous faire les yeux doux pour venir vous mordre ou vous griffer. Et dieu sait que j'aime les chats. Elle est aussi grassouillette que ses maîtres dont je connais l'amour pour les films américains, la junk food, les photos de vacances à Chypre et les totems d'Apaches ou d'Appalaches. Le couple nous fournit habituellement en dvix et autres mauvais  films que j'ai souvent bien du mal à choisir. Peu importe. Je me lave souvent le cerveau devant ce genre de films. Chose pour laquelle je les remercie d'ailleurs très souvent.






Arrive Meshmesh, de son vrai nom Tamar, une serveuse du Gula qui bosse aussi je ne sais où. Cheveux frisés, aux formes généreuses, proches du disgracieux. Elle est sympa. Ses cheveux roux lui ont valu son surnom d'abricot. Un couple, Eli et sa copine. Lui est charmant, hétéro mal dégrossi, petit et poilu, j'aime. L'oeil sympa, rieur, les dents du bonheur. Il a des grosses chaussures de marche, rien de distingué, au contraire. Mais des faussettes délicieuses. Je lui casserais bien les pattes arrières comme j'aime dire de temps en temps. Je croise un ou deux de ses regards ambigüs pendant le brunch, entre deux passages près de la table du salon pour se resservir, moi la main dans le homos, lui saisissant un jachnoon, ces traditionnels boudins de pâte mous et servis chauds, une spécialité du Yémen. On s'engueule presque sur la couleur du drapeau jordanien qui est hissé sur un mât de cinquante mètres à Aqaba. Je soutiens que c'est le drapeau jordanien. Il soutient que c'est un drapeau islamique, hissé là pour être vu de l'Arabie saoudite et de l'Egypte, toutes proches, et d'Israël à... 5 kilomètres. Cela me paraît improbable voire être une énorme bêtise. "La Jordanie n'est pas un pays hostile, pourquoi met-elle un drapeau qui ressemble à celui des Palestiniens ?" m'interroge-t-il. Quelle drôle de conception : arborer un drapeau palestinien (encore eut-il fallu que s'en fût vraiment un, à Aqaba, les deux drapeaux jordanien et palestinien ne se distingant que par la présence d'une étoile à 7 branches) est un signe d'hostilité à Israël... ?!! Encore un bel exemple des amalgames et de la parano en vigueur en Israël, même chez les jeunes. Sa copine ne m'intéresse pas vraiment, même si elle ressemble à une Ophélie préraphaélite.






Une jeune femme qui finit ses études de Chimie me raconte les malheurs d'une amie non juive qui tente de s'établir en Israël pour travailler. Elle est journaliste, me dit-elle et n'arrive pas à se voir accorder un visa de travail.  Elle n'en revient pas quand je lui raconte les déboires d'autres gens sans histoire venus exercer leur métier de journaliste en Israël. Elle s'insurge rapidement contre la politique de son pays mais me tourne rapidement le dos quand je mentionne les Territoires Palestiniens. "Ah ? Vous allez là bas ?"






Il y a Nicole qui revient d'un voyage en Espagne dont elle a rapporté la frange célèbre des madrilènes. Robe courte à fleur, quelques piercings aux oreilles, une peau bronzée. Elle a un rire éclatant, à gorge déployée et semble rire de tout. Des chevilles à ravir l'homo le plus endurci. Elle parle fort et bien l'anglais. Elle ponctue ses histoires de muchachos et autres amigos. Elle est drôle et terriblement belle et vivante. En fait, tout le monde n'est pas aussi vivant qu'elle. Elle pourrait être une héroîne de film, sur les années 60, la révolution sexuelle, Almost Famous ou je ne sais quoi. Cette fille est éminement sexuée et débordante de charme. Bref. La véritable révélation de ce brunch que je ne peux m'empêcher de regarder. Elle ne me jette pas l'ombre d'un regard. Du monde, d'autres gens. Une jeune fille qui part s'établir au Nouveau Mexique, à Albuquerque et d'autres que je ne connais pas, perdus au milieu de la jungle du balcon.






