De l'emploi du temps

Publié le par Qalawun

Je pose encore cette grosse bague pour écrire. Le bout de mes doigts est froid. Je n’ai pas réussi à me les réchauffer au piano. J’attends mon prochain rendez-vous, à 20h rue de Belleville. J’aurai passé une semaine à tenter de revoir tout le monde, à mettre mes amis dans des cases de temps. Ce n’est pas forcément la bonne méthode, une autre consistant à choisir plutôt que de chercher à tout prix à voir absolument tout le monde, ne serait-ce qu’une heure. Certains cafés s’allongent quand d’autres dîners raccourcissent. Et je fume pour joindre les deux bouts. Sous un ciel de giboulée, j’arpente mon macadam parisien avec bonheur, m’arrêtant souvent dans un magasin pour taper les quatre chiffres de mon code de carte bleue. J’achète des cravates, je bois des bières, je ris, je me pose des questions existentielles. Je devais aller voir 4000 d’art afghan ce matin, à Guimet. J’ai abandonné, j’irai demain, n’ayant rien prévu pour mon matin. Je dois aller voir Klein à Beaubourg, ça sera pour vendredi. Hier, il a plu, aujourd’hui seulement quelques gouttes. La pluie me fait toujours le même effet, preuve de mon masochisme, j’aime me mouiller en marchant. Mon copain d’hier voulait prendre le métro à cause des quelques gouttes, juste pour traverser la Cité. Soit, mais c’est dommage. Marcher entre les flaques, rentrer les cheveux trempés dans un troquet des Archives, s’abriter deux minutes sous un porche et regarder les parapluies passer. La vie parisienne est toujours la même. Cet été, je tombais béat devant la beauté des parisiens, cet hiver je les trouve moches, pour la plupart. Ces peaux blanches comme déterrées. Ca ne tient à rien. Ca n’en diminue pas mon plaisir d’être là. Je reviendrai cet été et raccrocherai encore une fois cet étonnement esthétique. On s’en fout de toute façon. Mais ça m’a frappé.  Mon radiateur, le petit chien à mes pieds, commence à réchauffer la pièce. Les doigts de ma main gauche, d’avoir tapé, n’ont plus froid, la droite se réchauffe aussi. J’ai passé nouvel an dans un dernier étage, regardant la tour Eiffel qui, elle non plus, n’a pas changé. Une foule mixte black & blanc se presse pour danser sur une musique parfois bien parfois bof. Je retiendrai le fous ta cagoule de Mickaël Youn. Ce n’est pas l’idéal pour danser mais ça a le mérite d’être drôle. Trop fumé, trop bu, rien d’étonnant. Je rentre en ayant du mal à marcher droit jusqu’à chez moi, remontant jusqu’à Jaurès, boulevard Secrétan, avenue Bolivar. Heureusement l’iPod est là avec ce gros casque qui me sert de cache-oreilles. Nouvel an, résolutions à la mords moi le nœud. Arrête de fumer ! Chaque jour j’y pense sans vraiment avoir envie d’arrêter, sans doute. Je ne sais pas. Deux fois on a voulu m’offrir des verres dans des cafés. Ma barbe doit être exotique, elle plait. J’ai du décliner. Je n’étais pas seul, puis j’allais partir. Ca a un côté un peu « cavalier », quand on est à deux, j’aurais très bien pu être accompagné de mon copain, mais c’est surtout horriblement plaisant. Une fois sur deux, le mec est charmant. Rhaaa, où sont ces habitudes à Jérusalem ? Ah oui, j’oubliais, la barbe là-bas est peut-être moins exotique. J’aurai revu ou vais revoir les gens qui comptent, les amis, les amants, ex et moins ex, toujours beau, la famille. Pas assez de temps passé, pas assez de temps pour avoir ma dose pour les six mois à venir. Je reste convaincu que ma vie est ici. Certainement pas ailleurs. J’en suis sûr. Ma grand-mère me pose encore la question de cette homosexualité qui pour moi ne serait qu’une passade. Je lui dis et répète que non, ce n’est pas temporaire. A l’inverse, cette expérience de vie ailleurs l’est, temporaire, limitée. Les expériences qu’on en tire sont fortes, captivantes, souvent magiques, mais je crois que je ne réussirai jamais à me sentir chez moi. A quoi bon lutter. Cela fera trois ans cette année que je suis parti, quatre en renouvelant mon contrat l’année prochaine. Ce n’est pas suffisant ? Le fait qu’il y ait toujours du nouveau à apprendre au contact du pays qui n’est pas le sien ne suffit pas. Je ne me sens pas libre. A voir sans doute avec le pays, la région. Il y a quelque chose de pourri au royaume d’Orient, n’est-il pas ? Pression, bordel, manque de libertés, armes, chaos et shawarmas. Parfois le ras-le-bol survient. Mais toujours en posant le pied, le virus revient. Et puis on reste. Maintenant, il fait chaud dans ma chambre.

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Publié dans Jour après jour

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T
A quand des nouvelles de toi , je suis arrive en france aujourd'hui , appelle moi si tu as du temps !!!
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