Le faux pas du 08/08/08
J'ai pas fait le bilan de mes 23 mois à Jérusalem. C'est pas facile de faire un bilan. Je ne suis d'ailleurs pas obligé d'en faire. Pourquoi en faire ? Ca ne m'empêchera pas de progresser. Je ne suis pas sûr d'en tirer une quelconque conclusion ni d'en tirer un quelconque bénéfice. Faire un bilan c'est aussi tracer un trait, clore une étape et un peu l'oublier, faire table rase. J'en ai pas forcément envie. Puis je sais que ce n'est pas possible, m'étant engagé à poursuivre mon histoire avec mon Israélien qui s'appelle Yaron et je m'appelle Romain. Je viens de changer mon avatar et de le remplacer par ma photo. Ca ne sera peut-être que temporaire. Je reviendrai sans doute au beau portrait de Mustapha Soussen par Girodet, rouge et jaune. Là, le blanc des murailles de Jérusalem m'agresse un peu l'oeil. Après deux ans d'"anonymat", l'envie de me montrer un peu me démangeait. Ca sera temporaire, j'en suis sûr. Il va falloir que je change cette phrase aussi, impressions d'un conflit... Ce n'est plus d'actualité. Qu'est-ce qui est d'actualité ? La pluie qui menace de tomber, l'ouverture des Jeux Olympiques, la guerre en Ossétie du sud ?
Ce 8 août 2008, je pensais que, étant vendredi, le code vestimentaire de ma boîte serait un peu assoupli. Je me suis levé ce matin pour découvrir que je n'avais plus qu'une seule chemise repassée, et donc mettable. Je l'enfile et me dis qu'elle irait bien avec mon pantalon de toile beige et une veste de costard plus foncée. Une jolie ceinture, une cravate brune en soie épaisse à légères rayures bleu clair, des jolies chaussures italiennes, des boutons de manchette et le tour est joué. Elégant, un peu casual, tout pour le plus parfait Friday wear. La journée se passe. Je finis difficilement mes notes complémentaires sur ma trentaine de carreaux d'Iznik. Dans le tas, je supprime un fichier sans m'en rendre compte et perds pas mal de temps de travail. Je passe à la réserve pour aller écouter la spécialiste des textiles qui est dans le coin. Une Anglaise de la cinquantaine du genre prof de collège. Un peu cool, avec des lunettes rouges et des cheveux gris, une robe grise un peu jeune et des chaussures en fausse panthère. Elle vient regarder des tissus safavides et ottomans. Elle y voit de la laine importée d'Angleterre au XVIIème siècle. Très bien, ça sera de 5.000-7.000 GBP pour ce grand ensemble brodé à motif de mihrab. Le temps passe, je finis mes notes, prend le boulot pour le week-end et dis au revoir à mon boss, qui reste encore un peu. On discute deux secondes et là tombe le couperet ! "By the way, Romain, you are perfectly dressed... but you have to wear a suit, it is the men uniform in that building. No casual".
Bah tiens, je sais pas ce qui m'a pris ce matin de m'habiller élégament, de mettre une cravate, des chaussures en cuir, des boutons de manchettes, d'être rasé de frais... Le costume ou rien ! Mais en réalité, s'il y a des règles stupides qui peuvent paraitre très rigide, comme celle-ci, l'ambiance l'est beaucoup moins qu'il n'y parait. Hier, il y avait un labrador brun au département Ammeublement des grandes demeures, peuplé de ravissantes créatures de 30 ans, en jupes courtes et chaussures plates et d'un grand pédé, tous en train de boire du champagne en poussant des grands cris. Et aujourd'hui, une sorte d'ovni chevelu - une spécialiste en argenterie de 60 ans au chignon poudré de blanc disproportionné et monté en casque l'arrière du crâne et lui donnant 15 bons centimètres supplémentaires (to the happy few : une seconde Danielle Elisseeff) - rigolait à s'en faire éclater lapanse dans le couloir avec sa copine du même âge du département d'à côté, le département joaillerie. Celle-là était toutefois toutefois capillairement moins atteinte. Bref, j'ai du boulot pour le week-end : bosser sur un carreau d'Iznik montrant la Kaaba qui va faire la couv de notre catalogue et dont il faut démontrer qu'il est du XVIème et pas du XVIIème comme tous les autres, sur des corbeaux probablement d'époque mérinide (par chance, j'avais déjà bossé dessus à l'Ecole du Louvre), et sur un magnifique brûle-encens de l'ancienne collection Aron.
