Mercredi 25 novembre 2009
Un reportage sur les attentats de Bombay. Témoignages de rescapés et reconstitutions.Voix off au ton grave sur les vidéos prises par les caméras de surveillance. Suffisament bien fait pour qu'on ait envie de regarder "Terror Attack: Mumbai" jusqu'au bout puisqu'on est plongé dans une sorte de film d'action au ton affligé. Waouw, ça pète de partout. On a même les détails gore racontés par les survivants. En revanche, aucune explication sur le contexte, les raisons, les auteurs de l'attentat, le fond, le terrorisme international, le Pakistan et l'Inde. Du sensationnel, du superficiel, du show en veux-tu en voilà, de la "Terror Attack". De vieilles Américaines racontent leur terreur. La fumée, les grenades, les morts, le soldat indien qui avait "l'air plus beau que Brad Pitt". Ah, la pub enfin! Terror Attack est sponsorisé par Volkswagen.

Nous avons acheté un écran plat de 22 pouces. J'imagine que tout le monde a un écran plat maintenant. Mais pour moi c'est une nouveauté, surtout qu'il y a un lecteur de DVD intégré à l'écran. Il y avait tout plein d'autocollants flashy sur l'écran en le sortant de la boîte. Comme un gros jouet. Mon Israélien voulait un 33 pouces en promo chez Morrinson's. J'ai dit non, c'était énorme. Ca aurait bouffer tout le salon. On a le cable avec 66 chaînes et je n'en regarde quasiment aucune. On ne peut jamais choisir. Zapper, zapper, zapper. Et en plus il faut payer pour regarder Gay TV. Je pense que j'aurais pu m'en sortir sans télé. La multiplication des chaînes ne fait qu'additioner leur rare médiocrité. Et la médiocrité ennuie tout le monde. Ce que j'aimerais c'est passer du temps dans un pays un peu loin. Voir des vaches, du sable, des pauvres, changer d'air un petit peu. Le soleil de ces pays de merde où tout va mal me manque. Oui, je n'ai pas besoin de faire trois mille bornes pour voir la pauvreté... Ici c'est l'hiver. Oh, il faisait soleil ce matin, oui. Après cinq jours de pluie incessante. L'Ecosse est sous les eaux. Glou glou.

Je pense reprendre les études l'année prochaine mais j'hésite sur le sujet et l'école. Je n'arrête pas d'y penser, ça m'excite presque. J'ai encore quelques mois avant de savoir combien je vais devoir emprunter pour ça.

Terrorist!



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Lundi 16 novembre 2009
Il pleuvait déjà quand je me suis levé. Les grosses gouttes - ploc ploc - sur le toit de la chambre depuis quatre heures du matin. Ca s'arrête. Je prends ma douche. Un coin de ciel bleu vu de ma terrasse. Frrrrrrrrrrr. L'eau boût pour le thé. Chaussures cirées, la salade de riz dans le tupperware, l'ipod et une sélection de poèmes de Mahmoud Darwish, tout ça dans le sac rouge. J'ai mes baskets aux pieds pour ne pas me tremper les pieds sur la route. Je file. Il se remet à pleuvoir. Fort. De plus belle. F***! Le bus me dépasse. Je décide de ne pas attendre le suivant en prédisant l'arrêt de la pluie. Il y a toujours ce coin de ciel bleu là haut, sur ma droite. Qui s'éloigne évidemment et la pluie redouble. Je m'arrête sous un porche avec trois pelés qui comme moi n'ont pas de parapluie. La pluie mollit. Je repars, m'arrête à nouveau sous le prochain abris-bus. Le vent s'y met, histoire que les gouttes qui vous tombaient sur les épaules vous arrivent maintenant sur les jambes. Pas de bus. Je repars. Un bus me dépasse. F***! Une ondée achève de me tremper. Les gouttes dégoulinent le long du trench. Les genoux sont tout mouillés. A la limite du floc floc. Des filets d'eau me coulent derrière les oreilles. La pluie s'arrête au moment où je monte les marches de la station de métro. Tous ces cons fiérots avec leurs parapluies se foutent obviously de ma gueule. Le tourniquet de métro refuse de me laisser passer. Je n'ai pas rechargé ma carte de transport. Je dois faire la queue au guichet. Il y a des journées qui ne sont qu'une succession de mauvaises décisions. And good morning to you too.