Un grand drapeau israélien flotte sur le balcon, en haut d'une longue perche. Il fait beau, jaune bleu vert et blanc. Ces gens sont beaux et tout ça est très agréable. Chose insolite, des milliers de drapeaux israéliens, distribués dans tous les journaux du pays, ont été mal imprimés : l'étoile de David, dont deux des pointes font d'ordinaire face aux deux bandes bleues du drapeau, a subi une rotation de quelques degrés, modifiant subreptiscement l'agencement du drapeau. Sacrilège perpétré par l'industrie chinoise. A moindre coût, drame d'Etat. Le tiers des drapeaux du pays, tous suspendus aux fenêtres sont de mauvais drapeaux.



par Qalawun
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Mercredi 7 mai 2008
Il y à deux ou trois semaines, Naplouse a sans doute vécu l'un de ses plus gros concerts. Aussi improbable que cela puisse paraitre, les fauteurs de troubles étaient un petit groupe français de rap musette, Ministère des Affaires Populaires - MAP. La belle université de Naplouse, Al Najah, véritablement fondée en 1973 mais dont les origines remontent à 1918, accueillait dans son nouveau campus à flanc de montagne les 4 ou 5 compères du groupe français. Etant, pour 3 ou 4 d'entre eux, "issus de l'immigration", leur discours avait une résonance toute particulière auprès du public de Naplouse : We are all Palestinans, Palestine don't surrender, Palestine we love you. Même si aucun d'entre eux ne parlait arabe, l'origine supposée commune -l'arabité ici- fait son travail de rapprochement. Cela dit, on aura vite assez de ce discours de solidarité affichée qui se retourne parfois contre l 'annonceur. Que des Français clâment "on est tous Palestiniens" lors d'un concert à Gaza, au plus fort du blocus israélien, n'a aucun sens et frôle l'irrespect pour le public gazaoui. Quand bien même soit-on d'origine arabe.


Les foules estudiantines généralement oppressées par la situation sécuritaire et humanitaire dans la ville ont trouvé dans ce concert leur exutoire d'un soir. Près de 5.000 étudiants, pour une université qui en compte plus de 16.000, sont venus s'assoir sur les gradins de l'amphithéatre à ciel ouvert : filles d'un côté, garçons de l'autre. La répartition selon le sexe - on serait tenté de dire ségrégation - créait une drôle de dichotomie visuelle : du jaune, orange, rouge et couleurs chair de bras dénudés des hommes d'un côté, et du noir, du rose et du violet des abayas et des voiles de l'autre. Ce soir là, aucune éruption de violence. Pas d'agitation. Juste une sorte de joie assez extraordinaire d'une jeunesse qui semble aimer le rap musette.



Le soleil se couche sur Naplouse, ville à flanc de montagnes, dont la qasba s'étale dans le fond du vallon. Sa vieille ville est réputée en Israël pour être le terreau et le nid du terrorisme. Les jeunes gens qui y vivent ressemblent plutôt à de la volaille cloitrée de batterie qu'une opération de l'armée israélienne vient régulièrement réveiller en pleine nuit, pour arrêter ou dégommer un activiste recherché.


Naplouse, une ville de plus de 200.000 habitants est bouclée en permanence par l'armée israélienne depuis la seconde Intifada. Ne peuvent en sortir que les Palestiniens munis d'un permis spécial ou les urgences médicales. Et encore... Depuis lundi à minuit, les Territoires Palestiniens sont totalement bouclés? Aucun Palestinien lambda n'en rentre ni n'en sort.

Chut ! Israël fête son anniversaire.


par Qalawun
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Dimanche 4 mai 2008

