Attaque d'une yeshiva à Jérusalem
Tags : Israël Attentat Jerusalem
Je menais une vie normale. J'étais dans les douches du club de sport, à Ramallah. Un squash pas si mauvais puisque je n'avais pas tout perdu.
Je sors de la douche, la serviette comme il se doit, autour de la taille. Je m'habille en parlant avec mon pote du match de squash que j'ai perdu et des vacances au ski. Ca sent le camphre du sauna. Il fait chaud et humide. Un truc me surprend. Je vois le gros gérant du Tri Fitness courir dans les vestiaires en criant "amaliya fil quds, amaliya fil quds !". Une opération à Jérusalem !
Une "opération" est une métaphore pour dire un attentat.
On sort en quatrième vitesse. Al Jazeera est branchée en permanence sur la télé du club. Là, je reconnais les flics israéliens, les ambulances, l'agitation dans la rue. Il fait nuit. Je lis le bandeau qui défile en rouge. Attaque armée dans une école religieuse juive de Jérusalem-Ouest. 8 morts et 50 blessés.
Le choc est rude. Il va falloir que je rentre sur Jérusalem. Je suis à Ramallah. Ce qui veut dire que je vais devoir traverser les check-points où les contrôles viennent probablement d'être drastiquement durcis. Je prends ma BMW éborgnée. Je me dis que Pisgat Zeev aura un débit plus rapide que le check-point de Qalandia. Me voilà parti sur les routes de contournement. Arrivant au check-point de Pisgat Zeev, une grande colonie de Jérusalem-Est, une file ininterrompue de voitures. Ils contrôlent tout. Il me faut 30 minutes pour passer. Jérusalem. Coup de pied dans la fourmilière. Des voitures de flics partout, sirènes, gyrophares bleu et rouge.
Je passe devant l'American Colony, le palace de Jéru-Est. Je tourne à gauche, à droite, j'arrive chez moi. J'allume la télé. Al Jazeera en anglais. France24 en anglais. BBC, en arabe. Les mêmes images. On s'habitue vite aux images. En quelques minutes à vrai dire. On veut en voir plus. Je pourrais aller à Kiryat Shmuel, d'un coup de voiture. C'est à quelques minutes. Pour voir du vrai. Assouvir je ne sais quelle curiosité morbide. Essayer mon nouvel appareil photo. Mais j'ai faim et reste à la maison. J'ai d'excellents fromages qui m'attendent, fraichement rapportés de France.
Je suis dégoûté par cet attentat dans une Yeshiva. Il est 22h56 ici et on en est à 9 morts dont les attaquants. Le Hamas, sans revendiquer l'attaque, s'est "réjoui" de cette action "héroïque" qui "ne sera pas la dernière". Le processus de paix est, comme d'habitude, la plus grande victime de ces opérations suicide ou militaires. Condoleezza Rice était à Jérusalem hier. Quelle pied-de-nez au travail de la Secrétaire d'Etat, venue hier exhorter les deux parties israélienne et palestinienne à se rassoir à la table des négociations. Abou Mazen, prudent, avait conditionné son retour aux négociations à une trêve totale à Gaza - fin des tirs de roquettes et fin des opérations militaires israéliennes. N'ayant aucun ascendant sur le Mouvement de la Résistance Islamique, il lui est difficile d'agir. Il vient de condamner l'attaque de ce soir.
Je suis également écoeuré par les 125 morts des opérations militaires israéliennes à Gaza ce week-end. La pression est forte. Aujourd'hui, un autre soldat israélien a été tué à Gaza. Un palestinien a été tué à Naplouse Le monde entier à condamné cet usage excessif de la force. Que faut-il justifier ? Que faut-il tenter de comprendre ? Jamais les attaques qui visent délibérément des civils.
Je suis dégoûté parce que les représailles seront dures, notamment contre les Palestiniens dont la majorité demeure prise en otage par les groupes responsables de ce genre d'opérations. Leurs conditions de vie quotidienne, leurs déplacement, vont désormais être rendues encore plus infernales. A l'heure où je parle, les avions israéliens ont frappé la bande de Gaza et fait 4 morts à Khan Younès. A l'heure où je parle, 20 blindés israéliens sont entrés dans Bethléem. Bethléem est à 15 minutes de voiture de chez moi. Je suis dégoûté par ce que demain soir je dois aller au Toys, un bar branchouille de Jérusalem et qu'il ne va pas faire bon trainer dans les endroits comme ça désormais. Même s'il faut résister.
L'opération aurait été revendiquée par un groupe inconnu, les brigades des hommes libres de Galilée - groupe du martyr Imad Moughniyeh. Ce mec, Imad Moughniyeh, vient d'être tué à Damas il y a 3 semaines environ, dans un attentat à la voiture piégée. Il était un des chefs militaires du Hezbollah. Le Hazbollah libanais avait alors averti d'une probable vengeance. Je vois là les scènes de liesse de groupes de jeunes Palestiniens. La violence amène la violence.
Aujourd'hui, c'était la première vraie journée de printemps. Il faisait chaud, on mangeait en bras de chemise sur la terrasse, protégés du soleil par de larges parasols. Il faisait beau.