J'ai le choix entre deux métros: je vais à Ravenscourt Park où se trouve le bureau de poste. Soit la District Line qui est omnibus, soit la Piccadilly line qui file vers Hammersmith où je prendrai la district en sens inverse pour une courte station. La Piccadilly arrive en premier, je monte. Bip bip bip, Mind the closing doors! En voiture Simone. Qu'est ce qu'elle me regarde celle-là. Oui, je dégouline, et alors ? Le train s'arrête en chemin. Le train de la District nous dépasse sur l'autre voie. Mon métro reste bloqué... Il met 10 minutes au lieu d'en mettre cinq. Mauvais choix, obviously. Le bureau de poste. Je dois récupérer des calligraphies achetées en Chine qui m'ont été envoyées il y a une quinzaine de jours. Super! J'aperçois le paquet derrière la vitre. C'est comme s'il était passé sous un camion. Les calligraphies arabes sur papier de riz sont froissées. Grosse plissure en plein milieu. F*** Royal Mail! And God save the Queen.

A 9h35 j'ai rendez-vous pour mon test de Mantoux. Ayant eu la bonne idée de dire à mon médecin que j'avais vécu en Egypte, il m'a collé un test tuberculinique. J'ai donc reçu une convocation il y a quelques jourss pour me rendre à Charing Cross Hospital lundi matin à 9h35. On passera sur cette horaire du genre ideal. J'y vais à pied depuis Hammersmith, priant pour ne pas me reprendre une saucée. J'arrive à l'hôpital où je déplie ma convocation pour savoir dans quel département je dois me rendre : lundi 23 novembre, 9h35... lundi 23. 23!!!! F***! Je me suis trompé d'une semaine. Nous sommes lundi 16. Je file en sens inverse pour ne pas arriver trop tard au boulot. J'ouvre mes mails.



L'agence immobilière qui fait le lien entre notre ancienne proprio et nous vient de m'envoyer un mail à propos de la caution de l'appart que nous devons récupérer. L'ancienne proprio veut nous prendre 180 pounds plus TVA pour combler deux petits éclats que nous avons fait dans la baignoire. Le pommeau de douche en acier design qui pèse une tonne est tombé et à fait péter l'émail en deux points. Le moindre kit de réparation d'émail à baignoire coûte 30 pounds et elle veut nous taxer six fois le prix. Comme mon Israélien ne fait pas dans la demi-mesure, il vient de les menacer d'ouvrir un dossier au tribunal. Ce qui est tout à fait faisable dans un pays anglo-saxon. La fille de l'agence immobilière à immédiatement changé de couleur et a commencé à bégayer. Bref. Ca sent le roussi pour obtenir la caution rapidement. L'avantage est qu'elle est retenue par une tierce partie - une sorte d'organisme d'état - et que la proprio ne pourra jamais avoir plus que ce qu'elle a initialement réclamée. Bref. Des choses dont je me serai bien passé.



