Energumène cosmopolite

Publié le par Qalawun

En une semaine, marcher une fois. J'ai profité du vendredi soir pour aller faire une courte marche, la première depuis le dimanche précedent. Je suis sorti du boulot assez tôt, vers 20h30, en ayant terminé sur des grands carreaux d'Iznik, encore. Dans la journée, j'apprends qu'un client iranien qui paye généralement en retard se rattrape en offrant du caviar pour faire passer la pilule. Il y a deux boîtes de beluga en ce moment au bureau. Je passe à la maison me changer. La maison est à vingt mètres de la porte du travail. Je ressors, envie d'un macdo. Je sais pas vraiment ce qu'il s'est passé mais j'ai pas retrouvé le macdo tout de suite. J'y suis pourtant allé trois fois. Piccadilly circus. Sous les grands écrans à diodes, des milliers de gens passent. Au feu, des amas d'inconnus qui s'agglutinent, qui attendent ensemble le passage au vert puis qui traversent, ensemble. Chassé-croisé. C'est vendredi soir, les gens se sont habillés, les jupes sont courtes, les talons hauts. Les rues sont bouchées. Taxis et racailles qui paradent au volant de grosses cylindrées.

Je dévisage les visages de la foule. Tant de gens comme d'autres et de gens pas comme les autres. Energumènes aux longs cheveux, personnages faméliques et maladifs, un punk en slim pourpre, deux clochars à vingt mètres de distance qui se dont concurrence, un autre qui dort au milieu de la foule dans un sac de couchage antédiluvien. Deux Russes. Le bruit est incessant. Le foule est bruyante, je pousse à Laicester Square. Un jeune barbu debout sur un plot parle à la foule. Une harangue faite à une assemblée de Noirs, principalement. Que dit-il ? Je ne sais pas mais je cherche les complices de son forfait, quel qu'il soit, dans la foule. je passe devant le cinéma, l'entrée d'un club, je fais demi-tour. Je ne retrouve pas le macdo. Je m'interroge, je suis pourtant sûr de savoir où il est. Je repasse dans une petite rue voûtée. Un club avec une grosse Bentley garée devant. Une géante blonde passe le cordon de sécurité. Elle est moins belle de près que de loin. Touristes, touristes, foule cosmopolite qui ne s'arrête pas de parler, de rire, de téléphoner, d'acheter. Je n'en reviens pas de ce grouillement, de toutes ces langues, de toutes ces têtes. J'ai l'impression de n'avoir jamais vu ça. Je n'ai jamais vu ça. Des Indiens, des Arabes, des Français, des Brésiliens, des Asiatiques, le monde entier est là, dans le bus, le métro, au macdo que je retrouve et sous les écrans de diode.

Vendredi soir, je finis mon tour saoûlé par la foule, frustré de ne pouvoir y rentrer, de m'y sentur fondu, intégré, de n'y avoir un truc à faire, un endroit où aller, je me sens encore extérieur, une greffe qui doit prendre. Tous ont l'air de savoir où aller. Je rentre avec mon big mac et ma boîte de six. Je regarde à haute dose cette télé merdique pour me faire une culture locale. Il y a juste une série de documentaires d'Anglais dans les tepuys d'Amérique du sud que je trouve extraordinaire, le reste schlingue le merdique. The X factor, The bigger loser, Big Brother, même leur news sont pourries. On ne fait pas mieux de ce côté-là de la manche qu'à Paris...

J'ai traversé la moitié de la ville pour trouver un lavomatic. Mon internet m'indiquait depuis plusieurs jours que le lavomatic le plus proche se trouvait à Notting Hill, soit à une demi-heure de bus. Vaille que vaille, même s'il en existe de plus proches, ça aura le mérite de me balader. Je mets toutes mes affaires sales de quinze jours dans mon sac de voyage et je pars pour Notting Hill, à pied et en bus. Le bus longe Hyde Park, c'est assez agréable. Je comprends rien à leur système de station de bus. Celles d'un même secteur sont réparties suivant un système barbare de codage de lettres, heureusement prises dans l'alphabet. Il faut ensuite essayer de trouver une carte des lignes de bus compréhensible pous savoir dans quelle station codée les bus de la ligne souhaitée vont s'arrêter. Une fois dans le bus, il n'y a pas de carte du trajet emprunté et la voix électronique ne fait que répéter la destination finale de la ligne : Shepherds Bush. Shepherds Bush. Shepherds Bush. Sheper.... C'est bon, j'ai compris.

Petit quartier sympa, Pembridge Villas. Ahhh, la laverie. Une ravissante fille qui semble de l'Est m'aide à comprendre comment faire marcher les machines, prendre du savon et de l'assouplissant dans la machine,... C'est la première fois de ma vie que je vais dans une laverie. Je n'aurais jamais pensé devoir traverser la moitié d'une capitale non plus pur laver mes slips. Une vieille folle sale lit un journal, bloquée sur la même page pendant toute ma machine. Soit 29 minutes. Non, elle ne dort pas, elle se lève au moment où je transfère mes fringues dans le sèche-linge. Je lis Iznik Pottery, de John Carswell. Je m'en vais, sac au dos. Queensway. Une Audi 4x4 limousine de preque dix mètres s'arrête sur un bas-côt et 15 adolescentes hurlantes qui attendaient sur le trottoir se tassent dans la bagnole. C'est au moins la douxième limousine que je vois depuis que je suis là. Il y en avait une rose dans Hyde Park tout à l'heure. Une dans Regent street hier d'où se jettait sur le trottoir une troupe de harpies meringuées. J'imagine que l'expression "m'as-tu-vu" n'est pas encore passée dans la langue anglaise ?

Aujourd'hui, un nouveau téléphone, Carnaby Street, Oxford Street. Je cherche un trench, j'ai envie de m'acheter un trench-coat depuis longtemps. J'en ai un vieux qui ne fait plus l'affaire et puis je suis venu dans cette foutue ville sans manteau alors qu'il pleut tout le temps. Je ne trouve pas. Je croise un couple de pédés chez Armani Exchange que je recroise à la boutique Apple. Oxford Street n'est pas si grande. Puis les pédés ça se reconnait tout le temps dans la foule. J'ai reconnu la casquette Christian Audigier que j'avais vue rue Shenkin à Tel Aviv à 800 shekels. Un peu cher la casquette. J'ai mal au jambe, mal au dos d'avoir porté mon linge, mal à la tête de tout ce monde, saoûlé par lui mais heureux de le voir. Londres la cosmopolite n'est pas un mauvais rêve, n'est pas un rêve, elle est bien là, sous ma fenêtre. D'ailleurs, quelle idée ce système de fenêtre anglais, il faut lever ses lourdes fenêtres qui coulissent verticalement au lieu de s'ouvrir comme chez nous, avec une poignée au milieu... Vraiment. Perfide.
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Publié dans Jour après jour

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D
Que de tempéraments !
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P
encore plus perfide que ça: ce type de fenêtre ne serait finalement pas anglais, mais américain!... enfin, c'est wiki qui le dit (et quelques autres sites)... :p
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