Tags : Israël Indépendance Territoires Palestiniens


J'ai passé une partie de mon dimanche au parc de l'indépendance, près de l'ancien cimetière islamique. Là où sur les tombes ancestrales des compagnons de Saladin, Israël souhaite édifier le Musée de la Tolérance. - Rires - . Couché dans l'herbe, torse nu, j'ai lu, pas mal, le bouquin de Régis Debray. Un concentré bien senti de la situation dans la région. Appréciable. Je ne manquerai pas d'en sortir quelques extraits la prochaine fois. Bronzant, le casque sur les oreilles en écoutant Blondie, je remarque qu'un jeune quarantenaire s'est assis à trois mètres de moi, à l'ombre d'un petit arbre. Il me sourit quand je le découvre, là, à mon côté, me dévorant du regard. Je n'ai pas le temps de voir s'il est beau que je lui tourne le dos, n'ayant rien à lui offrir que la vue de mon postérieur. Il finira par partir de lui-même près de deux heures plus tard, las de ne voir que mon derrière sans que je cède au jeu de regard qu'une telle situation habituellement impose. Le parc de l'Indépendance est une grande étendue ronde d'herbe, avec quelques pins, des beaux corbeaux et plein de refoulés religieux et de pédés qui viennent dragouiller à la faveur du jour tombant. Il n'y avait donc aucun malentendu sur ce que cherchait ce jeune quadra, à 3 mètres assis d'une jeune homme bronzé en mini short.

 

 


Israël célèbre ses 60 ans la semaine prochaine. Six décennies passées à combattre pour sa survie. Quatre décennies passées à occuper un territoire qui, jusqu'à nouvel ordre, ne lui appartient pas : la Cisjordanie. Cette occupation est la pire chose qui lui soit arrivée dans sa courte histoire. Nul besoin d'être savant pour saisir ça. Qu'a-t-elle apporté d'autre qu'une ribambelle de problèmes épineux, désormais indémélâbles et explosifs ? « Les frontières stratégiques d'Israël sont au Jourdain ». Soit. Mais l'occupation comme pis aller ? Non, non et non. Il y a des alternatives et tout le monde le sait en Israël, comme en dehors.


 


Je discutais hier avec la lesbienne lipstick et la nageuse est-allemande. Dont j'apprends qu'elles ont été en couple, ensemble, pendant 5 ans. La première est allé assister aux célébrations « alternatives » de la Shoah, dont Israël commémorait les 6 millions de morts jeudi dernier. Rendez-vous compte, 6 millions. Dans un grand hangar, non pas seulement des survivants mais tous sont venus évoquer leur Shoah. Des jeunes, des vieux, des juifs et des goyim, des colons et des gens de gauche. Comment la voient-ils, comment leur a-t-elle été racontée, comme la surmontent-ils ? Une Philippine garde-malade vient raconter ce qu'est pour elle la Shoah vue à travers un couple de rescapés qu'elle soigne à domicile. Ce qu'évoque pour elle le numéro tatoué. «Une Shoah plus humaine » me dit ma lipstick, aussi perturbant que cela puisse paraitre, plus historique, moins sacralisée, qui puisse enfin être dépassée, dont on puisse faire le deuil. Après la mort des derniers rescapés, d'autres devront la raconter, humainement, et la faire sortir de Yad Vashem. Ce temple auquel chacun va sacrifier son temps, où chaque Européen va discrètement battre sa coulpe, où les gerbes de fleurs de nos diplomates occidentaux obligés s'accumulent, est le garant que la Shoah ne sera pas oubliée. Ce flambeau éternel de la mémoire semble pourtant faire obstacle au travail de deuil. Qui passe, m'a-t-on dit, par une « liquidation ». Elle empoisonne une partie des cerveaux du coin. De l'air, de l'air ! Dis-t-on souvent dans les cercles intellos de Jérusalem-Ouest. Ma lipstick en profite au passage pour accuser les Ashkénazes d'avoir monopolisé la Shoah. Une blaque juive : le jour de la Shoah est appelé le « jour des Ashkénazes ». Ce qu'elle nous rappelle, la lipstick aux cheveux noir de jais, c'est que les Séfarades, eux-aussi, ont eu leur Shoah, moins connue, moins massive, mais tout aussi terrible. « Des juifs maghrébins ont aussi été déportés à Bergen-Belsen » me dit-elle.