Je menais une vie normale. J'étais dans les douches du club de sport, à Ramallah. Un squash pas si mauvais puisque je n'avais pas tout perdu.
Je sors de la douche, la serviette comme il se doit, autour de la taille. Je m'habille en parlant avec mon pote du match de squash que j'ai perdu et des vacances au ski. Ca sent le camphre du sauna. Il fait chaud et humide. Un truc me surprend. Je vois le gros gérant du Tri Fitness courir dans les vestiaires en criant "amaliya fil quds, amaliya fil quds !". Une opération à Jérusalem !
Une "opération" est une métaphore pour dire un attentat.
On sort en quatrième vitesse. Al Jazeera est branchée en permanence sur la télé du club. Là, je reconnais les flics israéliens, les ambulances, l'agitation dans la rue. Il fait nuit. Je lis le bandeau qui défile en rouge. Attaque armée dans une école religieuse juive de Jérusalem-Ouest. 8 morts et 50 blessés.
Le choc est rude. Il va falloir que je rentre sur Jérusalem. Je suis à Ramallah. Ce qui veut dire que je vais devoir traverser les check-points où les contrôles viennent probablement d'être drastiquement durcis. Je prends ma BMW éborgnée. Je me dis que Pisgat Zeev aura un débit plus rapide que le check-point de Qalandia. Me voilà parti sur les routes de contournement. Arrivant au check-point de Pisgat Zeev, une grande colonie de Jérusalem-Est, une file ininterrompue de voitures. Ils contrôlent tout. Il me faut 30 minutes pour passer. Jérusalem. Coup de pied dans la fourmilière. Des voitures de flics partout, sirènes, gyrophares bleu et rouge.
Je passe devant l'American Colony, le palace de Jéru-Est. Je tourne à gauche, à droite, j'arrive chez moi. J'allume la télé. Al Jazeera en anglais. France24 en anglais. BBC, en arabe. Les mêmes images. On s'habitue vite aux images. En quelques minutes à vrai dire. On veut en voir plus. Je pourrais aller à Kiryat Shmuel, d'un coup de voiture. C'est à quelques minutes. Pour voir du vrai. Assouvir je ne sais quelle curiosité morbide. Essayer mon nouvel appareil photo. Mais j'ai faim et reste à la maison. J'ai d'excellents fromages qui m'attendent, fraichement rapportés de France.
Je suis dégoûté par cet attentat dans une Yeshiva. Il est 22h56 ici et on en est à 9 morts dont les attaquants. Le Hamas, sans revendiquer l'attaque, s'est "réjoui" de cette action "héroïque" qui "ne sera pas la dernière". Le processus de paix est, comme d'habitude, la plus grande victime de ces opérations suicide ou militaires. Condoleezza Rice était à Jérusalem hier. Quelle pied-de-nez au travail de la Secrétaire d'Etat, venue hier exhorter les deux parties israélienne et palestinienne à se rassoir à la table des négociations. Abou Mazen, prudent, avait conditionné son retour aux négociations à une trêve totale à Gaza - fin des tirs de roquettes et fin des opérations militaires israéliennes. N'ayant aucun ascendant sur le Mouvement de la Résistance Islamique, il lui est difficile d'agir. Il vient de condamner l'attaque de ce soir.
Je suis également écoeuré par les 125 morts des opérations militaires israéliennes à Gaza ce week-end. La pression est forte. Aujourd'hui, un autre soldat israélien a été tué à Gaza. Un palestinien a été tué à Naplouse Le monde entier à condamné cet usage excessif de la force. Que faut-il justifier ? Que faut-il tenter de comprendre ? Jamais les attaques qui visent délibérément des civils.
Je suis dégoûté parce que les représailles seront dures, notamment contre les Palestiniens dont la majorité demeure prise en otage par les groupes responsables de ce genre d'opérations. Leurs conditions de vie quotidienne, leurs déplacement, vont désormais être rendues encore plus infernales. A l'heure où je parle, les avions israéliens ont frappé la bande de Gaza et fait 4 morts à Khan Younès. A l'heure où je parle, 20 blindés israéliens sont entrés dans Bethléem. Bethléem est à 15 minutes de voiture de chez moi. Je suis dégoûté par ce que demain soir je dois aller au Toys, un bar branchouille de Jérusalem et qu'il ne va pas faire bon trainer dans les endroits comme ça désormais. Même s'il faut résister.
L'opération aurait été revendiquée par un groupe inconnu, les brigades des hommes libres de Galilée - groupe du martyr Imad Moughniyeh. Ce mec, Imad Moughniyeh, vient d'être tué à Damas il y a 3 semaines environ, dans un attentat à la voiture piégée. Il était un des chefs militaires du Hezbollah. Le Hazbollah libanais avait alors averti d'une probable vengeance. Je vois là les scènes de liesse de groupes de jeunes Palestiniens. La violence amène la violence.
Aujourd'hui, c'était la première vraie journée de printemps. Il faisait chaud, on mangeait en bras de chemise sur la terrasse, protégés du soleil par de larges parasols. Il faisait beau.
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