Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 23:16

C'est comme réaliser qu'un jour on peut mourir. Un nuage qui se perce et c'est la chute. Nous étions assis près d'un de ces tapis roulants qui vous servent des sushis. Plats roses, mauves et verts. Une soupe miso ? Assis là, la table en formica, les baguettes à séparer, le bec verseur d'eau gazeuse - ou plate. Comme on peut détester ces restaurants standardisés. C'est là qu'il le prononce, l'horrible mot, en deux syllabes empoisonnées.

 

En-nui. Ennui.

 

Mon estomac se retourne, la nouille s'arrête, je casse ma baguette. Ou presque. Le bonheur tranquille, l'assoupissement du couple, l'hydre tapie dans le creux du canapé, sous le coussin où nos têtes se posent pour regarder les longues heures jouées par l'iPlayer. Aux Armes citoyens! Sauvons la ménagère! Notre vie sociale réduite à sa portion congrue. Le couple porte sa propre mort. Moi qui n'ai que trente ans, déjà vieux. Mes discours millénaristes, mon angoisse blanche des pôles qui fondent, moi qui vis à mon bureau et qui y perd sans doute ma vie, petit à petit. Battons-nous, survivons à l'ennui. Je dois réfléchir. Moi qui pensais être à tout suffisant, mon sourire, mon long nez et mes bras, protégeant mon bonheur face à mon rez-de-jardin. Blousé. La mort douce du canapé. 

 

Dimanche. Ca va mieux. Loin les angoisses du suchi, des heures seul et de l'hydre ennuyée. Grand mât de hune sur rez-de-jardin. La vigie veille. Je t'aime.

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Samedi 16 avril 2011 6 16 /04 /Avr /2011 23:47

J'ai décidé de ne plus me raser. Comme dans ces pays où c'est une marque du deuil. Je fait le deuil de la relation avec mon Israélien. Cela fait trois mois. Dehors c'est un gros matou qui s'arrête à ma fenêtre et me regarde. Il disparait dans la nuit, au bout du balcon. J'ai envie de fumer. C'est la vodka. Une semaine que je n'ai pas fumé. Ce n'est pas si dur. Sauf maintenant. Ma barbe pousse pour l'Iran. J'y vole dans six jours, peut-être cinq, ce long hiver m'a laissé une mauvaise conception du temps.

 

La glycine a poussé fort cette semaine, au soleil d'avril. Ma vente a enfin eu lieu. Un beau succès. Soulagé. Six mois de travail acharné pour que mes clients viennent dépenser un million et demi de sterlings. C'est un petit niveau mais c'est tout grâce à moi. La satisfaction du travail accompli. C'est reparti pour un nouveau cycle, une nouvelle vente, le 6 octobre. Quatre jours avant j'aurai trente ans. De quoi faire peur, me faire peur. Putain je vieillis. Tu vieillis, nous vieillissons. Vulnerant omnes ultima necat. Tic tac. Oui c'est attendu, convenu, tout le monde le sait, le temps passe. Mes amis y passent aussi. Fais-toi plaisir garçon. Aujourd'hui, visitant l'exposition Afghanistan au British Museum, il y avait sur une pierre tombale d'Aï Khanum les mots suivants, d'une philosophie - et d'un bon sens - atemporels, traduits ainsi dans le catalogue de l'exposition:

 

"As a child, learn good manners / as a young man, learn to control thy passions / in middle age, be just / in old age, give good advice / then die, without regret".

 

Et ensuite meurs, sans regret. J'ai rencontré un garçon, qui ce soir me manque mille fois plus que ma cigarette. Un garçon qui,quand je m'habille le matin, me boutonne ma chemise, jusqu'au col et me regarde avec ses grands yeux comme pour m'empêcher de partir. Un garçon qui pourtant est difficile à lire. Un garçon qui boit, qui parle et qui voyage. Un garçon avec qui je ne devrais pas sortir. Un garçon qui fait carême et baise comme dieu. Un garçon qui est en Inde pour deux semaines et que je ne verrai pas avant mon retour d'Iran, en mai. Sa bouille d'enfant chéri, les poils de son ventre arrondi, ses petits pieds fantasmatiques et l'odeur de son cou. Je vais dormir pour oublier. J'y repenserai demain, au Grand Moghol.

 


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Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 22:39

Le poids encore impalpable des années. Cette vodka qui a gelé. Je regarde des gouttes paresseuses s'échapper du goulot. Un glaçon tombe. Ploc. Le verre se remplit. Sirop. Encore Oum Kalthoum. Al Atlal. Les ruines. 