Anish Kapoor à la foire du Trône Royal Academy of Art - c'était samedi dernier. Trop de monde, évidemment. La joie du coupe file - ma boîte est Corporate Member de la RAA.Dur la vie de touriste sous la pluie. La première salle. On est d'abord accueillis par un immense trou de balle. Pardonnez-moi l'expression. Une envahissante structure hyperbolique en acier corrodé vous aspire dès l'entrée vers un trou noir béant face à vous. Il faut faire le tour de la structure pour comprendre que les plaques d'acier se rejoignent au fond du gouffre qui s'offre en passant la porte. Dans une autre grande salle, il y a quelques miroirs déformants posés ça et là. On se croirait dans le palais des glaces d'une fête foraine quelconque avec ces grosses mamas qui se pavanent devant les miroirs amincissants. Oui, les miroirs sont d'une bonne qualité. Aigus, étonnament propres, grands, bien éclairés. C'est un peu comme au rayon salles de bain de chez Conforama. Alors oui, il y a dans l'expo cette grande masse mouvante d'épaisse graisse rouge. Tractée très lentement de salle en salle, la masse prend la forme des chambranles et rejette ses surplus au pied des portes. Oui, bon. Contraste entre ce rouge sang et le blanc des murs. C'est très impressionnant. Ca le serait plus sans tout ce monde vautré dans les salles. Des mioches qui rampent par terre, le groupe du cours de dessin, des couples de pédés en extase, des touristes français qui ont du mal avec la traduction des cartels - ah non, il n'y a pas de cartels - et les insupportables gardiens de musées qui vous empêchent de prendre la moindre photo.



Le canon. Apparement, un canon tire des boulets de la même graisse rouge sur un des murs de l'académie. Il y a une demi-heure d'attente. C'est ça ouai! J'attends pas. Je passe devant des concrétions de ciment aux formes vermiculées. Une salle entière envahie par ces amas de ciment posés sur des palettes de bois. Façon chantier. Ou atelier d'artiste. J'aime bien. J'aime mieux que les autres formes pigmentées aux couleurs violentes de la dernière salle. Rien à comprendre. Ses oeuvres ne gagnent pas à être exposées en nombre, vraiment. Un de ces grands miroirs colorés d'Anish Kapoor, seul dans une salle, c'est un extraordinaire face à face à vivre. Quinze au beau milieu d'un samedi londonien c'est sans intérêt. Tout au plus une émotion cosmétique.L'introspection provoquée par le miroir n'est plus rien. A peine rit-on de se voir déformé, de ne plus se voir ou de voir sa tête remplir l'immense espace courbe d'un miroir concave. C'est dommage.

Vu comme c'est parti, j'ai hâte d'aller voir l'expo Pop Life à la Tate...
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Dimanche 18 octobre 2009
Dimanche soir, bain brûlant, les contes d'Hoffmann. Voilà des mois sans doute que je n'avais pas pris de bain. Le type de chose qu'on réalise seulement quand l'envie nous reprend, soudainement, comme une envie de pisser. Se plonger lentement dans l'eau si chaude qu'elle fait rougir la peau, la regarder monter le long des genoux, jusqu'au sommet, rajouter de l'eau froide, voir tout plein de petites bulles d'air se fixer le long des poils, tous, enfoncer les épaules, noyer les oreilles et puis le reste et ne laisser que le nez dépasser. Offenbach disparaît. Respirer. Le bruit sourd du robinet. J'éteinds. Rien. Une minute peut-être.

La fin d'un long dimanche. J'aurais aimé pousser jusqu'à la Frieze aujourd'hui mais non. Disons que l'occasion ne s'est pas présentée. J'avais pourtant envie d'y aller. J'ai poussé en sens inverse, vers l'ouest de Londres, à Acton. Comme un coin de campagne. Petites maisons colorées, joli parc, les quelques pubs de la ville alignés le long de l'artère centrale - Gunnesbery Road, sans doute. Visiter un appartement au sommet d'une maisonette. Terrasse privée face à un grand jardin. Intérieur lambrissé, étrange, aucun mur droit, c'est sous un toit. Grand espace, escalier, chambrette. J'aime. La propriétaire est une jeune sexagénaire canadienne. A lunettes. Je lui demande si deux pédés sous son toît ça la gène. Elle me répond, gênée et avouant qu'elle déteste répondre à cette question avec l'argument suivant: elle a parmis ses très bons amis un couple d'homosexuels. J'aime sa manière de répondre. Elle est bavarde, sans doute un peu trop. Du genre à s'intéresser à vos affaires. Elle habite au rez-de-chaussée, nous au second. Il y a quatre appartements. On verra. J'aime vraiment.