 


J'en profite pour reporter ici quelques lignes d'un candide en terre sainte : « C'est une affaire de mémoire et de culture, me répond-il. Nous avons des yeux pour voir parce que, dans notre mémoire de petit écolier, il y a l'Exposition coloniale, le saumon des mappemondes, le bon Nègre, le sale Bicot et mon Tonkinois. En Europe du Sud, vous avez l'expérience du colonialisme, chacun connaît l'autre côté de la médaille. Mais quand on est ashkénaze, que la famille vient d'europe centrale, de Pologne, de Russie et a fortiori de Brooklyn, on ignore tout de cet univers. Nous disons « colonie », ils disent « settlement ». Nous disons « occupation », ils disent « mise en valeur ». Ce n'est pas qu'ils pensent qu'un bon Indien est un Indien mort, mais coloniser, pour eux, c'est civiliser ». Fin de citation.


« Le problème, c'est que la colonisation, c'est passé de mode »me disait un jour un diplomate.


La seconde – au physique de nageuse - n'en finissait d'honnir son pays avec ces célébrations du soixantennaire : « Qu'a-t-on à célébrer ? Qu'un échec du vivre ensemble, qu'une apologie de la spoliation, nous-même qui avont été dépossédés, déportés, exterminés, il y a à peine 60 ans, répétons le même schéma ». Le bourreau sommeille-t-il en toute victime ? « La situation sociale intérieure est lamentable, insoutenable à l'extérieure, notamment les mensonges de Tsahal ». Elle évoque alors la mère de famille palestinienne et ses quatre enfants tués pendant leur petit-déjeuner la semaine dernière, à Gaza, par un obus israélien.


 


Elles évoquent ensemble yom ha zikaron – le jour de commémoration pour les soldats morts au combat et les victimes des attentats. Cette fête triste, où la nation se recueille, précède de quelques heures, selon le calendrier, les célébrations de l'indépendance. Pour rappeler que si le pays existe c'est grâce à ses soldats. Une joie parce qu'une peine. Et cette dernière empêche de voir plus loin que la grande effusion de joie qui lui succède. On ne voit plus que le drapeau pavoisant les fênêtres et les lampadaires du pays tout entier – y compris ldans la Cisjordanie occupée. Car le pendant réellement malheureux de cette indépendance, ce que presque tous, ici en Israël, feignent de ne pas voir ou ne voient pas – aveuglés d'extrémismes -, ce n'est pas la mort de quelques soldats (le conflit israélo-palestinien est sans doute l'un des moins meurtriers des grands conflits du siècle) c'est qu'elle est aussi La Catastrophe – la Nakba. C'est ainsi que les Arabes appellent la création de l'Etat d'Israël. Le revers de la médaille. La Nakba, c'est 750,000 Palestiniens poussés à l'exode, avec les conséquences que l'on sait.


 


L'Autorité Palestinienne prévoirait cette année d'assombrir le ciel avec un gigantesque lacher de ballons noirs. Elle a bien raison d'être en deuil et rien ne présage de temps meilleurs. Situation cocace, le jour où dans une Jérusalem partagée en capitale de deux Etats l'on fêtera pendant ces mêmes jours de mai, à quelques centaines de mètres de distance, la plus grande catastrophe et le plus grand succès de l'histoire régionale. D'aucun diront que cela n'arrivera jamais.


L'an prochain, à Jérusalem.

par Qalawun
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Mardi 29 avril 2008
Je pousse les lourdes portes de bois de l'hospice autrichien. Les quelques marches qui y montent sont généralement encombrées de quatre ou cinq soldats israéliens. Là, il est trop tard. La Vieille Ville a été laissée à ses habitants. Une boutique de la rue al wad ferme déjà ses portes. L'épicier d'en face rentre ses portants dans sa boutique, nichée sous une imposante mosquée. D'un coup, la porte passée de l'hospice, coupés du monde. L'escalier de pierre est subitement un peu sombre. Une vierge pataude nous accueille en haut de la première volée de marche. L'été dernier, ils ont enlevé les magnifiques faïences des murs de l'entrée pour ne laisser que la pierre apparente, grossière et  froide. Je n'ai jamais compris pourquoi. Ils ont même remplacé une vierge gracile du XIXème en stuc blanc par une matrone indélicate et maladroite façon sainte Foix de Conques en marbre veiné sortie tout droit de l'atelier du coin. Tout change à Jérusalem, même l'escalier de l'hospice autrichien.