 

Il a fallu presque trois heures de route pour arriver à Bombo-Loumene. S'extirper de la grande ville, rouler vers l'aéroport, cette grande route droite qui s'élève ensuite dans les collines. La campagne calme. Les moutons blancs là-haut, les grandes herbes. ll y a là, sur un petit promontoire, deux grandes antennes paraboliques. Vestiges de l'époque mobutiste. On aimerait y voir ramper les herbes folles, dévorantes, de la savane congolaise. Elles sont probablement entretenues. C'est par elles que passent, sans doute, toutes les communications de l'ouest du pays. On monte vers les plateaux. Dans une gorge, en contre-bas, une rivière noire. Tumultueuse. Un gros camion s'essouffle à gravir le raidillon. La pente se calme. Du vert, du bleu, des tâches blanches. Des moments gris sombre qui annoncent l'orage. Il ne pleut que la nuit. Nous sommes sur le grand plateau où glissent les nuages. Cette route n'en finit pas. Nous croisons un autre camion dégueulant. Des baches et des hommes, perchés, au vent chaud, font face aux kilomètres. J'imagine qu'ils vont à Kin. Le raidillon achèvera sans doute de rogner les vieux os du camion. Ou pas. Epave immortelle des routes africaines, le camion survit à tout. Vaisseau fantôme. The Show Must Go On. La bête humaine. Encore une que je n'ai jamais vue, jamais lue. L'Afrique aurait-elle plu à Zola? Pourquoi les continents sont-ils féminins? C'est à l'Antarctique seul qu'on a donné des couilles.

 

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La voiture, nous six, moi le bras à la fenêtre, prenant la mesure du continent, émerveillé par ces nuages. 'Je roulais vers mon passé'. Une brèche improbable, à peine discernable, incroyablement attirante, hostile et absolue. Je m'y engouffre pour y perdre les souvenirs magiques de mon enfance. Faut-il encore que je raconte cette chasse aux buffles? Il y a vingt ans. Oh, Scarlatti je t'aime. Le même endroit. Ces plateaux Batékés, le relais de chasse belge, les rapides et le pont de liane qui les traverse, l'odeur des tortillons, mes pataugas et mon père, invincible. Il est quatre heures du matin, réveil à la lampe à pétrole. On descend vers la rivière. Pente abrupte. Le bruit de l'eau, le pont vacillant, la marche dans les hautes herbes. J'ai neuf ans. Peut-être huit, octobre n'a pas sonné. Quatre heures de marche, ou six pour traquer des animaux qui resteront cachés. Je ne me souviens que des hautes herbes et du pont. Plus tard, en revenant, nous remontons la rivière. Je suis mon père à la trace, dans une marche en sous-bois que j'imagine durer pour toujours. Le tapis mou de la forêt, les branches agressives, et l'eau, noire, tourbeuse qui file et me fait peur. On marche un long moment, une éternité pour mes jambes de gamin. Il me dit qu'il faut se jetter dans l'eau, là où il y a un peu moins de courant. J'obéis, m'accroche à ses épaules. Au milieu du courant, j'ai peur des crocodiles. Là où la Bombo-Loumene se calme, après les chutes, il y en a, des crocodiles. Les grands arbres fous jettent leur branche autour de nous. S'y accrochent les rebuts du coin. Paquets de feuilles mortes, branches cassées, herbes abandonnées. J'évite les bords. Le courant, je ferme presque les yeux, m'agrippe à son cou. Plus tard, longtemps plus tard, où deux ou trois minutes, le pont se dessine qu'il faut qu'on attrape. Il rase l'eau. Les lianes tremblent, le courant nous tire vers le bas. Saloperie. La berge. Le sable fin qui apparait sous l'eau tourbeuse. Comme un or sale. Les papillons qui léchent les cendres d'un feu récent. Une Afrique.