Samedi soir, hier, la veille, vous suivez. North Acton cette fois. Trois immenses tours se dressent le long de la voie de chemin de fer au milieu d'une zone industrielle et de bureaux. On marche vers une des tours. Il y a un appartement au cinquième qu'on veut visiter. Il y a un pub à la sortie du métro et un Tesco Express au pied d'une des tours. C'est tout. Désert. Drôle d'impression. Il fait presque nuit mais pas encore. L'heure glauque. J'appelle Rakesh, l'Indien qui loue l'appart. On monte au cinquième. Ascenseur rutilant. Les tours sont plus ou moins neuves. Waouw. Rakesh est une bombe. Jeune trentenaire, petite barbe, vif, l'air intelligent. L'appartement est extra malgré la chambre un peu petite. Mais le quartier est horrible. Cela dit, j'essaye de faire comprendre à mon Israéllien que ça peut être une bonne expérience que de vivre dans une tour, dans un endroit pourri. Il ne me croit pas vraiment et me dit que je suis "double standard". Va comprendre. On repart et on s'engueule gentiment dans le métro face à une mère et sa mioche qui peut pas s'empêcher de nous dévisager d'un air bête. Il fait nuit cette fois. Maison. Hammersmith et le chez nous douillet. Gratin dauphinois et darnes de saumon. Plateau télé et verre de vin. Saw. Moui.

La semaine d'art contemporain. Ma boîte organisait une party très sélect avec Vanity Fair. J'ai même pas pu y aller, invité par mon patron au restau avec le reste de mon départment. Six cents invités, un défilé ininterrompu de belles bagnoles et de taxis dans les rues du quartier, le champagne au milieu des oeuvres de la vente de vendredi. Belles fringues et money money. Là, au milieu des paires de jambes aux beaux talons aiguilles, le porc tatoué et empaillé de Wim Delvoye. Le regard amusé que ce porc porte sur ces gens, là accroupi au milieu de la galerie. Un pied-de-nez à ces riches qui se vautrent dans une fange à la douce odeur du caviar et la couleur Fancy d'un Dom Perignon rosé. Tchin tchin.

La semaine d'avant, c'était ma vente, plus de cinq millions de livres sterling, et le vernissage de l'exposition Maharaja au Victoria & Albert Museum. Nous étions invités. Gentry déguisée pour l'occasion. Magnifiques saris et pierres précieuses sur les poitrines des belles. Des plateaux de bouffe si grands qu'il fallait deux personnes déguisées en Indiens pour les porter. Raga traditionnel sous les grands lustres du hall d'entrée, soieries rouges et petite société londonienne policée, s'amusant de ce genre de mascarade. Je donne - malgré moi - mon numéro de téléphone à un décorateur qui vit à Beyrouth. La mauvaise idée, il m'appellera le lendemain pour aller déjeuner. Joli mec mais tellement tante. Je discute avec le business getter du départment Art Russe. Il me conseille de me faire des relations. La belle idée. Le décorateur m'a échaudé. Sans mauvais de jeu de mot.

H., pourquoi t'as pas appelé?



Wim Delvoye (b. 1965)
Last Port
taxidermied and tattooed pig
Executed in 2006

Price Realized
  • £109,250
  • ($177,859)
  • Price includes buyer's premium
Estimate
  • £50,000 - £70,000
  • ($81,400 - $113,960)