Quel beau cactus ! dit celui qui m'accompagne. J'aime les plantes mais je n'ai pas la main verte. Je laisse ce plaisir aux jeunes couples et aux quinqua babas. Les jardins sont verts, petites tables de fonte et de céramique groupées sous les palmiers. Une vieille hiérosolymitaine grimpe péniblement les dernières marches qui mènent au hall d'entrée. Kapelle à droite, Kafeteria à gauche. Le salon de musique est au premier. Que d'escaliers ! Nous refusons d'emprunter l'ascenseur bruyant et qui frôle le vétuste. Un, deux, + 3 et nous voilà sur le toît avec vue imprenable sur le dôme du Rocher, la vieille ville et ses colonies juives. Et la mosquée d'à côté. Il fait froid ce soir à Jérusalem et l'air cristallin est ici comme nulle par ailleurs. Là, derrière le dôme d'or, se profile la ligne grise des montagnes jordanienne. Je me souviens avoir cherché en vain les tours de Jérusalem une après-midi d'avril au mont Nébo, il y a trois ou quatre ans. C'était ma première visite en Jordanie. Jérusalem alors m'intriguait. C'est ici que Moïse avait découvert la terre promise. A vol d'oiseau, c'est moins de cent kilomètres.

Descendons, c'est l'heure. Il est 19h00 et le concert des époux pianistes doit commencer. Je me dis que la rigueur transalpine ne transigera pas sur l'heure prévue. Que des oeuvres à quatre mains pour ce soir. Mozart, Brahms, Satie et Ravel. Un bon choix, si ce n'est pour le Mozart, toujours trop convenu. Sans doute fallait-il faire honneur à la vénérable institution hôte du concert. Les marches blanches nous mènent au premier étage, dalles bicolores noires et blanches, voûtes sous croisées d'ogives. Le salon de musique a la taille d'un grand salon d'appartement bourgeois parisien. Mais c'est une merveille de décoration. Un décor couvrant vert, or et pourpre du XIXème qui s'étale sur les murs et les trois voûtes du plafond. Une perspective ouverte sur la voute centrale nous emmène vers un ciel où flotte une Eutherpe un peu hiératique. Les armes du pape aux trois couronnes, celles de l'Autriche. C'est un peu apfelstrudel et bavarois mais finalement d'un goût exquis pour Jérusalem. Le kitsch s'appelle souvent du luxe dans nos contrées. C'est un autre monde qui vit dans la coquille de ce salon de musique autrichien. Le piano à queue est là, en acajou, avec nos amis pianistes à quatre mains, saluant.

Discours. Mozart. Brahms, danse hongroise N°1, une merveille. Un téléphone sonne. Les têtes énervées des mélomanes de ce mardi soir se dévissent pour trouver le coupable. Le bruit s'éteint une fois le portable rangé. Mais un autre fauteur de trouble fait d'un coup remuer l'assemblée au milieu de la danse N°3. Allah Akbar! Le muezzin de la mosquée d'à côté chante sous nos fenêtres. La salle souffle, des bruits de machoires détendues prêtes à s'agiter. Nos pianistes s'arrêtent à la fin du morceau et, de bon coeur, tout le monde rit au salon, principalement en allemand. On attenda la fin du rameutement à la mosquée. Bla bla bla, Jérusalem mouchoir de poche, l'Orient surprenant. Scène de roman que ces Viennois tout ébaubis de l'Allah Akbar au milieu d'un Brahms. Satie, joli, parfois grave et ombragé pour morceaux en forme de poire. Un programme sympathique malgré la sonate de Mozart. Rappel. Dvorak, danse slave. Décidement, c'est l'Est, ce soir. Il fait terriblement chaud. On sort après le second rappel. Il est temps de filer par la rue el wad et d'aller trouver une place au restaurant du Jerusalem Hotel. Le vent froid s'engouffre dans ce corridor, de nuit, peu sympathique.