 

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Sur la grande route, un panneau neuf indique Bambo-Loumene. Il y a une dizaine de kilomètres de piste. Les hautes herbes, encore, de cette savane généreuse, les termitières. Gros doigts difformes levés vers le ciel. Nous, êtres minuscules du bas-monde, te disons merde. Grand dieu, caché dans tes nuages menaçants. Je ne sais plus vraiment par où continuer mon histoire. J'ai changé de cd, ai pensé à deux, trois trucs, mangé un Turkish Delight. Tous les matins du monde. Ai fini mon verre. Là-bas, près d'un groupe d'arbres, il y a des maisons. Un garde-chasse nous ouvre une barrière. Des bottes trop grandes, un uniforme trop grand, un sourire qui n'en croit pas de voir des visiteurs. Quelques touristes s'arrêtent ici, de temps en temps. Des blancs de la ville. On s'enregistre. Mon père gère plus ou moins les finances du domaine, comme celles de tous les parcs du pays. On nous salue. Il y a les bâtiments d'une école au fond desquels sont peints une classe et son maitre. Par les fenêtres, de loin, on croit à la mise-en-scène. Il doit être 14h ou 15h. L'heure chaude. On s'arrête un peu plus loin, près d'une bâtisse un peu croulante, lambrissée. La porte arrière du gros 4x4 s'ouvre, on décharge les bagages, les glacières, le charbon. Je fais le tour. Cet endroit qui s'efface, aux moustiquaires défoncées, aux portes et aux fenêtres branlantes, c'est ce chalet d'il y a vingt ans. On entre. Mes souvenirs se superposent à ce que je vois. La cheminée, l'odeur du bois, la couleur orangée, brune, la voix de mon père. Les fauteuils ont été éventrés par les mites, les rats, les rébellions, les années. Il n'y a toujours pas d'eau courante, malgré la pompe installée il y a deux ans, à la rivière. Elle n'est pas suffisament puissante pour monter l'eau jusqu'au plateau. J'ouvre les rideaux, reconnais vaguement une chambre. Vestiges d'un temps colonial. Le domaine a été créé en 1958? Cette maison n'a probablement pas été touchée depuis. Dehors il y a une table, des wc dans une cahute en paille, un peu plus loin, à l'orée de la savane. On prend nos marques. Les sacs à viande, installons les glacières. Et la vue sur ces nuages. L'immensité à l'envers. Le silence. Il n'y a pas d'éléctricité non plus. Il n'y en a jamais eu. Nous et ces gens, les garde-chasses et leurs familles. La grande route est loin. L'autre jour, une femme a surpris les buffles à l'entrée du village. Avant-hier, c'était le python qui s'abreuvait à la rivière. Et ces papillons qui toujours lèchent les cendres, comme les trois chèvres curieuses qu'on ne peut pas caresser. Le grand soleil se couche. Les nuages sont encore plus beaux. Comme si tout ça n'était pas vrai, comme si le ciel mentait, que ce grand dieu se foutait de nous. Un spectacle qui ne dure pas. Profite, fils. La nuit tombe. Les grillons, l'odeur du barbecue, les bières encore fraîches, une cigarette, les amis, les histoires africaines de corruption et de sorciers. Je ne peux pas raconter la magie de ces moments, quand tu tombes fou amoureux même de la piqûre des moustiques, du soleil couleur sang et de ta lampe à pétrole. Baise cette terre avant qu'elle t'encule.

 

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Le barbecue, la douce fumée. Mon père tousse, s'étouffe devant le barbecue, se rattrape à un pilier avant de s'écrouler de tout son long sur la dalle de béton. Tête la première. Il perd connaissance. Du sang. La nuit noire éclairée par la lampe à pétrole. Pas d'eau. Pas de route. La brousse et son silence. Les grillons qui, eux, ne s'arrêtent pas. Petit drame comme un autre. Il se réveille rapidement, deux secondes, peut-être trois. Marmonne des histoires d'accident vasculaire. Le relever. Il reste des glaçons au fond d'un bac. Trois pansements, des analgésiques. Le premier dispensaire est au moins à trente kilomètres. Il doit être 22 heures. Je le couche. Lave son sang. On verra demain. Sonné, il s'endort rapidement. Je veille. Effrayé, tente de dormir, mal. Le chauffeur l'emmènera à la route demain matin. La belle fille du Kasaï qui nous accompagne raconte à mon amie pourquoi elle n'aurait pas dû venir. Impure, elle a ses règles, doit s'éloigner des hommes auxquels elle porte malchance. Elle ne dort pas, apeurée, dans le salon. Il est 4 heures. Je me lève. Les étoiles. Déjeune de trois biscuits et d'une gorgée d'eau. Laissons mon père qui dort et partons voir les buffles, l'angoisse au ventre, à l'aube, et finalement voir le jour. Cette nuit-là, mon père a vieilli. J'ai pesé de mes mains ces impalpables années. Mais je l'aime encore plus.

