La yeshiva, le tombeau des rois et moi

Publié le par Qalawun

L'air est jaune. Il y a du sable partout dans l'air. On a au moins pris 4 ou 5 degrés depuis la tombée de la nuit. Mon manteau en cuir est de trop. J'ai chaud en allant dépenser mes treize sheikels pour un paquet de clopes. C'est bizarre ce temps hors de France. La proximité des déserts sans doute. Quoiqu'il en soit, j'avais juste nettoyé ma cour après l'hiver, et je sens que je vais devoir tout refaire demain. Deux semaines d'interruption bloggesque, quasi. Dur de tenir le rythme quand on a des amis en visite et un programme chargé, tant au boulot qu'en soirées.

Dimanche j'étais de corvée pour faire acte de présence lors d'une visite d'étudiants d'une yeshiva, une école hébraïque. Au tombeau des rois de Judée. Une sorte d'immense trou dans la ville ou quelques tombeaux sont creusés dans la pierre. A côté, une immense citerne antique et excavée est à moitié remplie d'eau croupie. L'hypogée menace de s'écrouler donc personne ne rentre. Mais la cinquantaine de jeunes juifs sont tout de même venus priés devant, après avoir écouter leur prof. Cinquantes petits bonhommes en redingote noire et chapeau bas. Les plus vieux des adolescents essayent tant bien que mal de porter la barbe de leurs ainés. Ils ont tous sans exception des papillotes qui pendent de chaque côté. J'en distingue un ou deux qui au lieu d'un chapeau noir ont une kippa blanche avec un drôle de bout pointu dessus. Ils ont l'air heureux comme des gamins qu'on emmène en sortie scolaire. C'est le cas. Les deux bus se déversent dans cette rue de Jérusalem-Est, pas vraiment habituée à voir tant d'orthodoxes juifs d'un coup. Circulation bloquée, quelques coups de klaxons, mais tout fini par rentrer dans l'ordre.

Je les observe de loin. Certains essayent de me parler en anglais, un en français. Ils sont carrément nuls. C'est drôle. Mais ils sont tellement gentils. Je regardais leur programme d'étude sur le site internet de leur Yeshiva. Ils étudient la Torah jusqu'à 10 heures du soir, tous les jours. Et ils n'apprennent pas l'anglais. C'est tout de même fou. Ils ont tous des regards curieux et sympathiques. Le rabbi le plus âgé les fait tous assoir sur les marches monumentales qui descendent à la citerne. Spontanément, ils se mettent à chanter et à frapper des mains. Vision burlesque. Le temps de prendre quelques photos et les voila tous repartis, aussi vite qu'ils étaient arrivés. Pas un ne manque de me dire un toda raba - merci beaucoup - ou un bye bye.


J'ai l'impression d'être une bête curieuse. Ils me regardent comme s'ils n'avaient jamais vu d'homme en jean, avec des lunettes de soleil. Ils sont si blanc, parfois vraiment pas beaux, parfois vraiment mignons. Le vieux rabbi a même l'air sympa, monté sur ses deux fines guiboles en chaussettes blanches. Il me fait un signe de tête respectueux, de derrière sa longue barbe blanche, regarde à droite puis à gauche de la rue de Naplouse, traverse et remonte dans le car.

Ces religieux comme tant d'autres semblaient être hors du monde. Il s'en produit des quantités phénoménales ici. C'est même un problème pour Israël car ils sont peu impliqués dans la vie politique, la vie sociale. Je trouvais sur un site sioniste la "menace orthodoxe" rangée au côté de la "menace arabe" qui, démographiquement, "bouleverse" l'équilibre de la population israélienne. Ces religieux ne se battent pas tous pour posseder Eretz Israel, ils souhaitent avant tout pouvoir prier, à Jérusalem, et pensent que le renouveau d'Israël ne sera pas un fait de l'homme mais de Dieu. Comment l'homme pourrait-il hâter la fin du monde ?
Je me suis rendu là, trop tôt après une soirée mémorable. L'alcool sans doute encore présent à dû altérer ma vision des choses. soirée sans bêtise. A l'inverse des précédentes. Mais en était-ce bien une ?
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Publié dans Jour après jour

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