Entre Knightsbridge et New Oxford Street, du V&A au British Museum
Hier, il a plu toute la journée. D'abord une sorte de crachin breton, ensuite une pluie plus lourde, pénétrante. Knightsbridge était pleine de monde. Harrods, qui est pourtant en travaux, semblait être le point de mire d'un flot de touristes, friqués ou moins friqués, mais bien décidé à se frayer un passage jusqu'au grand magasin. Je n'étais pas rentré lorsque j'avais passé un mois à Londres il y a sept ou huit ans. Le décor à l'égyptienne de l'intérieur est assez frappant même s'il fait terriblement vieillot. Des petits escalators, des étages très bas de plafond, le tout très sombre et engorgé. Bref, ça ne me plaît pas beaucoup. Des cohortes de femmes voilées peuplent les allées. Beaucoup sont voilées à la manière du Golfe, d'autres à la pakistanaise. Autant de subtiles manières de mettre le hijab qu'on décèle et reconnait avec le temps. Les maris ont laissé tomber leur dishdashas et sont, souvent, assez mal fagotés. Je cherche un parapluie. Je me suis trempé à venir de St James jusque là. Le crachin a fait sont effet au bout d'une petite demi-heure de marche. Mes épaules sont humides. En rentrant dans Harrods, je me vois dans le miroir du stand Crème de la Mer. Mes cheveux et mon casque Sony dégoulinent. Des gens me regardent mais je ne suis pas le seul à être si trempé. Je ne trouve pas de parapluie dans les cinq étages de cette assemblage de mauvais goût. Je repars en direction du Victoria and Albert Museum.


The Swarm chandelier, par Zaha Hadid
Je suis donc arrivé au Victoria and Albert. Une splendide suspension de Zaha Hadid est au plafond, en verre. C'est aussi l'architecte du centre pour les arts performatifs d'Abou Dhabi, ou quelque chose comme ça, un bâtiment en forme de feuille. La gratuité des musées est surprenante, même si j'étais déjà au courant. Ca a le mérite, ou le désavantage, c'est selon, de faire affluer beaucoup de monde dans les salles le week-end. En comparaison aux quelque huit ou neuf euros que doit coûter un billet d'entrée au Louvre... Dans les salles, des centaines de personnes ne regardent plus les vitrines, elles les photographient. Il n'y a plus que des éclairs de flash dans les salles du musée. C'est fatigant. Un homme me pousse pour photographier la fameuse aiguière en cristal de roche dont je parlais dans le billet précédent. Que personne ne regarde avec attention ce qu'il y a dans les vitrines, c'est humain, habituel, moi non plus je ne regarde pas tout. Mais qu'on substitue l'objectif à notre oeil, même au musée, c'est gênant. Je n'avais jamais remarqué ça. Encore une nouvelle manifestation de l'homme à prothèses. Je redécouvre avec plaisir la collection d'arts de l'islam, notamment la magnifique lampe de mosquée de la Suleymanieh et la coupe en jade de Shah Jahan. Je dépense des fortunes à la librairie puis rentre, encore sous la pluie, chez moi. Je m'arrête dans une grande librairie pour acheter un Oxfor français-anglais et un "Fowler" l'équivalent britannique du Grévisse.

Hier soir, Gorilles dans la brume à la télé. L'histoire de Dian Fossey, une spécialiste américaine des gorilles assassinée en 1985. J'avais vu ce film avec ma grand-mère quand il était sorti en 1988. Mon père vivait alors au Zaïre où se passe l'histoire. Y ayant ensuite passé du temps moi-même, cette histoire a toujours étrangement sonné. Mon dernier passage en Afrique date de l'année de mon bac, en 1998. J'avais alors passé plusieurs semaines entre le Mozambique, le Swaziland et le nord-est de l'Afrique du Sud. J'ai toujours eu envie de retourner en Afrique centrale. Les odeurs, les couleurs, les sons, j'ai été marqué aux cinq sens, à dix ans, quand j'y suis allé la première fois. D'un ponton de Brazzaville, d'où nous attendions le ferry pour rejoindre Kinshasa, je voyais les grandes tours de la capitale zaïroise, loin, de l'autre côté du grand fleuve. Le grouillement du monde, l'odeur de rive boueuse du port fluvial, les estropiés, j'en avais plein les yeux et les narines. Quelques jours plus tard, nous volions vers l'Est pour Goma et les bords du lac Kivu. C'était en 1991, avant le génocide du Rwanda et l'afflux des réfugiés. La région des grands lacs. Je me souviens des histoires de mon père me racontant les éruptions du Nyiragongo et les bulles de méthane du lac capable d'engloutir des bateaux entiers. Je me souviens que sur le chemin de l'aéroport de Goma, je prenais les bruits de tôle sourds du 4x4 UMM léger pour les grondements du volcan. Le cratère surplombe Goma, située à moins de 15 kilomètres. De là, les chimpanzés des forêts d'anciennes laves, les gorilles, bref, je radote, j'ai déjà dû raconter ça quelque part. Ah oui, c'est là, Out of Africa, je dinais à Ramallah.

Aujourd'hui, British Museum pour aller voir une table de géomancie signée Muhammad bin al Khutlukh, le même artiste qui a signé le brûle-encens sur lequel je dois bosser. Du monde, du monde, du monde. La pierre de rosette en avait disparu sous les têtes brunes, les sacs bananes et les regards désabusés. On serait tenté de dire "quelle horreur".


