Il y a Israéliens et Israéliens
"Comme il y a réfugiés et réfugiés, il y a Israéliens et Israéliens".
De l'idendité nationale et de bien d'autres choses
Ordinateur, clope. Réflexe nauséabond. J'ai l'impression de toujours commencer mes billets par une cibiche. Entrée en matière comme une autre. Je réécoutais le My Funny valentine d'Ella Fitzgerald, toujours aussi bon. Moins funky que Laura des Scissor sisters, c'est sûr. Peu importe, il fait beau mais froid. Quand nous nous sommes couchés trop d'oiseaux chantaient, déjà, dans une curieuse concurrence avec le muezzin. Dans ma chambre propre, je me suis réveillé trop tôt. Impératifs horaires d'un autre que moi.
Café clope, encore, déjà. Il faut émerger de la soirée d'hier. Meilleures que les autres. On ne sait pas trop pourquoi. Un dosage plus ou moins bien équilibré d'amis, d'alcool, de cigarettes et de son. Ce sont peut-être les bananes flambées du début, marques évidentes de mes lubies. La cuisine, ces temps-ci. C'est peut-être la discussion reprise sur les civilités dues aux gardiens des check points, ou celle avec mon Israélien sur la non importance des sms et l'importance de ne pas oublier les anniversaires. C'est peut-être la fight au Gula entre un "Israélien de souche", né là, et des juifs américains, olim éméchés, flanqués d'une sorte de pasionaria sioniste à baffer.
On a senti venir la discussion à plein nez : "what do you think about the war in Irak ?". Ils ont dérivé sur des "I don't like France, I don't like Charles de Gaulle Airport" et puis plus dérangeant : "I'm proud of president Bush, proud of the war in Irak, proud about the Saddam Hussein's death". Campé sur ces positions, ce petit corps mal barbu, nasillard à kippa noire vissée, essayait de provoquer son monde en lançant ses conneries sur le terrorisme, la réussite de la guerre d'Afghanistan, l'amour des terroristes pour l'Amérique. Lui aussi, atteint de l'immense fièvre obsidionale juive.
La discussion évolue, ou retourne à son point de départ : "Qu'est-ce que vous venez foutre ici, vous, juifs américains, qui croyez tout connaître sur tout". "Vous n'avez aucune idée de ce qu'est vivre en Israël". "On ne veut pas de votre fric". Je lisais le bouquin d'Enderlin hier, Le rêve brisé, il évoquait ces juifs du Congrès américain, le lobby, qui veulent "sauver Israël de lui même", c'est à dire, entre autres, qu'il évite de se « saborder » en faisant trop de concessions aux Palestiniens. C'était après Oslo. Ces Américains d'hier étaient forcément plus royalistes que le roi, plein du zèle prosélyte des nouveaux convertis à la cause. Ils ont plutôt très mal pris qu'un Israélien leur parle en anglais pour leur demander d'où ils viennent, Brooklyn, New York. Pour certains d'entre eux, l'oulpan avait marché, pour d'autre, le petit barbu, non. Piqués au vif dans leur judaïté que de s’entendre questionner en anglais sur leur lieu de naissance, sans doute. C’est là que la Pasionaria s'est mise en branle, en nous traitant de sales pédés, insultant à tue-tête ces "Israéliens d'Israël" qui ne les accueillent pas à bras ouverts. Encore une bien grosse épine dans le pied d'Israël, qui n'en peut plus de sa mixité dirait-on. Que faire une fois le problème de 60 ans résolu ?
J'étais content de voir mon Israélien, le mien, traiter ces mecs d'"enculés de sionistes", c'était incongru, drôle. Un autre petit gars faisait barrage avec moi entre les excités, essayant de les calmer, avant de les pousser doucement dehors. On ferme le bar. Ils se cassent, beuglant Fuck France, You Fags, ... On emmène la bartender avec nous, troublante Talya, pro, détachée, souriante sans plus, brune à grande bouche et yeux qui roulent, bien foutue, agréable mais finalement distante. Bolinat, ouvert 24h/24, derniers verres de vin, à 6 sur nos deux banquettes. Certains mattent les trois filles de la banquette de derrière, d'autres mangent, se touchent, parle de je ne sais plus quoi parce qu'il est 4 heures. On rentre, en taxi.
Ce soir, c'est à Haifa. Une frégate de l'armée y fait escale, le temps d'un cocktail sur le pont.