La passacaille et le loupé

Publié le par Qalawun

Concert et petits fours. Un trio piano, violon, violoncelle. Et dire que j’ai failli ne pas être invité. Là, face à la tour de David, on écoute de la musique française, Ravel. Le violoniste souffrant a été remplacé par le premier violon de l’orchestre symphonique de Jérusalem. Une jeune femme blonde. J’ai toujours été étonné par le violon. On a l’impression qu’il flirte toujours avec la fausse note pour donner ce qu’il a de plus beau. Quatre rappels, un Astor Piazzola en guise de remerciement à nos applaudissements. Un régal. Comme le trio en la mineur de Ravel, surtout les deux derniers mouvements, la passacaille et le final. Une musique tout pleine de feintes et d’originalités. Rafraîchissant dans la chaleur de l’été qui commence à poindre. Un peu comme les Estampes de Debussy (j’apprends d’ailleurs au détour d’un article de wikipédia que ces Estampes ont largement été influencées par l’œuvre de Ravel). Au buffet, alors que je discute, je croise le regard d’un garçon de l’autre côté de la table. Tout s’arrête après qu’un sourire figé se dessine sur nos deux gueules. Il fait le tour de la table, sans qu’on se quitte du regard. Moitié attraction animale, moitié timidité à faire rougir les joues, moitié – je sais il y en a déjà deux – gamins qui pensent à la bêtise qu’ils vont pouvoir commettre. Il est horriblement beau. Il poursuit son tour de l’immense table. Alors qu’il est à deux mètres de moi, je ne sais plus ou poser les yeux. Je raccroche alors vite la discussion que j’avais laissée là. Lui s’arrête à deux pas de moi, dans un autre groupe. Je me sens con. De temps en temps je sens qu’il tourne la tête vers moi. Je tourne la tête vers lui, toujours trop tard. On se loupe. On s’en va. Je discute avec une demoiselle qui fait partie de sa compagnie de danse – mais ça je le saurai plus tard. Il la rejoint alors que j’ai déjà fait quelques pas vers l’autre salle. Je me retourne pour dire au revoir à la jeune fille, dont je n’ai rien à faire, mais parce que je sais qu’elle est avec lui. Elle me salue de loin. Il me dit au revoir, avec un sourire. Je sais qu’il est danseur et qu’il dansera en slip demain soir à Jérusalem. Il me faut une invitation. Je l’ai revu. Lui sur le trottoir, moi dans ma voiture. Arrghhh, la vie est dure. On change d’ambiance. On va dans une sorte de salle de quartier avec une expo de jeunes artistes, à Nakhlaot, un quartier historique de la Jérusalem juive du XIXème début XXème. Pas mal de trucs intéressants quoiqu’assez conventionnels : de la reprise dadaïste, des imprimés façon pop art, des vinyles repeints et surtout des panneaux de circulation pervertis. Impossible de trouver le catalogue des prix. De toute façon je suis fauché.

Cette journée m'a fait penser à ça :

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Maurice Denis, 1893,
Les arbres verts ou Les hêtres de Kernuel,
Huile sur toile, musée d'Orsay

 

 

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Publié dans Jour après jour

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P
Il fallait le prendre en stop !
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