La bague au moi... :p
Je voulais écrire sur quelque chose d’important pour moi depuis quelques mois, un truc en gestation depuis une petite année même. Sur ce processus naturel mais complexe d’identification, d’assimilation à un milieu. Un médiomorphisme. ?. Pour utiliser mon mot-valise. J’enlève ma bague à tête de mort pour taper sur mon clavier en silicone, c’est plus pratique sans ce poids qui déséquilibre mon doigt. Ce poids qui me rappelle des choses lourdes. C’est d’ailleurs assez drôle car cette bague est liée à ce processus même. Je la pose pour réfléchir. Je la mets pour me sentir bien, mieux. Mais Brigitte Bardot, elle, me déstabilise. Ca fait plus de vingt minutes qu’elle discute avec Mireille Dumas, celle de Bas les masques. Celle que j’aimais bien avant qu’on se foute de moi. Pourquoi ? Elle est bien Mireille, à forcer les pleurs, à contenter le PAF. Enfin… de l’eau a coulé sous les ponts depuis ses premières émissions. Vie privée, vie publique sur l’argent et la famille, c’est fatiguant. Brigitte a 72 ans, elle s’occupe aujourd’hui du cas d’un condamné à mort noir au Texas. Un bandeau passe en bas de l’écran comme sur al Jazeera : le détenu Farley a été exécuté le 12 septembre au Texas... Des fleurs sont piquées sur une grosse touffe de faux cheveux sur le derrière du crâne. Elle a l’air bien, la matrone de la Madrague. Bouffie, beaucoup. Passer dans le troisième âge est, pour une femme, dit-elle, quelque chose de difficile. Roger Hanin apparaît et fait dans le panégyrique, Dumas, elle, paraît resplendissante dans son T-shirt rose Gauguin à grosse fleur de vahiné. Eh oui, tout se paye dans la vie dit-elle… Même les expériences d’un été. Quand, comment payer le prix de cet été, celui d’un changement. J’ai l’impression d’avoir vécu une sorte de découverte du moi. D’être passé d’un état profondément tourné vers moi-même, d’une introspection quasi permanente, d’un questionnement un peu vain, d’une quête perpétuelle du moi, à un état très superficiel, d’apparence, finalement ouvert et tourné vers l’extérieur, un état d’acceptation de réponses que j’ai fini par trouver. En relisant ce premier paragraphe, je me dis que je dois insérer entre ces deux états, correspondant à deux périodes de ma vie – l’avant coming out et l’après – celle d’un amour complet. Période ni tourné vers moi, ni vers l’extérieur. Regardant vers un nous, conjuguée à ce nous qui apporte tant, et qui coûte beaucoup. Ca a duré, nous avons vécu. Ca ne dure pas. Cette période qui, pour reprendre des mots qui ne sont pas de moi, m’a donné des ailes pour mieux voler, mais seul, ensuite. Ca y est, le générique au synthé de Vie privé, vie publique fait taire B.B. Le sponsor est un fournisseur d’aliments pour chats. C’est étonnant. « Tv5 monde », foutu jingle incrusté dans ma tête depuis Damas, Sohar et là Jérusalem, vient tinter dans la télé. Il y a cet horripilant demi-soupir musical entre le « Tv5 » et le « monde ». Poursuivi que je suis par un jingle à travers l’Orient. Les centaines de chaînes bruissent comme une jungle sonore de jingles horripilants. Pas d’animal fouisseur en moi qui me pousserait à les épuiser toutes. J’en regarde quatre ou cinq. BBC world, Euronews, al Jazeera et Tv5. De temps en temps l’italienne Gay Tv pour me sentir bien, mieux. Un amusant dîner rassemblent tous les soirs les stéréotypes pédés et gouines. Ce besoin de vision, d’écoute, de contact avec des gens qui souvent ne me ressemblaient pas est étrange. J’aborde des terrains nouveaux en étant quasi sûr de m’y sentir bien. Je passais devant une troupe de mecs buvant leur bière en terrasse d’une fameux bar rouge de la rue des Archives, enfin assumant ma capacité à plaire, enfin assumant de regarder cette foule droit dans les yeux, enfin assumant de porter cette bague que j’aime. Une bague ici, là, au doigt, mais c’est tout le reste aussi. J’ai vu des hommes beaux, très beaux, qui me plaisaient. Je ne les ai pas trouvé inintéressants, malgré les mises en garde sur la futilité, l’apparence trompeuse, le sadisme même de ce milieu. La nouveauté qui excuse tout, qui excuserait mon intérêt et même mon émerveillement, je n’y crois pas. J’évoluais petit à petit dans un environnement ni pathogène ni bénéfique.