Moustapha Soussen, si je t'attrape...

Anne-Louis Girodet-Trioson
Portrait de Mustapha, 1819
Huile sur toile - 56 x 46 cm
Montargis, Musée Girodet
Voilà le portrait de Moustapha Soussen. Il me plaît. On ne sait pas si l'instant saisi parle peintre est celui d'un rot couvé, d'un début d'assoupissement à cause d'une pose trop longue, d'un éclair d'idiotie traversant le turban ou bien du moment de génie où le sournois et machiavélique plan se fait jour dans l'esprit de Moustapha pour tuer ce mécréant qui le portraiture en blasphémant l'Interdit majeur vétérotestamentaire. Quoi qu'il en soit, Moustapha est beau, d'une beauté qui sent. Il est odorant. Cette grosse et molle oreille décollée par le turban n'attend que quelques murmures pour réveiller la bête sommeillant en Mustapha. Le bout voyant de la deuxième n'est qu'une invitation presque provocante à découvrir ce chef maghrébin. Mustapha ne doit pas changer tous les jours son t-shirt blanc, sous le cafetan, plaqué sur cette chair grasse et sous les plis du cou. Cafetan rouge à revers bleu, chemise jaune donnant violet, couleurs primaires et secondaires pour finir sur le blanc du maillot de corps. Rhaaa, c'est excitant. Cette masse moustachue, assoupie sur le divan, attendant de ses épouses qu'elles lui massent ses grands pieds babouchés. Un patriarche fatigué quoiqu'encore jeune. Et sur cette barbe clairsemée, des bacchantes de noceur au Pré Catelan, qu'on a envie de tirer, titiller, enrouler dans ses doigts, pour jouer au pique-boeuf sur le dos de l'hippopotame et voir comment va réagir notre las mastondonte. Moustapha m'excite. Sans parler de cette bouche en vague, qui mange plus de boulgour qu'elle ne s'ouvre pour parler. Lèvres épaisses cachant leurs commissures sous les soies voluptueuses de sa moustache d'algérois. Moustapha me plaît, c'est encore dit. Je le savais déjà en l'ayant vu en vrai alors qu'il était à Paris, l'année dernière. C'était l'expo Girodet, au Louvre.
Tags : Orientalisme Girodet-Trioson
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