La ville est sombre . Une bouteille de plastique roule à mes pieds, jetée par un bonhomme au regard noir. Il doit sentir le falafel, à moitié vautré dans un chariot à brochettes et pitas de la porte de Damas. Au restaurant, il y a de la place sous la treille. J'y fume une shisha avant de rentrer nous coucher. On parle de Jordanie. J'écris sans me relire.
par Qalawun
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Mercredi 23 avril 2008
Vive les vacances... :=) A moi les rivages de la mer Rouge et les sables du wadi Rum.
par Qalawun
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Dimanche 20 avril 2008
Tags : Israël Pâque juive

Il pousse la porte sans frapper. Elle est ouverte. Je suis derrière lui, sur le palier. A peine le temps de souffler, le temps de sortir de l'ascenseur qu'on est déjà entrés dans l'appartement, trop lumineux. J'aperçois le père, encore en peignoir, deux petits garçons pris dans les pattes d'un grand homme, le grand frère. Je rentre, en troisième, après mon Israélien et une copine qui a bien voulu assister à mon premier dîner avec mes "beaux-parents". C'est Pessach, la pâque juive. Et ce soir, c'est le seder, le principal repas de la semaine de fête. La mère, Sarah, est là, les mains prises par sa cuisine. On s'embrasse. A gauche de l'entrée, le salon et une tripotée de gamins. Leurs parents nous regardent, intrigués. On fait le tour des bonjours. Un petit mec est marié avec la soeur de mon homme. Il a l'air plutôt frêle à côté d'elle. Ca braille donc dans tous les sens. On nous assoit. Mon Israélien nous occupe avec une part de gateau
à la crème et au chocolat. Il est 20h30 alors pourquoi pas du gâteau au chocolat ? "C'est moi qui l'ai fait" me dit-il. On mange, docilement.

Le père arrive. Il s'est habillé. Un petit monsieur avec un tête sympathique. Nous nous étions salués, une fois, rapidement, pour la circoncision d'un neveu. Il m'a l'air plus avenant cette fois là. C'est un jeune grand-père de sept petits enfants. Bonjour courtois. Bonjour plus appuyé avec ma copine, particulièrement élégante ce soir. Je ne sais pas trop où me mettre. Toute cette famille, ces cris de gamins, l'affairement de la maman, la carure imposante d'un des frères. Je reste assis sur ma chaise avec un verre d'eau et mon gâteau au chocolat, attendant que mon "Hamoudi" veuille bien se rapprocher de moi. "Hamoudi", c'est un mot interdit ce soir. Si je l'appelle "Hamoudi" - mon mignon -, je nous grille tous les deux en tant que couple. La famille ne sait pas ; même si cela fait plus d'un an que ça dure. Bref, je n'échappe que deux "Hamoudi" pendant la soirée que personne, je crois, n'entend.

La pâque juive célèbre la libération des Hébreux du joug des Egyptiens.  Pendant le dîner, il faut lire la haggadah. Une cinquantaine de pages de texte racontant la sortie d'Egypte, la manne, les plaies, etc. "Dis à ton fils" ; raconte la sortie d'Egypte, telle est l'injonction. Il a fallu trouver une haggadah qui soit traduite en anglais, pour qu'on puisse suivre l'heure de lecture. Tous assis, des verres et des plats sur la table. On ouvre plusieurs bouteilles de vin, on remplit. Un vacarme assourdissant de cris d'enfants, de discussions avec son voisin de table, de bruits de couverts alors qu'on ne mange pas encore. On est 17 à table. Tour à tour, ils vont lire des pages du livre, tous ensemble, un par un, deux par deux. De temps en temps, le père assis en bout de table interpelle un des gamins pour qu'il lise à voix haute. Avec ma lecture hésitante, je suis tant bien que mal les pages qui défilent. Je tente de lire parallèlement la traduction. C'est dans un anglais biblique incompréhensible avec des thou partout. Peu importe, je les regarde. On boit le premier verre de vin. Qu'il faut tenir dans la main droite puis, cul sec, engloutir. On en boira quatre.