 

Et au milieu coule une rivière.

 

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Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 23:32

Si peu de choses me font autant rêver que la voix d'Oum Kalthoum. Enta 'Omri. Tu es ma vie. Rien d'autre que cette voix sent autant le café, le jasmin, le salloum fort et la pisse des chats du Caire. La clameur extasiée d'une salle de concert des années 1960. Enfumée. Le son lointain, un récepteur radio - il avait été neuf, un jour - les bruits des dominos, le brouhaha du Hureyya. Il y a là ce moustachu, près du pilier, à côté du comptoir des shishas qui attendent, qui me fait des oeillades. Le Hureyya, le café Liberté, a des vitres aux verres dépolis, pour abriter ceux qui s'y assoient regarder les jolis garçons en y buvant toutes les bières qu'ils peuvent. Le moustachu s'approche. J'ai 22 ans peut-être. La moustache, moi aussi, ce jour-là. Je fume ces cigarettes dégueulasses de l'Egypte des pauvres - les Cléopatras. Il m'empoigne le menton et fait glisser sa main sur ma joue. Je ne sais plus avec qui je suis. Des amis, je ne suis pas seul. C'est sa main qu'il embrasse, l'oeil qui en dit long - il s'en va, me regarde une dernière fois. Incroyable geste dans un café du Caire. Je me souviens à peine de son visage. Sa main sur mon menton. Audace fantastique de l'homme saoul, échappant à sa femme esseulée dans un immeuble de Sayyida Zenab, délabré. Silence, moment suspendu, mu'allaqa moderne, il s'en va dans son désert urbain, affectif. Arrêtons-nous et pleurons. La fuite. Il ira matter des bites dans les pissotières de Tahrir, la place si bien-nommée - Libération. Les néons du café sont la nuit blanche du Caire. Les mégots s'amoncèlent. Au sol, un chat renifle ce que méthodiquement je jette au sol, mes épluchures de pois chiches. Gamal al-dunya, la beauté du monde. Oum Kalthoum, je t'aime. Tes pieds dans la tombe de mes années orientales.

 

J'enchaîne les stellas aux étiquettes jaune soleil. Allons pisser dans ces pissotières qui débordent, bouchées. Encore ces épluchures de pois chiches qu'on crache à qui mieux mieux. De grands ventilateurs s'agitent paresseusement du haut du plafond. Un plafond encore plus haut que le mien. Ca crie. Des hommes s'engueulent. Je ne sais plus s'il y a des femmes. Et s'il y en a ce sont des putes. Quelles Egyptiennes viendraient regarder les soulards et renifler l'odeur de ce tabac pisseux? C'est un endroit magique. Si magique que tous les details se sont effacés. Ne restent que le moustachu, les bières et l'odeur. Où est-il, ce café? Sur une grande place, au sud de Mounira. La belle calligraphie en jali thuluth qui surplombe les fenêtres, le vieux reste khédivial. Farouq, ils ont rogné ton froc. Dehors. La chaleur poussiéreuse d'une nuit bruyante. Encouragée par toutes ces bières, ma sueur trempe ma chemise, mon pantalon me colle au cul. Je prends ma Datsun. Un vieux char cabossé vendu par le gérant de la pension Vienna. Une autre longue histoire. De temps en temps je retends un ressort pour continuer d'avancer. Fenêtres ouvertes, le bras dehors. La tête dehors, les narines écarquillées pour mon shoot africain. Je renifle le Nil.

 

Je file sur 26 July. Zamalek, Mohandissen, m'enfonce vers Giza. Les vendeurs de mouchoir de 3 heures du matin. Un richard en BMW me fait une queue de poisson. Tu le veux mon gros doigt, connard ? koss immak. Le zoo qui fait peur, la station essence où je me vois exploser, et la grande avenue Faysal, celle sur laquelle j'habite, qui mène au désert, aux grande pyramides, à mon doux taudis. Habiterai-je encore dans un endroit pareil? Le fond d'une impasse, un premier étage poussiéreux, au-dessus d'un commerce dont la seule activité est de plumer des poulets. C'est un grand trois pièces où l'on cohabite avec les cafards; comme dans tous les immeubles d'Egypte. Les cafards égyptiens sont égalitaires, non discriminant. La voiture dort souvent chez le garagiste, Muhammad. Un vieux barbu qui nous encule quand il peut. La voiture roule, c'est tout ce qu'on lui demande. Un weekend à Alexandrie on avait bien failli se foutre dans le décor. Mais c'était plus de peur que de mal. Rien à voir avec les routes sinueuses du Sinai, les camions fous, les nuits noires et sans phares, la fatigue et les braises écoeurantes des Cléopatras. Ces nuits d'enfer pour se réveiller dans le bleu de la mer rouge. Les pieds brûlés, le vent presque incandescent qui les nuits de pleine lune descend des montagnes et emporte tout sur son passage. Il est minuit, peut-être que c'est marée haute. Ce vent te sèche. J'ai vu la plaie d'Egypte.

