Et autres poèmes

Publié le par Qalawun

Je sors toujours dans le même état de mes week-ends à Paris. Une sorte de mélancolie, un sentiment de frustration, un goût de trop peu, le rappel que cette ville me manque. Cinquième année loin d'elle. J'y ai vu quelques amis mais moins que d'habitude, ayant enfin décidé de ne pas transformer mes deux jours en un véritable marathon. Collé à la vitre de l'Eurostar, j'essaye de voir derrière, dans le noir, la campagne. On est encore loin du tunnel. J'ai posé mon manteau sur la bouche d'aération qui m'envoyait un froid glacial, comme s'il ne faisait pas assez froid. Je ne vois rien derrière la vitre. Ce reflet dans la vitre a toujours emmerdé tout le monde dans les trains de nuit. La dame à côté de moi s'est endormie sur son polar. Je ne peux plus allez pisser du coup. Je n'ai jamais osé réveiller les gens pour sortir de mon fauteuil, dans l'avion ou dans le train. Elle se réveille. En l'attendant j'ai écrit quelques mots sur mon bloc-note. Une sorte d'écriture automatique, illisible, sans véritable sens mais déversoir d'émotions et d'idées fulgurantes, traversant l'esprit d'un seul coup. Je n'ai rien relu et le bloc-note a d'ailleurs atterri sur mon bureau. Inutile.

J'ai vu "mes amis du Louvre". Ceux de l'année universitaire 2000 - 2001. On s'est raconté des trucs drôles et des bouts de vie tout un soir au Charbon. L'institutrice, la comédienne, le documentaliste. Il en manquait deux. C'était bien. Petit restaurant avec spécialités du Sud (je ne sais plus si de l'Ouest ou de l'Est). A nouveau le même bar. Il est deux heures et demie. On rentre à deux jusqu'à Jourdain, un peu saoûls et marchant vite. Comme avant. Paris n'a pas changé, elle non plus. Pas vraiment. Tant mieux. C'était ce samedi soir que j'attendais le plus. Entre un café avec mon amie L. et son cous-s-in péteur et un thé avec ma grand-mère.

Entre temps, je me suis pas mal promené sous l'averse de dimanche, ou peut-être de samedi. A acheter des livres aux Mots à la bouche. Le magnifique recueil du Condamné à mort de Jean Genet et une nouvelle de Balzac dans une édition illustrée par Paul Jouve. J'ai vu les gens dans les rues et écouté leurs paroles inutiles, j'ai pensé faire les mots-croisés, j'ai mouillé mon cuir et pris un café à la va-vite, j'ai croisé Arnaud sans qu'il me voie et j'ai finalement oublié d'acheter une "sourpriz" à mon Israélien. J'ai aussi ruminé le café qu'un beau garçon ne m'a pas accordé et me suis épanché sur une épaule attentive. On a parlé d'amour, de lassitude, d'infidélité, de bonheur, d'honnêteté et de Gaza, de choses stupides et de choses plus graves. On est resté longtemps à l'Industrie autour des andouillettes et d'un sorbet cassis-coco.

J'ai rejoins la place Colette après l'Industrie la mort dans l'âme, sans vraiment savoir pourquoi. J'ai toujours détesté cette structure de Jean-Michel Othoniel. Je ne sais pas quelle mouche m'a piqué d'avoir donné rendez-vous à ma grand-mère ici, au Nemours. J'ai les souvenirs de longs cafés avec H., à me demander pourquoi je bande rien qu'en l'écoutant. Ce dimanche après-midi, à 17 heures pétantes, ma grand-mère et son ami sont là, m'attendant déjà. Bonjour, la bise, bonne année, il fait froid, comment ça va. Chocolat chaud. Les grands-parents sont là comme deux grosses chouettes immobiles sur la banquette de cuir, dans leurs grands manteaux fourrés. Mon frère arrive, rencontre impromptue, inopinée. Rayon de soleil. Il est beau. Chic. Je ne l'avais pas vu depuis des mois. J'aime terriblement mon frère et pense constament qu'il n'a pas pu tomber sur pire frère que moi. Des années que je suis loin alors que lui a traversé des moments gravement difficiles. Je ne suis ni son père, ni sa mère, c'est sûr. Mais comme il n'a plus ni l'un ni l'autre. Je n'ai jamais su ou me placer. Et partir apportait une solution facile à ce poblème. Que fait-il aujourd'hui ? Il essaye probablement de sauver sa peau, comme nous tous. En partant de place Colette, j'ai remonté cette longue rue qui va jusqu'au Banana Café puis Beaubourg. Il était vers 7 heures du soir. L'Eurostar m'attendait gare du Nord. Beurk. L'air froid de la climatisation, la dame et son polar. La boucle est bouclée. Je suis surpris par la chaude voix rieuse de mon Israélien. Heureux mais fatigué.

Paul Jouve, panthère

"Le sable gardait la trace de ses pieds, mais gardait aussi la trace du paquet trop lourd d'un sexe ému par la chaleur et le trouble du soir. Chaque cristau étincelait.
     
      -
Comment t'appelles-tu ?
      - Et toi ?"


in Jean Genet, Le condamné à mort et autres poèmes, NRF, 1999, p. 79
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Publié dans Jour après jour

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F
tu sais bien que ce n'est que partie remise...
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