Mariage blanc
Canette de bière. Il est 22 heures. Je rentre du boulot. Je suis tombé sur un recueil d'oeuvres sur l'astronomie et la géométrie. Des copies du XIIIème siècle des premières traductions arabes d'Archimède et de Théodose de Tripoli réalisées au IXème siècle. Excitant. Surtout quand on voit la relative simplicité de ces manuscrits sur papier et la complexité de leur diagrammes, tableaux et autres constructions géométriques tracés à l'encre rouge sur le papier brun. Un papier tout velouté. Un délice à toucher. Je rentre et mon Israélien travaille encore. J'ai la vaisselle à faire. Le gulash d'hier soir m'attend avec la tarte aux prunes de samedi. J'ai faim.
Hier soir on s'est engueulé. Il veut étudier ici. Avec sa nationalité israélienne il va payer plein pot : 13.000 livres l'année. Avec une nationalité européenne, les frais de scolarité tombent à 3.000 livres. Vous voyez le topo: moi Français, lui Israélien, nous mariés... Ca fait plusieurs mois qu'il m'en parle. Je n'en ai aucune envie, il le sait, je lui ai dit. Pour moi, rien ne passe par ça, c'est clair et net. Mais je devrais l'aider. Nous marier en Angleterre, nous pacser en France. Je n'y pige rien et je n'ai rien fait pour débrousailler le terrain. C'est à cause de ça qu'il m'en veut. Le ton est monté rapidement, hier dans le lit, alors qu'on regardait une brochure sur une fac de Londres. Je ne sais pas trop que faire. Je sais depuis longtemps que s'il est venu ici, c'est en partie pour continuer ses études. Mais je mets de la mauvaise volonté à l'aider à trouver une solution pour qu'il réussisse. Il faut dire qu'avec la crise, on en est plutôt à vouloir sauver sa peau accroché à son boulot qu'à aller payer des études une fortune. Bref. Je ne sais pas trop où j'en suis avec cette histoire de papiers. Le jour où il finit son contrat de trois ans ici, il n'a plus de visa de travail et, therefore, doit retourner au soleil. Quand il m'a dit "but you need to help me", ça m'a fait réfléchir. Je lui ai expliqué que rien n'était facile, que tout prenait du temps, qu'il fallait s'armer de patience, qu'il fallait des dossiers énormes pour obtenir une nationalité, que je n'y connaissais rien en la matière, que que que.... et plein d'autres mauvaises excuses pour n'avoir pas débroussaillé l'affaire un peu plus tôt. Bref, je m'en suis voulu. J'avoue que je n'ai pas spécialement envie qu'il retourne en Israël, comme moi je n'ai pas spécialement envie de m'y réinstaller. Même si tout là-bas me manque terriblement. J'ai pas vraiment envie d'avoir la bague au doigt. Et ça n'a rien à voir avec l'amour, n'est-ce pas ?
La chose véritablement bonne de ces deux derniers jours c'est que j'ai remis les pieds au sport. Un club de gym plutôt select de Soho, à deux pas de Piccadilly Circus. Tout est propre et beau, il y a du shampoing dans les douches, la télé sur les vélos, une piscine, un mur d'escalade et des cours de boxe thaï. Je sens que je vais m'y plaire. J'y ai mis les pieds pour la première fois dans l'atmosphère plutôt feutrée d'un dimanche. Horrible musique de fond mais l'espace libre et calme. Quelques vaguelettes dans la piscine. Personne sur le mur d'escalade. Des charmantes hôtesses qui vous sourient en vous passant de grandes serviettes blanches. Tout est neuf et vous donne envie de faire du sport, de vous muscler, de briller, d'être un boss. Les gens sont beaux et ça sent bon. A plus de 1.000 livres l'année, ça doit sentir bon. J'ai bander les muscles et fait une demi-heure de rameur. Une demi-heure de course et vingt minutes d'exercice. Demain soir j'en suis encore: ça ferme à 23h30, le pied! Ah, le luxe citadin. Je me demande parfois ce qu'il y a de mieux.

Hier soir on s'est engueulé. Il veut étudier ici. Avec sa nationalité israélienne il va payer plein pot : 13.000 livres l'année. Avec une nationalité européenne, les frais de scolarité tombent à 3.000 livres. Vous voyez le topo: moi Français, lui Israélien, nous mariés... Ca fait plusieurs mois qu'il m'en parle. Je n'en ai aucune envie, il le sait, je lui ai dit. Pour moi, rien ne passe par ça, c'est clair et net. Mais je devrais l'aider. Nous marier en Angleterre, nous pacser en France. Je n'y pige rien et je n'ai rien fait pour débrousailler le terrain. C'est à cause de ça qu'il m'en veut. Le ton est monté rapidement, hier dans le lit, alors qu'on regardait une brochure sur une fac de Londres. Je ne sais pas trop que faire. Je sais depuis longtemps que s'il est venu ici, c'est en partie pour continuer ses études. Mais je mets de la mauvaise volonté à l'aider à trouver une solution pour qu'il réussisse. Il faut dire qu'avec la crise, on en est plutôt à vouloir sauver sa peau accroché à son boulot qu'à aller payer des études une fortune. Bref. Je ne sais pas trop où j'en suis avec cette histoire de papiers. Le jour où il finit son contrat de trois ans ici, il n'a plus de visa de travail et, therefore, doit retourner au soleil. Quand il m'a dit "but you need to help me", ça m'a fait réfléchir. Je lui ai expliqué que rien n'était facile, que tout prenait du temps, qu'il fallait s'armer de patience, qu'il fallait des dossiers énormes pour obtenir une nationalité, que je n'y connaissais rien en la matière, que que que.... et plein d'autres mauvaises excuses pour n'avoir pas débroussaillé l'affaire un peu plus tôt. Bref, je m'en suis voulu. J'avoue que je n'ai pas spécialement envie qu'il retourne en Israël, comme moi je n'ai pas spécialement envie de m'y réinstaller. Même si tout là-bas me manque terriblement. J'ai pas vraiment envie d'avoir la bague au doigt. Et ça n'a rien à voir avec l'amour, n'est-ce pas ?
La chose véritablement bonne de ces deux derniers jours c'est que j'ai remis les pieds au sport. Un club de gym plutôt select de Soho, à deux pas de Piccadilly Circus. Tout est propre et beau, il y a du shampoing dans les douches, la télé sur les vélos, une piscine, un mur d'escalade et des cours de boxe thaï. Je sens que je vais m'y plaire. J'y ai mis les pieds pour la première fois dans l'atmosphère plutôt feutrée d'un dimanche. Horrible musique de fond mais l'espace libre et calme. Quelques vaguelettes dans la piscine. Personne sur le mur d'escalade. Des charmantes hôtesses qui vous sourient en vous passant de grandes serviettes blanches. Tout est neuf et vous donne envie de faire du sport, de vous muscler, de briller, d'être un boss. Les gens sont beaux et ça sent bon. A plus de 1.000 livres l'année, ça doit sentir bon. J'ai bander les muscles et fait une demi-heure de rameur. Une demi-heure de course et vingt minutes d'exercice. Demain soir j'en suis encore: ça ferme à 23h30, le pied! Ah, le luxe citadin. Je me demande parfois ce qu'il y a de mieux.

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