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Mardi 6 octobre 2009
Dans le genre coming out en grand, celui-là était plutôt pas mal. Un an après avoir été embauché dans cette boîte, après avoir distillé au compte-goutte tout au long de l'année, à des personnes presque triées sur le volet, les informations importantes de ma vie privée, je suis tombé vendredi soir dans un guet-apens organisé par mon Israélien et ma collègue de boulot. Je n'avais évidemment rien vu venir avant de me retrouver parachuté au milieu d'une vingtaine de personnes - moitié de collègues et moitié de potes - dans un club de Soho. Choc d'importance, d'autant plus qu'aucun de ces deux mondes ne s'étaient jamais rencontrés. Au bout d'un an, je n'avais dit qu'à deux de mes collègues que je vivais avec un homme, un Israélien. Ces deux-là étaient de la partie, mais tous les autres, je ne leur avais rien dit. Alors oui, je pense que tout le monde au boulot savait déjà; que j'étais pédé. Je n'en fais pas vraiment mystère - surtout depuis que j'ai accroché le badge DIVA orange de l'expo Gay Icons à mon sac AA vert. Enfin, de la à retrouver tout le monde assis à m'attendre au Freedom. Il fallait voir mes yeux de merlan frit en découvrant leurs gueules une à une.

Vendredi 2 octobre, c'était donc mon anniversaire. vers 16 heures, j'ai eu droit à une gentille carte de mes collègues avec une boîte de délicieux loukoums de chez Fortnum & Mason. La carte était même signée par mon patron, W. Pas de gâteau, pas de bougies, pas d'effusion de bons sentiments, parfait quoi. Et moi de répéter que je n'étais pas un "birthday guy" de toute façon. La journée avance. Il est 19h00. Une réception prout prout pour la communauté indienne a lieu dans les grandes salles du premier étage. Intitulée Education in India, la soirée est organisée autour de l'ONG indienne Pratham. Je descends prendre une coupe de Veuve Cliquot, fait la connaissance d'une jeune trentenaire londonienne qui me mets littéralement le grappin dessus, mange trois canapés puis dit au revoir à mes collègues et m'échappe pour retrouver mon Israélien. Je pensais donc avoir droit à un diner romantique dans un bon restaurant pour mon anniversaire. Mon Israélien m'avait dit avoir réservé une table pour 21 heures avant quoi nous devions aller prendre un verre dans un bar. Je suis à 19h50 à Piccadilly circus où il m'attend. Il s'est acheté une jolie chemise noire. Soho. On passe le Village, tourne à gauche dans Wardour street. En terrasse du Freedom il y a une table de libre mais qu'un seul tabouret. On décide de rentrer à l'intérieur, il y a une table près de la fenêtre. Tiens, c'est marrant, il y a H., une copine de Yaron avec qui nous sommes allés voir un film en 3D il y a deux semaines. Tiens, c'est drôle, juste à côté d'elle il y a J., du département Art Russe, à l'étage du dessus. Tiens, c'est bizarre, il y a aussi P. du départment Valuations, puis ma collègue K., puis J., M. le beau spécialiste d'art chinois, puis le ptit U. qui me draguait la dernière fois au bar straight. Waouw. Qu'est-ce qu'ils font tous là? Happy Birthday : tous en choeur. (parfois je me dis que je devrais donner des noms imaginaires plutôt que ces initialies à la con). Une bonne partie de mon petit monde londonien est là ce soir.

C'est fou comme ce genre d'instant semble durer une éternité - celle qui faut pour comprendre ce qui se passe. Voir toutes ces têtes connues et faire le lien entre elles. Tout le monde a commencé à boire un peu, il n'y a que des  gens plutôt heureux d'être là. C'est fou ça. tout ce monde rien que pour moi sans m'être rendu compte de rien. Bluffé par l'organisation de mon Hamoudi et de ma collègue spécialiste - qui à ce moment était encore empétrée dans la soirée prout prout pour la communauté indienne (avec dîner placé). Je n'avais rien vu venir. Donc ça y est, mes collègues savent tous que je partage ma vie avec un homme, qu'ils ont tous vus. C'est marrant, je me sens presque soulagé. Surtout que la soirée était plutôt réussie. J'ai beaucoup bu, ça a peut-être enjolivé les choses. On a quand même fini vers 2h30 après s'être arrêté dans un autre club. Au shadow lounge, encore, bondé.