 

Plus tard, ou quelques années avant, un jour d'été, sur le ferry vers la Jordanie, je m'étais endormi sur le pont du bateau. Peut-être le voyage le plus éprouvant de ma vie. Alexandrie-Beyrouth, via le Sinai et la Jordanie, sans vraiment d'argent, sans visa. Je me réveille sur le pont et je pense à Vendredi et les Limbes du Pacifique de Tournier. Or a Cat on a Hot Tin Roof, literally. Je regarde le bleu, les montagnes acérées de l'Arabie saoudite. Je suis seul dans ce ferry qui menace de sombrer sous la graisse de chameau et les mamas musulmanes en partance pour la 'umra. Je suis seul au milieu de centaines de gens inconnus. Et dans l'eau, qui m'effraient du haut du pont, des millions de sphères blanches, lévitant, magiques, parfaites, fascinantes comme cette scène d'Abyss. Les méduses. A cette époque là je suis noir, je passe ma vie dehors. Une vie d'ascète, un été hors-du-monde. Du sable dans les dents. J'écule mes chemises vichy, les rogne jusqu'à l'épuisement, les fume jusqu'à n'en plus pouvoir, je perds ma vie d'enfant. A cette époque là j'ai besoin d'être seul. Je rejoins le Liban pour me plonger dans les eaux d'une piscine de richards. Un camp privé sur la baie de Jounieh. Une marmaille riche avachie qui lappe ses glaces à la frèz. Première rencontre avec un iPod. Ca devrait m'aider à savoir en quelle année nous sommes. La Qadisha, la fierté des familles du coin. Je m'en vais de ce Liban-Californie. Il y a peut-être dix ans?

 

J'aimerais acheter une grande photo dans une silent auction, mercredi, mais je sais que je ne l'aurai pas car elle va partir pour des fortunes. C'est ennuyeux. Fric, fric, fric, où es-tu?

 


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Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 00:52

Des points.................

Mon homme n'est plus mon homme. Ces quelques minutes auront radicalement changé ma vie. L'Israélien est devenu un étranger. J'essaye d'y mettre du coeur, de lui demander comment s'est passée sa journée. Il n'est pas parti hier, partira vendredi, partira pas ? Il a dormi sur le canapé. Là il n'est pas encore rentré du boulot. Les draps défaits sur le sofa, le salon en bordel, mon verre de vin vide, le paquet de cigarettes vide, l'assiette vide, quelques miettes ça et là. Surtout là, sur la table. L'odeur du tabac froid a collé aux rideaux. Demain j'arrête. La belle affaire. Aujourd'hui j'ai vraiment aimé les pièces que j'ai cataloguées. De très belles aiguières indiennes du 16ème et 17ème siècle. La collection d'un universitaire britannique installé à Jersey. Il est mort l'année dernière. Un homosexuel de renom. Original barbu aimant la pelouse et les hauteurs indiennes. Simon si tu m'entends, merci.

Je n'ai rien à dire. Je me demande si le plafond si haut de mon appartement n'est pas oppressant, finalement. Agoraphobie. Je ne pourrai jamais occuper la moitié supérieure de mes murs. J'ai qu'à y balancer de la peinture. Quand j'étais petit, dans le 16ème arrondissement... bof, j'ai pas envie de raconter ça.

L'Israélien vient de rentrer, voilà deux longues minutes qu'il ne me regarde pas. Je voudrais être seul, avec mon plafond.

