Les noirs sur leur Kawa

Publié le par Qalawun

Hier soir, je sors du sport. Il est presque 20h00. Je traverse le parc pour aller à Foccacia, un restau pas mal dans le centre ville. Sur ma route, la rue Ben Yehuda et la place Zion. Deux vieux juifs dansent sur une musique infâme. Leurs rouflaquettes dansent avec eux. Un troisième, l'air hagard, donc hébété, me dévisage alors que j'enlève mon casque pour mieux entendre leur musique. Une affiche que j'essaye de déchiffrer ne m'indique rien qui vaille. Un vieux juif en photo, rabbin sans doute, les bras en l'air, fait un grand sourire sur son poster. Une Jeep blindée trône au milieu de la place, comme une sorte d'oeuvre d'art publique qu'il y a toujours au milieu des places. Un militaire fume derrière le grillage de la vitre entrouverte. La boule à zéro m'évite le contrôle d'identité. Les habitudes se perdent. Je ne me suis pas fait contrôlé depuis mon retour de France. Toujours autant de monde sur le kikar Zion. Des gamins attendent sur les escaliers de la banque Leumi, d'autres bouffent, et moi je passe en visant au loin le rainbow flag qui pend du balcon de l'Open House, l'asso lgbt de Jérusalem. Sur ma droite, trois racailles : casquettes, survêtements, l'air louche de rebeux qui ici feront toujours plus louches qu'ailleurs. Ca ne loupe pas, la moto noire que j'avais vue du coin de l'oeil, stoppée au feu rouge rue de Jaffa, s'arrête devant eux. C'est une Kawasaki KLE 500. Deux mecs en noir, tout en noir, sur la moto, posent le pied à terre. Celui assis derrière est plus en hauteur que le conducteur. Il fait la tourelle d'observation pour son pote qui conduit. Ils sont une machine. Ils font corps l'un l'autre, une grosse masse noire à deux têtes et deux roues. Celui qui est devant met la béquille, l'autre descend. La première chose que je vois est son M16 qui lui pend sur les genoux. La seconde, son révolver à la ceinture. Il est un peu serré dans son uniforme, ça me fait doucement sourire. Il a tout un tas de choses accrochées à la ceinture, du genre menotte et talkie. Il enlève son casque et prend enfin forme humaine. Une tête rasée à lunettes, l'air banal, celle d'un pantouflard aimant faire travailler bobonne, le cul sur le canapé. Il fait un tour d'horizon. On se croise du regard. Deux petits yeux noirs perçants cachés sous les lunettes. Je vérifie bien si j'ai mes papiers d'identité et je m'assoie à une dizaine de mètres de l'arrestation. Je mate. Celui qui est descendu commence à contrôler les ID que les trois mecs ont sorties presque machinalement. Il s'allume une clope qu'il fume nerveusement, tirant souvent dessus, en la tenant entre le pouce et l'index. Le second, qui garde son casque, appelle quelqu'un au talkie-walkie, sans doute pour vérifier l'identité sur l'ordinateur. Ca doit se passer comme ça, j'imagine. C'est une force spéciale de la police. Je ne sais pas laquelle. Les Ninjas, sans doute. Toujours les mêmes motos, toujours le même noir, toujours par deux. Avec la police montée, transpirant la violence et l'effroi, c'est parmi les pires unités que j'aie vues jusque là. Pas encore eu à faire aux chars, aux hélicos et aux VTT. Bref, je suis parti au bout de quinze minutes. Le contrôle n'était pas terminé. Le Ninja du devant n'avait pas enlevé son casque et celui descendu s'était rallumé une clope. Je vais au restau avec ma charmante journaleuse et termine au bar. Je rentre avec le peu de batterie qu'il me reste dans l'iPod. Je me gèle. Il est 1h30.

 

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Publié dans Jour après jour

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