J'ai reçu comme cadeau une sorte de set de beauté d'un des plus vieux parfumeurs de Londres, fournisseur de la famille royale, by Appointment to Her Majesty the Queen, on ne peut plus anglais donc, D.R.Harris. Il y a même du baume à lèvres.


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Samedi 26 septembre 2009
Un club de Lower Regent Street. Larges ouvertures sur la rue, une bonne centaine de Britons endimanchés attend dans la queue. Le hasard fait que mon nom est sur une guest list. L'anniversaire d'un grand gars aperçu de loin, une fois, dans ma troupe d'Israéliens. On entre. Un endroit immense, verre, bois, trois floors. Je suis frappé par les gens qui sont là et qui n'ont rien à voir avec ceux de Soho, pourtant à 500 mètres. Il y a des filles, beaucoup de filles. Plutôt mieux habillées que l'Anglaise moyenne. Moins vulgaires. Un vrai côté salope, mais moins vulgaires. Il faut voir la taille des jupes. Mais vraiment bien sapées avec de beaux talons. Et moi, j'adore les chaussures. De toute façon, tout le monde est encore à peu près joli, il n'est que 22 heures, c'est encore tôt. Ca se remplit. Les mecs sont plutôt beaux aussi. Des bons hétéros, grands, musclés, sportifs, la mèche de côté, bien léchés pour l'occasion, la main sur la hanche de la poule d'à côté, l'air supérieur, dédaigneux, qui vous lancent des Cheers mate ! à la moindre occasion, ahhh les beaux hétéros. Je viens de comprendre où je suis.




C'est un bar straight. Straight. Ca faisait longtemps que ça m'était arrivé. Les serveurs ne sont pas torses nus. Il n'y a pas de dancing pole ou de podium. Il y a de la vraie musique commerciale. En fait, il n'y a que des étudiants friqués, quelques jeunes cadres dynamiques et des touristes. Les filles dansent plutôt bien. Les hétéros eux sont un peu coinçés. Y en a même qui tapent dans leurs mains. Il n'y a rien de pire qu'un mec qui tape dans ses mains en dansant. Sans la musique on entendrait tous les petits cris poussés pour tenter de fredonner la chanson.

Sous-sol. Des basses hautes comme moi. Boum. Toilettes et leur porteur de savon. Un garçon noir. Comme toujours. Boum. Paris is much more expensive than London, entendu en pissant. L'alcool commence à taper. U. me fait du gringue. Je danse avec deux ou trois filles. Mon Israélien est plutôt excité. Double vodka redbull à 11 pounds. Trois pounds de plus qu'à l'étage supérieur. La barmaid me dit que c'est à cause de la vodka que j'ai choisie. De la Finlandia. La plus cheap. On m'entube, sans doute. Lumière noire; les Forest hills fluorescentes sont du meilleur effet, façon panneau de signalisation routière. Petit jean slim. Chemise noire. Mon Israélien me demande si je vais enterrer quelqu'un. Il abuse, mes Adidas sont quand même vachement colorées. Minuit trente. On bouge. C'est pas un vrai club.

On est sur la liste du Shadow Lounge. Encore The Shadow Lounge. F***. Il fait froid, j'ai mis mon keffieh. En fait, on est souvent au Shadow Lounge parce que le physio (ou le manager je sais pas bien) est israélien. TA connection. Il me zieute de haut en bas à chaque fois qu'on y va. Voyant mon keffieh, il me lance, ricanant, un "No Palestinians here". Je lui réponds en hébreu que j'ai froid. Quel con. Je lui demande son nom, toujours en hébreu. Trois sourires. Il a une gueule de tapette abîmée. Une gueule abîmée de tapette, je sais pas. Tapette, sans jugement de valeur, hein.

Diego, libre dans sa tête (Putain, le cd de France Gall qui tourne j'en peux plus là); une de ses belles chansons.