La laitue et la pâte de dattes, la plante amère au vinaigre qui vous donne le goût de la servitude, la mitza sans levain, l'épaule de mouton brandie dont il faut que chacun détache un morceau de chair pour l'avaler. Les 4 fils, les 4 verres de vin, les questions, les 10 plaies, des chiffres, des chiffres... L'histoire est passionante mais je n'en pige pas le quart. On boit encore et encore. Sarah, la mère, lit un passage. Je trouve qu'elle, dont les parents venaient des Balkans et de Turquie, a un drôle d'accent quand elle parle hébreu. On s'en fout plein la panse, elle nous gave. Le père nous gave de nourriture - poivrons, artichauts farcis, dinde aux pruneaux, foie, salades. Le frère, Ben, imposant, qui ressemble beaucoup à mon Israélien, nous remplit sans cesse nos verres. Arak, jus de citron. Un délice. Nous sommes saoûls.

Shlomo, le père, nous raconte son arrivée en Israël dans son français marocain rouillé, pourtant sa langue natale. Il a deux ans quand ses parents espagnols quittent le Maroc pour Israël, en 1950.
Mais déçus de leur expérience israélienne, ses parents n'ont jamais pu revenir vers le Maroc et quitter Israël;  le gouvernement israélien leur avait confisqué leurs documents à l'arrivée à Haifa. Que ne faut-il pas faire pour construire un pays...

Le dîner progresse. Le vin a été mêlé à l'eau. Je me demande si cela évoque le Nil changé en sang. J'ai un peu de mal à me faire à ma lourde kippa blanche. C'est alors qu'un coup de tête maladroit provoque la catastrophe. Je sens la kippa glisser de ma tête. Comme la tartine qui tombe toujours du mauvais sens, la kippa de satin blanc vient s'écraser mollement dans mon plat en sauce. Elle a juste la taille du rond intérieur de l'assiette qu'elle recouvre joliment. Honte. Tout le monde rit. Un coup d'arak et tout sera oublié. Les pères fument allègrement, mon Israélien, Sarah, Merav, tout ce petit monde fume au milieu des enfants. Tout juste s'écartent-ils de Ravital qui tient dans ses bras la dernière née de David. Elle a une semaine.

Les enfants vont maintenant chercher l'afikoman, le pain mitza qui a été caché pendant le repas. C'est un peu comme nos oeufs de Pâques. Celui qui le trouve toppe un cadeau. Le petit Tomer, aidé par son père, rapporte l'afikoman que tout le monde se partage. Tous les gamins ont des cadeaux. Shiraz, une des filles qui n'arrêtent pas de nous faire des yeux doux - elle a huit ans - et veut danser. Le repas est presque fini. On chante les chansons de pessach, les 2 tables, les 3 patriarches, les 4 mères, les 5 livres de la Bible, les 6... les 11 astres, les 12 tribus, etc. Et ma préférée, Had Gadia. C'est une chanson à accumulation qui, selon certains exégètes, évoque l'histoire d'Israël. A connaitre. On reboit mais  menaçons désormais d'exploser. J'ai réussi à ne pas regarder mon Israélien avec des yeux doux qui nous auraient trahis.

C'est l'heure des photos. Depuis plus d'un quart d'heure Beni mitraille les gamins et leurs parents. La mère s'approche de moi. Elle prend mon bras et me le passe autour de son cou pour la photo. Sans mot dire. Je ne parle pas beaucoup hébreu. Elle ne parle ni anglais ni français. Ce geste est étrange. Reconnaissance de l'importance que je peux avoir pour son fils ou simple marque de sympathie. Femme affairée, fumeuse, âgée et marquée, Sarah m'intrigue. Les hommes vont s'assoir au salon. Le père met de la musique arabe marocaine très fort alors que la porte d'entrée était restée ouverte au cas où le prophète Eliahu revienne du ciel où il a disparu. Les femmes, Sarah et Merav, vident l'immense table et ses dizaines de plats. On a mangé comme une armée. La table est poussée avec les chaisent, les nappes vite pliées, l'eau est jetée sur le sol. Serpillère. Je regarde l'énorme bouquet de roses blanches que mon Israélien a acheté à sa mère. Elle est contente je crois.

