Wisteria Lane

Publié le par Qalawun

J'ai décidé de ne plus me raser. Comme dans ces pays où c'est une marque du deuil. Je fait le deuil de la relation avec mon Israélien. Cela fait trois mois. Dehors c'est un gros matou qui s'arrête à ma fenêtre et me regarde. Il disparait dans la nuit, au bout du balcon. J'ai envie de fumer. C'est la vodka. Une semaine que je n'ai pas fumé. Ce n'est pas si dur. Sauf maintenant. Ma barbe pousse pour l'Iran. J'y vole dans six jours, peut-être cinq, ce long hiver m'a laissé une mauvaise conception du temps.

 

La glycine a poussé fort cette semaine, au soleil d'avril. Ma vente a enfin eu lieu. Un beau succès. Soulagé. Six mois de travail acharné pour que mes clients viennent dépenser un million et demi de sterlings. C'est un petit niveau mais c'est tout grâce à moi. La satisfaction du travail accompli. C'est reparti pour un nouveau cycle, une nouvelle vente, le 6 octobre. Quatre jours avant j'aurai trente ans. De quoi faire peur, me faire peur. Putain je vieillis. Tu vieillis, nous vieillissons. Vulnerant omnes ultima necat. Tic tac. Oui c'est attendu, convenu, tout le monde le sait, le temps passe. Mes amis y passent aussi. Fais-toi plaisir garçon. Aujourd'hui, visitant l'exposition Afghanistan au British Museum, il y avait sur une pierre tombale d'Aï Khanum les mots suivants, d'une philosophie - et d'un bon sens - atemporels, traduits ainsi dans le catalogue de l'exposition:

 

"As a child, learn good manners / as a young man, learn to control thy passions / in middle age, be just / in old age, give good advice / then die, without regret".

 

Et ensuite meurs, sans regret. J'ai rencontré un garçon, qui ce soir me manque mille fois plus que ma cigarette. Un garçon qui,quand je m'habille le matin, me boutonne ma chemise, jusqu'au col et me regarde avec ses grands yeux comme pour m'empêcher de partir. Un garçon qui pourtant est difficile à lire. Un garçon qui boit, qui parle et qui voyage. Un garçon avec qui je ne devrais pas sortir. Un garçon qui fait carême et baise comme dieu. Un garçon qui est en Inde pour deux semaines et que je ne verrai pas avant mon retour d'Iran, en mai. Sa bouille d'enfant chéri, les poils de son ventre arrondi, ses petits pieds fantasmatiques et l'odeur de son cou. Je vais dormir pour oublier. J'y repenserai demain, au Grand Moghol.

 


Publié dans Jour après jour

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S
<br /> <br /> Hello. Ce silence sur ton blog est bien long.... De retour d'Iran? Tu dois avoir plein de choses à nous raconter. En espérant te lire vite.<br /> <br /> <br /> <br />
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S
<br /> <br /> Salut. COntent d'apprendre cette rencontre. Alors, ce voyage en Iran? il me tarde que tu racontes. A+<br /> <br /> <br /> <br />
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