 

 

 


 


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Lundi 24 janvier 2011 1 24 /01 /Jan /2011 23:22

Trois jours à Paris. Des poissons dans un bocal. L'animal. Si j'avais su, j'aurai pas venu ? Question mark. Là, un plat préparé dégoûtant: poulet à l'ananas façon Sainsbury. Je rentre tard du travail. Dernier repas avec mon Israélien. Il quitte l'appartement demain. J'ai mal au ventre, mal au coeur, mal à la tête, mal au poumon gauche. Mon nodule calcifié. Calciné ? J'oublie ce que m'a dit la nurse du Charing Cross hospital. Cette conne a réussi à se tromper d'enveloppe contenant les résultats de ma radio. Vous allez bien! Manque de pot, j'avais l'enveloppe d'un autre. Je reviens. Ah, en fait, hem, vous avez un nodule calciné. Rien d'inquiétant. Les restes d'une tuberculose que vous auriez éliminée. Ou ceux de longues années passées à fumer. Voila des années que je crache mes poumons quand je jouis:

 

- Thanatos, enchanté!

- I'm Eros, please to meet you!

Je ne me suis jamais demandé si c'était effrayant.

 

Je me suis convaincu qu'il faut aller au devant des problèmes. Refuser les faux-semblants. Il y a une semaine, je larguais mon mec. Ne m'y attachait qu'une fine amarre lentement pourrissant. Malgré toute la tendresse que j'ai pour lui. Je lui raconte mes envies d'air. De l'Air putain, j'étouffe! J'ai fini confiné dans une chambre parisienne à jauger mes douleurs. Ai-je mal? Oh oui.

 

Toi le Saint, si tu me lis, ceci est pour toi. Waterlilly killer. J'arrivais plein d'espoir d'être réconforté. Pas l'envie d'aller voir papa. Celle de m'endormir dans ces bras que je connaissais si bien. Je suis naïf et égoïste. Vice-versa. J'aurais voulu t'affronter seul à seul plus longtemps. J'aurais voulu ne pas écouter tes histoires. J'aurais voulu trouver la force de te dire les choses sans avoir à boire, à boire et à boire, encore. J'aurais voulu ne pas avoir besoin de venir. J'en avais terriblement besoin. Tu m'as embrassé au bout de trois jours, parce que je te l'ai demandé. Mon plus beau baiser depuis notre dernière rencontre. Le seul que ma mémoire de poisson se rappelle avoir vraiment donné récemment. Baiser qu'il a fallu que tu tues quelques instants plus tard, devant la machine à tickets du métro Oberkampf. Je ne ramasse sans aucun doute que ce que j'ai moi-même semé: deux ans de frustrations. Ta frustration, les miennes. Deux ans qu'il m'a fallu pour me départir d'un poids que tout le monde savait trop lourd. Deux ans pour mûrir et cesser d'être un gamin. Cette orchidée qui a fleuri le jour de ma rupture, après une longue année de soins attentifs, était une belle métaphore. J'aimerais être plus fort aujourd'hui.

 

Je ne me souviens plus de ce que tu m'as dit et j'aimerais que tu me le répètes encore et encore. Que ce qu'il y avait entre nous n'est plus, que le garçon que tu as rencontré est formidable, que Bastille est à 15 minutes à pied. Que tu me martèles la tête de ces mauvaises fortunes. J'aimerais tomber amoureux d'un homme courageux. Voila des nuits que je ne dors plus. Contre un homme que je n'aime plus, puis contre un homme qui ne m'aime pas. Qu'y a-t-il de pire que pire? Pour me consoler je me dis que nous n'avons rien en commun. Ou si peu.

 

Je me répète. Je me répète. Je me répète. Combien de fois t'ai-je déjà raconté ça à toi qui ne parle pas? Ou peut-être est-ce que je n'ai pas su t'écouter? C'est pourtant sur tes épaules que je suis monté pour achever mon couple. Sur ce point-là je suis heureux; je suis plus libre aujourd'hui que je ne l'ai jamais été. Je n'ai pas de haine, peut-être une grande amertume, celle du perdant. Je ne suis pas quelqu'un de hargneux. J'aime te savoir là, pas loin. J'ai même - tellement - aimé traverser ce pont vers la BNF, acheter un bocal chez le Chinois et regarder les chats sur les bords de la Seine.

 

J'aime écrire, un peu, je mets mes idées au clair, tu n'y apprendras rien, je t'ai déjà tout dit, le Saint. Tires-en les conclusions que tu souhaites.

 

Londres, 24 janvier. Bientôt le 25. Bientôt la mort de ce janvier de merde. En février, je ferai ce qui me plait.

 

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Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 21:04

Il y a trente minutes, j'ai quitté mon Israélien.

 

- Four years which end in a sentence.

 

(J'ai putain de mal).

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Texte Libre

Vulnerant omnes, ultima necat
 
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