La fosse du Shadow. Des pédés, un environnement plus familier, un mec en kilt. Miam les kilts. J'ai soif mais mon Israélien est fatigué. On rentre. On se prend le chou dans les escaliers pour une histoire de main baladeuse. Il s'est persuadé que j'ai mis la main au paquet d'U. après lui avoir dit au revoir. Chose que je n'ai pas faite, évidemment. Mais c'est fou ce qu'il a le don pour sentir les choses. U. a passé une bonne partie de la soirée à ma dragouiller et j'aime plutôt bien me faire dragouiller. Bref. On sort. Bah tiens, justement. On croise un ancien plan d'U., Alberto je crois. Bonjour bonjour. On file. Le bus 94. Ninety-four to Acton Green. Une grosse Anglaise gueule soudainement comme un putois. Elle voulait descendre à un arrêt de bus qui a été récemment supprimé. Je m'endors. On a faim. Poulet au lait de coco. C'est les restes. La bouteille de vodka traine ouverte. Je l'ai finie avant de partir en soirée. La semaine prochaine il y a une SupermartXe. Sorte de méga party gay aux mises en scènes assez extraordinaire. Thème Under the Water pour celle du 3 octobre.

J'ai enfin décidé de reprendre la boxe. J'ai racheté des gants cet après-midi. J'ai toujours mon short de boxe thaï noir et or. Carrément Ong Bak au rabais mais bon...



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Jeudi 24 septembre 2009
Tout le petit gratin des arts islamiques est réuni à la School of Oriental and African Studies (SOAS) pendant trois jours pour un série de conférences sur l'art mamelouk. Evidemment, ça ne botte pas tout le monde mais c'est un grand événement dans le milieu. Le dernier colloque sur le même sujet, c'était en 1981 à Washington. Voilà. Donc, tout le gratin est là: moi, bien entendu, et mes collègues, la "competition" (métaphore pour désigner Sy's), les conservateurs des grands musées du monde, les chercheurs à la pointe du sujet et les éternelles alouettes londoniennes qui ont dû publier un article une fois - avant 1981 - et sont toujours de ces réunions à SOAS ou à la Royal Asiatic Society, plus pour le cocktail que le contenu de la conférence. Vieux monsieurs d'un autre siècle, vieilles Anglaises fleuries au parler chevrotant, emmerdeurs de premier ordre ou étudiants fauchés. Le sujet peu donc paraître obscur mais il y a toujours du monde. D'aucun diront que c'est là le miracle londonien qui s'opère: une société de gens passionés, aux origines et parcours aussi variés qu'intéressants, toujours à l'avant-garde, curieux et participatifs.

Hier soir donc, le cocktail d'ouverture de la conférence. Le mécène de l'événement, Khalili, propriétaire de la collection du même nom et milliardaire, était là. A jolly guy, plutôt sympathique, le teint hâlé (c'est un juif iranien), les cheveux gominés peignés en arrière, les lunettes en écaille profilées sur son agréable visage de vieux beau, classieux. Classe, même. Il finance une partie des activités de SOAS et l'amphithéâtre où se déroulent les conférences porte son nom. Discours inaugural donné par le conservateur de sa collection, un Anglais aussi vieux que Mathusalem. Une naissance probablement pré-Première guerre mondiale, ne finissant pas ses phrases. Qu'il les finisse ne leurs donnait pas plus de sens d'ailleurs. J'ai voulu mettre ça sur ma compréhension moins facile de son accent victorien; mais non, ma collègue elle aussi y perdait son arabe. Peu importe, Monsieur, votre discours était douloureux. Tellement que la fraîche conservatrice du musée du Louvre en arrêtait pas de souffler, se retourner, de piaffer et de m'attraper le bras vers la fin de la séance pour me dire: "J'espère que nous n'étions pas aussi ennuyeux!" (c'était mon professeur à l'école du Louvre il y a quelques années). Je lui ai répondu que je ne portais pas de jugements de valeur avant de me retourner vers ma collègue pour lui glisser à l'oreille un "she's a pest". Mais on l'aime bien quand même.