J'habite à deux pas
Dans la rue, si j'ai bien compris j'approche de South Kensington, j'entends beaucoup de français. C'est d'ailleurs assez énervant. On a toujours l'envie de se croire le seul de son pays lorsqu'on est à l'étranger. Quand je suis en voyage, je n'aime pas entendre du français. Je ne sais pas à quoi c'est lié. L'impression d'être suivi, de ne pas être un pionnier, de faire comme tout le monde, d'avoir peur de ressembler à cet autre, là, qui loin du pays devient nous, moi, Français à l'étranger, gommant toute différence pour n'être plus qu'un touriste. Evidemment, ce n'est pas si catégorique. Il y a plusieurs sortes de touristes, tout le monde le sait. Puis il y aussi des expatriés, ceux qui ont passé le stade du tourisme. Mais qui ne sont pas meilleurs. Les expatriés, fiers de l'être, fier de jouir d'une qualité de vie supérieure, sont parfois imbuvables. C'est vrai dans les "pays du Sud". Je ne sais pas si c'est vrai à Londres. On m'a tellement parlé des Française de la City. J'avoue que je ne meurs pas d'envie de les rencontrer. Dans ma file de caisse au Tesco de Regent Street (j'écris les noms pour les mémoriser), je n'avais pas envie de parler aux deux Français devant moi qui achetaient un Twix. De toute façon, je ne suis pas là pour faire ami-ami avec des Français. Pas encore.
The Swarm chandelier, par Zaha Hadid
Je suis donc arrivé au Victoria and Albert. Une splendide suspension de Zaha Hadid est au plafond, en verre. C'est aussi l'architecte du centre pour les arts performatifs d'Abou Dhabi, ou quelque chose comme ça, un bâtiment en forme de feuille. La gratuité des musées est surprenante, même si j'étais déjà au courant. Ca a le mérite, ou le désavantage, c'est selon, de faire affluer beaucoup de monde dans les salles le week-end. En comparaison aux quelque huit ou neuf euros que doit coûter un billet d'entrée au Louvre... Dans les salles, des centaines de personnes ne regardent plus les vitrines, elles les photographient. Il n'y a plus que des éclairs de flash dans les salles du musée. C'est fatigant. Un homme me pousse pour photographier la fameuse aiguière en cristal de roche dont je parlais dans le billet précédent. Que personne ne regarde avec attention ce qu'il y a dans les vitrines, c'est humain, habituel, moi non plus je ne regarde pas tout. Mais qu'on substitue l'objectif à notre oeil, même au musée, c'est gênant. Je n'avais jamais remarqué ça. Encore une nouvelle manifestation de l'homme à prothèses. Je redécouvre avec plaisir la collection d'arts de l'islam, notamment la magnifique lampe de mosquée de la Suleymanieh et la coupe en jade de Shah Jahan. Je dépense des fortunes à la librairie puis rentre, encore sous la pluie, chez moi. Je m'arrête dans une grande librairie pour acheter un Oxfor français-anglais et un "Fowler" l'équivalent britannique du Grévisse.

Hier soir, Gorilles dans la brume à la télé. L'histoire de Dian Fossey, une spécialiste américaine des gorilles assassinée en 1985. J'avais vu ce film avec ma grand-mère quand il était sorti en 1988. Mon père vivait alors au Zaïre où se passe l'histoire. Y ayant ensuite passé du temps moi-même, cette histoire a toujours étrangement sonné. Mon dernier passage en Afrique date de l'année de mon bac, en 1998. J'avais alors passé plusieurs semaines entre le Mozambique, le Swaziland et le nord-est de l'Afrique du Sud. J'ai toujours eu envie de retourner en Afrique centrale. Les odeurs, les couleurs, les sons, j'ai été marqué aux cinq sens, à dix ans, quand j'y suis allé la première fois. D'un ponton de Brazzaville, d'où nous attendions le ferry pour rejoindre Kinshasa, je voyais les grandes tours de la capitale zaïroise, loin, de l'autre côté du grand fleuve. Le grouillement du monde, l'odeur de rive boueuse du port fluvial, les estropiés, j'en avais plein les yeux et les narines. Quelques jours plus tard, nous volions vers l'Est pour Goma et les bords du lac Kivu. C'était en 1991, avant le génocide du Rwanda et l'afflux des réfugiés. La région des grands lacs. Je me souviens des histoires de mon père me racontant les éruptions du Nyiragongo et les bulles de méthane du lac capable d'engloutir des bateaux entiers. Je me souviens que sur le chemin de l'aéroport de Goma, je prenais les bruits de tôle sourds du 4x4 UMM léger pour les grondements du volcan. Le cratère surplombe Goma, située à moins de 15 kilomètres. De là, les chimpanzés des forêts d'anciennes laves, les gorilles, bref, je radote, j'ai déjà dû raconter ça quelque part. Ah oui, c'est là, Out of Africa, je dinais à Ramallah.

Aujourd'hui, British Museum pour aller voir une table de géomancie signée Muhammad bin al Khutlukh, le même artiste qui a signé le brûle-encens sur lequel je dois bosser. Du monde, du monde, du monde. La pierre de rosette en avait disparu sous les têtes brunes, les sacs bananes et les regards désabusés. On serait tenté de dire "quelle horreur".

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