Et puis comme c'est vendredi, je vais quand même aller faire un tour à Soho me rincer l'oeil chez les cousines.
Ce 8 août 2008, je pensais que, étant vendredi, le code vestimentaire de ma boîte serait un peu assoupli. Je me suis levé ce matin pour découvrir que je n'avais plus qu'une seule chemise repassée, et donc mettable. Je l'enfile et me dis qu'elle irait bien avec mon pantalon de toile beige et une veste de costard plus foncée. Une jolie ceinture, une cravate brune en soie épaisse à légères rayures bleu clair, des jolies chaussures italiennes, des boutons de manchette et le tour est joué. Elégant, un peu casual, tout pour le plus parfait Friday wear. La journée se passe. Je finis difficilement mes notes complémentaires sur ma trentaine de carreaux d'Iznik. Dans le tas, je supprime un fichier sans m'en rendre compte et perds pas mal de temps de travail. Je passe à la réserve pour aller écouter la spécialiste des textiles qui est dans le coin. Une Anglaise de la cinquantaine du genre prof de collège. Un peu cool, avec des lunettes rouges et des cheveux gris, une robe grise un peu jeune et des chaussures en fausse panthère. Elle vient regarder des tissus safavides et ottomans. Elle y voit de la laine importée d'Angleterre au XVIIème siècle. Très bien, ça sera de 5.000-7.000 GBP pour ce grand ensemble brodé à motif de mihrab. Le temps passe, je finis mes notes, prend le boulot pour le week-end et dis au revoir à mon boss, qui reste encore un peu. On discute deux secondes et là tombe le couperet ! "By the way, Romain, you are perfectly dressed... but you have to wear a suit, it is the men uniform in that building. No casual".
Bah tiens, je sais pas ce qui m'a pris ce matin de m'habiller élégament, de mettre une cravate, des chaussures en cuir, des boutons de manchettes, d'être rasé de frais... Le costume ou rien ! Mais en réalité, s'il y a des règles stupides qui peuvent paraitre très rigide, comme celle-ci, l'ambiance l'est beaucoup moins qu'il n'y parait. Hier, il y avait un labrador brun au département Ammeublement des grandes demeures, peuplé de ravissantes créatures de 30 ans, en jupes courtes et chaussures plates et d'un grand pédé, tous en train de boire du champagne en poussant des grands cris. Et aujourd'hui, une sorte d'ovni chevelu - une spécialiste en argenterie de 60 ans au chignon poudré de blanc disproportionné et monté en casque l'arrière du crâne et lui donnant 15 bons centimètres supplémentaires (to the happy few : une seconde Danielle Elisseeff) - rigolait à s'en faire éclater lapanse dans le couloir avec sa copine du même âge du département d'à côté, le département joaillerie. Celle-là était toutefois toutefois capillairement moins atteinte. Bref, j'ai du boulot pour le week-end : bosser sur un carreau d'Iznik montrant la Kaaba qui va faire la couv de notre catalogue et dont il faut démontrer qu'il est du XVIème et pas du XVIIème comme tous les autres, sur des corbeaux probablement d'époque mérinide (par chance, j'avais déjà bossé dessus à l'Ecole du Louvre), et sur un magnifique brûle-encens de l'ancienne collection Aron.
Et puis comme c'est vendredi, je vais quand même aller faire un tour à Soho me rincer l'oeil chez les cousines.
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