Revenons au cocktail. Il y a du vin, c'est bien. Des tout petit petit-fours. Des catalogues de la collection Khalili sont offerts - une version en anglais et une version en arabe. Je discute avec une connaissance qui en prend deux pour ses cadeaux de Noël. Il faut dire que c'est près de 250 pages avec illustrations couleurs et jolie couverture bleue et or. Au moins 30 ou 40 pounds dans toutes les bonnes librairies. On (ma collègue et moi) évolue dans la foule un peu compacte. Vite un verre à la main. Le spécialiste de Sy's fait attention à bien nous éviter. Depuis la loi antitrust, on a pas vraiment le droit de se parler. Mais la politesse veut qu'on se salue quand même - lorsqu'on est obligé. Puis c'est toujours drôle parce qu'on dirait que ça leur arrache la gueule de nous dire bonjour. Ce qui donne des moments à peu près toujours horribles. Il nous évite donc une première fois, pas vraiment élégamment, tournant le dos devant nous. Un peu plus tard, il réapparait parlant à une vieille dame qui nous reconnaît et a la bonne idée de s'approcher pour nous saluer. Pris au piège de la vieille dame, il est obligé de se rendre à l'évidence: nous sommes là. C'était le début d'un court mais pénible moment. Le genre de moments qui semblent durer une éternité. Moi, avec le bruit du cocktail, je n'entendais rien de ce qu'il disait. La vieille dame ne faisait aucun effort nous plus pour être audible. On attaque en premier, lui sortant un "congratulations for your catalogue" qu'il n'entend pas ! Ils ont d'ailleurs un catalogue plutôt moyen pour cette vente. Deux minutes plus tard, il nous sort un "congratulations for your catalogue" auquel ma collègue répond un "thank you, and you" absolument dénué de conviction. Moi, je n'ai pas dit un mot, ne sachant pas quoi dire. J'ai juste fait en sorte de vider mon verre un peu vite pour aller me resservir. Et au moment de dire au revoir, il n'entend pas notre good bye - ou fait mine de ne pas l'entendre. Bref. Je discute à droite à gauche. Une étudiante bavarde. Une consultante irakienne. Un bel hétéro chercheur au Caire qui me fait des sourires. Mon ancienne prof. Le collectionneur milliardaire. Les bouts de halloumi qui sont froids et difficiles à mâcher. Le cocktail se vide assez vite. Le bel hétéro m'échappe rapidement, invité au dîner des speakers - il donne une lecture samedi matin sur les différentes fonctions de la mosquée mamelouke.

Retour à la maison, un peu saoûl après deux verres de vin et pratiquement rien à manger. En retournant à SOAS aujourd'hui, je me rends compte que le collectionneur a son buste en bronze à l'entrée de l'amphithéâtre. Je trouve que ça fait mégalo d'avoir un buste de soi quand on est encore vivant. Une extraordinaire lecture sur la datation des lampes de mosquée émaillées. J'achète deux livres à la librairie, dont l'Orientalisme d'Edward Saïd que je n'ai jamais lu (honte à moi). Me revoilà à la maison. Je regarde Alone in the Wild, une télé-réalité sur un mec complètement seul largué au milieu du Yukon sans rien pendant 3 mois. Du Koh Lantah sans le soleil, les connasses et Denis Brogniart. Il ne réussira à survivre que 6 semaines avant de déclencher sa balise de secours. Il pleurait tout le temps, parlait aux insectes et pour seule viande à bouffer en six semaines n'avait trouvé que deux porcs-épics. Il avait surtout un rythme cardiaque descendu en dessous de 30 bpm. L'émission s'achève sur des paroles plutôt belles, en fait. The wild doesn't care if you're hungry. The wild doesn't care if you're alone. The wild doesn't care if you're here. It's just the wild. The wild. Les trois émissions qu'ils ont pu tirer des six semaines étaient d'ailleurs assez terrifiantes. Les jolis lacs et les jolis sapins, les karibus et les papillons ça va un instant. C'était plutôt Blair Witch au Yukon.






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Dimanche 20 septembre 2009



















































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