On dit au revoir. "C'était délicieux" dis-je dans mon hébreu approximatif. J'ai aimé ses frères, même si je ne leurs ai pas beaucoup parlé. On a surtout bu. Je pense qu'ils se doutent de notre couple. Même si le père a demandé si l'amie avec qui je suis venue était ma "petite amie", je suis sûr qu'au fond d'eux, ils flairent le truc louche.

Dans la voiture, Bach, j'ai trop mangé.
par Qalawun
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Mardi 15 avril 2008
J'ai diné ce soir avec un ami d'enfance que je n'avais pas vu depuis 14 ans. A Tel Aviv, sur la jetée du port, au nord de la ville. Il y a quelques mois, j'envoyai une lettre à sa mère, me rappelant miraculesement son adresse après plusieurs années de silence de ma part. C'est à grâce à lui, à elle, qu'il y a 15 ans j'étais pour la première fois venu à Jérusalem. J'avais alors glissé un papier dans le mur des Lamentations qui devait "me rendre heureux" après la mort de ma mère et je m'étais envolé de l'aéroport de Qalandiah, aujourd'hui désaffecté, pour un tour au dessus de Jérusalem. Juif, il fêtait sa bar mitzva dans la ville sainte.

Bref. Ma lettre arrive, elle me répond, le dit à son fils. Lui, l'un de mes meilleurs amis de ma tendre enfance jusqu'à mes douze ou treize ans, décide de m'appeller au bureau, un jour d'avril 2008. "Bonjour, c'est moi, comment vas-tu, je suis en Israël, voyons-nous". Choqué, heureux, stressé. Lui - son père - est l'une des plus grandes fortunes de France. Faisons fi.

Discutons. Les souvenirs de vacances à l'île de Ré et à Binic, les familles, les conneries, les heures passées dans la rue Chernovitz ou la rue Claude Chahut, ma mère, sa mère, l'école. 15 ans après il n'a pas changé. Moi non plus me dit-il. De la porte tournante par laquelle j'entre au Hilton, je le reconnais au premier coup d'oeil sur un canapé de la réception. J'arrive transpirant après une journée de travail et les embouteillages du nord de Tel Aviv. C'est intriguant, tout d'un coup - flap - les quinze ans de rupture ne sont plus rien. On est finalement les mêmes, avec de la barbe. A la différence que lui sent bon et que je sens la sueur. Je reconnais son regard, puis, au cours de la soirée, son sens débordant de l'humour même si j'ai l'impression qu'il se bride un peu. On s'embrasse comme du bon pain en restant quand même un peu sur nos gardes, au moins au début. Je me souviens qu'on avait l'habitude de rire ensemble. Enfin, c'était surtout lui qui me faisait rire.

Je lui raconte ma vie, ce que j'ai fait ces dernières années, les voyages, le monde arabe, etc. C''est à son tour. Parcours international aussi, bien différent du mien. Math et finances pour lui, arabe et histoire de l'art pour moi. Autant dire que des mondes aujourd'hui nous séparent. Je suis charmé par la personne, même s'il disparait deux fois pour répondre au téléphone. On comprend. Ma grand-mère appelle aussi pendant le repas au moment où on parlait d'elle. Ca ne la rajeunit pas me dit-elle rapidement. J'ai froid malgré les premières chaleurs de cet été. L'air marin me frappe le dos. J'entends le bruit des vagues. Je rabaisse les manches de ma chemise. On se quitte sur ce port de Tel Aviv. Il enchaine sur un rapide rendez-vous à 22h30. Je reprends ma BM et file sur la 443 retrouver Jérusalem.

Il est difficile de recréer une proximité après 15 ans d'interruption. Il est difficile de dépasser l'aspect de simple remémoration des souvenirs communs. Se faire au fait que son ancien ami est "très riche" n'est ni aisé ni immédiat. Mais tout ça se dépasse et l'on retrouve presque vite une sorte de fil commun, d'étincelle dans les yeux et de plaisir animé par la curiosité et l'envie de faire revivre une enfance heureuse. Il faut transformer l'essai. Nous calculions que si nous nous revoyions dans 15 ans, nous serions alors quadragénaires...
par Qalawun
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