Camden town

Publié le par Qalawun

Ce dimanche doit être l'un des derniers de l'année où l'on peut encore se promener en short. Il faisait beau et presque chaud aujourd'hui. Les grosses dames posées sur les bancs de Camden Street suaient entre les seins, il n'y avait pas une fille sans sa paire de lunettes, les mamans achetaient des beignets et des glaces à leurs enfants et les trottoirs, encore une fois, dégueulaient de passants. Dont moi. J'ai sauté dans un bus pour le nord-est de la ville et suis allé vers King's cross, la cherchant du regard. A quoi ça peut ressembler ? Je n'ai vu que le rouge brige de Saint Pancras. J'ai marché vers le nord, sous les marronniers, entre les courts immeubles aux bow-windows et j'ai vu grossir la foule en arrivant vers Camden Town. Là je m'arrête. Je mange un Macdo. Je mange tellement mal en ce moment. J'ai d'ailleurs pris du ventre. J'en suis sûr. Avec la quantité de bière que je bois aussi. Puis je vieillis, j'ai voulu m'acheter un jean slim hier. J'aurais dû car j'ai plus d'argent que prévu sur mon compte en banque. Cela dit, c'est pas vraiment agréable. Puis ça moule carrément le paquet ce qui n'a pas pour caractéristique de mettre très à l'aise en société. En tous cas moi. Mais cela dépend des sociétés fréquentées. Je reviens donc à Camden Town et à mon Big Mac. Avalé en deux bouchées devant la boutique American Apparel qui, elle aussi comme les autres dans la ville, est en rupture de stock de cravates.

Au delà, en remontant la rue, ce n'est qu'une succession d'échoppes qui vendent des merdes à trois francs. Les mêmes qu'on retrouve dans le monde entier, de Paris à Bangkok. Lunettes contrefaites, t-shirts avec des logos débiles, horreurs indiennes d'Amérique du nord du genre dreamcatchers, phallus en bois, tout le répertoire des pseudo objets d'art asiatiques, horribles têtes de Buddha ou faux coffres indiens, les mêmes version africaine (là, c'est surtout le faux masque Dogon qui fait fureur), verroterie, quincaillerie déclinée sur le mode tête de mort, accoutrement fluo et tektonik, etc. Mais il y a de la vie. Ca grouille. Des familles, des jeunes, des noirs, des indiens, de tout, moi, un rat. Il y a des couleurs, j'adore ça. Je regrette de ne pas avoir mon appareil photo. Ca fait trop longtemps que je n'ai pas mis les pieds aux Puces de Clignancourt mais ça doit être un peu pareil. Je dégote un magasin de vieux bouquins où j'achète deux vieux ouvrages sur la peinture persane et une exposition au British Museum. L'un est écrit par le père de mon boss, l'autre par une vieille dame que j'ai croisée il y a quelques jours au boulot. J'achète la bande originale de Tous les matins du monde, un film que je n'ai pas vu mais dont je connais la musique baroque. Là, au bord de l'écluse, une petite péniche attend patiemment de descendre de niveau. Il y a un magasin chic de vieilles lunettes, un autre de meubles années cinquantes. J'ai bien envie d'y faire mes courses un jour. J'achète deux vieilles cartes du Proche-Orient et de l'Extrême-Orient pendant la guerre, publiée par le Daily Telegraph il y a des années. Camden Town, c'est vraiment sympa. J'ai pas l'impression que c'est là qu'on trouvera des raretées mais ça rafraichit et ça met des couleurs plein les yeux.

Je n'ai pas fait mon coming-out au bureau. Je suis entouré de filles, jeunes, avec lesquelles ça passe bien. Ca passe même très bien avec certaines, surtout dans un sens. Je vais devoir leur dire puisqu'elles savent que je dois rechercher un appart fin octobre. Elles vont demander des détails sur le coût, la surface, etc. Je vais être obligé de dire que je cherche quelque chose pour deux alors que je n'ai pas arrêté de répéter que je n'en pouvais plus de la colocation. Il faudra bien que je crache le morceau puisque mon Israélien arrive lundi prochain. J'ai peur de faire des déçues - ça peut paraitre très prétentieux, je sais, lol - mais j'ai surtout peur d'une mauvaise réaction. D'une homophobie ordinaire. Ca peut toujours arriver. Même dans des milieux où il y a beaucoup de pédés. Même avec des jeunes. Bref. Le moment où il faudra le dire m'angoisse un peu. Ca n'est jamais simple puisque toujours une sorte de gêne s'installe après l'annonce. Des deux côtés. Enfin, c'est l'impression que j'ai toujours eu. Les réactions du type "It's fine, it's ok, ah très bien, ah bon? c'est super ça" me semblent toujours un peu forcées. Réagir naturellement à ce type d'annonce n'est pas facile. L'annoncer naturellement non plus. Chacun fait comme il peut.
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Publié dans Jour après jour

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T
Nous avions adoré le Market, à Camden, qui a apparemment brûlé, cette année !
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D
Heureusement qu'il n'existe pas d'injonction en ce domaine (le fantôme d'EDWIGE n'est pas loin...) Mais en ce qui me concerne, la sphère privée doit se protéger un maximum des intrusions du monde du travail. Aussi pour moi, moins les collègues en savent sur ma vie, plus ils ont des difficultés à avoir de l'emprise sur moi. ils ne peuvent que se rattacher qu'à mon "savoir faire" et mon "savoir être" (pour parler DRH). C'est pourquoi avec certains, je n'entretiens des relations amicales qu'après leur départ (ou le mien). 
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D
Au sujet du coming-out, pour moi, il nous faut accepter aucune injonction à se dire. En revanche, chacun doit pouvoir vivre librement et ouvertement ce qu'il est !
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P
Plutôt d'accord avec David.
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D
Pourquoi vouloir faire son coming out auprès de ses collègues de travail? Tu as ta vie privée, et elle ne regarde que toi! 
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