The Christmas party
9h33. Ma grand-mère appelle à 9h33 un dimanche matin. Je ne réponds pas et me rendors. Plus tard, sous la douche, le téléphone sonne. C'est encore elle mais je ne réponds pas. Il fait presque beau ce dimanche. Pas froid du tout. Je sors les cheveux encore mouillés. Cette fois c'est moi qui l'appelle, ma grand-mère. Neuilly-sur-Seine un dimanche midi. Tout est probablement très calme, les quelques familles tradi sortent de la messe avant d'aller déjeuner chez "bompapa et "bonnemaman" qu'on appelle généralement dans d'autres quartiers papy et mamy ou encore pépé et mémé. Moi j'écoute une Gnossienne et je me dis qu'un dimanche passé midi à Neuilly, c'est foireux, suicidaire, triste et définitivement pour les vieux. Les grands marronniers de l'avenue du Chateau sans feuilles. Beurk. Même avec le pâle soleil de décembre. Peu importe. Ma grand-mère semble bien aller. Elle donnera un bloc de fois gras à mon père demain. Il vient lui faire une bise avant noël. Car il ne passe pas noël avec elle mais avec moi. C'est ma cinquième année à l'étranger. La première où mon père et ma belle-mère viennent me voir. Ca mérite un bloc de fois gras. Une bourriche d'huîtres. Une caisse de champagne.
J'appelle donc ma grand-mère sur le chemin du métro. A Hammersmith je prends la Piccadilly line vers Green park. Piccadilly avec deux C et deux L, j'ai bien retenu ça aujourd'hui. Elle me dit que mon frère ne viendra pas pour Noël. Ca sent les vacances même si je n'en prends pas. Là, ça sent le sapin vert fané qui est juste derrière moi quand j'écris. On l'a acheté un peu trop tôt et on a tendance à trop chauffer l'appartement. Le sapin s'est fâné avant noël. C'est triste comme Satie. Ca ne m'a pas empêché d'acheter quelques décorations mauves et dorées pour mettre dessus. A la boutique du Victoria & Albert Museum. Avec mes bras chargés de paquet, là dans l'allée, je rencontre A. Il est un peu plus petit que moi. Toujours souriant, les cheveux rasés, probablement 29 ou 30 ans. A. est un artiste qui peint. Il bosse pour la galerie Saatchi ou avec. Je n'ai jamais vraiment compris ce que A. faisait en fait. Le principal problème est que je ne comprends pas son anglais. Il parle avec un putain d'accent. Il doit rencontrer Pinault bientôt me dit-il. Je crois qu'il me drague. La dernière fois, je l'ai vu dans une salle d'exposition alors que je me promenais avec mon Israélien. On a discuté un peu, évoqué l'exposition Byzantium, parlé James Bond, etc. Mon Israélien m'a fait marré en me décrivant lorsqu'il pense que je drague ou réponds à une drague d'un autre mec. Il dit que je me dandine, que je sais pas où mettre mes mains, que je souris bêtement. A. ce jour-là avait un énorme herpès entre la lèvre et le nez et je ne pense vraiment pas avoir paradé en réponse à ses clignements d'oeil. Bref, mon Israélien a l'oeil pour tout. Il lit dans moi presque comme dans un livre ouvert. C'est affolant. Effrayant. Et laisse peu de place à l'erreur.
J'ai revu A. à la soirée de ma boîte. Une énorme party de 17h30 à minuit, en semaine. Les grandes salles pleines à craquer. Dans le building de ma boîte. Décoration sur le mode graf, street art. Une loterie. Beaucoup de monde, des caisses entières d'alcool. Et rien à manger. Enfin, des petites saucisses grillés et quelques brochettes. J'opte pour le vin blanc en me disant que je garderai le même alcool toute la soirée. Le vin blanc sent fort le pipi de chat. Ca fait d'ailleurs consensus. Un verre, deux, trois. Je vais pisser dans les toilettes pour handicapés, c'est beaucoup plus grand et il n'y a jamais personne. Je retourne vers le monde. On danse. Des collègues éloignés (comme on aurait des parents éloignés) me parlent mais je ne comprends pas bien, avec tout ce bruit. J., le mec du département Argenterie me touche la cravate. Je l'aime bien avec sa barbe. Bref. Je crois que j'ai vomi une fois dans les toilettes pour handicapés. Je retourne danser. Là, je dis à ma collègue qu'elle est trop grande pour danser. Une autre arrive de sa pause clope. L'odeur du tabac me redonne la nausée. Je quitte la salle. Je rentre et vomis à la maison. Le nuit est mauvaise, le lendemain terrible. Je vomis au réveil mais décide d'aller bosser. En costume, je dois m'arrêter derrière un camion garé dans Green Park, à l'heure où tout le monde emprunte les raccourcis du parc pour aller bosser. En costard et trench noir, accroupi dans un caniveau. Quelle image. Les ouvriers du chantier d'à côté me voient. Je me relève comme si de rien n'était. Je fais une heure au boulot et rentre me coucher. Je ne me souviens que vaguement de la soirée. Heureusement, j'ai su garder une apparence tout a fait correcte m'a-t-on dit. J'ai même réussi à partager ma vision du mariage avec deux amis (qu'ai-je donc bien pu dire). Le beau et petit mec du studio de photo m'a fait une démonstration de break dance rien que pour moi, le métis francophone du département House sales m'a fait du gringue tout le début de soirée, etc. Il y a beaucoup de pédés dans cette boîte. Qui s'en plaindrait ?
Mon Israélien n'est pas content car on ne sort pas assez. Ce sont les confidences sur l'oreiller d'il y a deux jours. C'est vrai qu'on ne sort que très rarement. Je me dis que c'est l'hiver. Mais il faut dire qu'on ne connait pas grand monde. Puis j'ai pas vraiment envie de faire ami ami avec les collègues. Qu'est-ce qu'il reste ? Le club de sport ? Les tchats gay ? Les amis d'amis ? Bref.... Ca a l'air de le tracasser cette situation. Il trouve que je m'encroûte. J'avoue que je suis de mieux en mieux avec un bon bouquin au pieux à 23h30. Les grandes villes font peut-être vieillir à vitesse grand V ? Ou alors sont-ce les couples ? Ou bien tout simplement le travail ? Et la paresse ? Vivement le printemps... Et que la livre sterling remonte !
J'appelle donc ma grand-mère sur le chemin du métro. A Hammersmith je prends la Piccadilly line vers Green park. Piccadilly avec deux C et deux L, j'ai bien retenu ça aujourd'hui. Elle me dit que mon frère ne viendra pas pour Noël. Ca sent les vacances même si je n'en prends pas. Là, ça sent le sapin vert fané qui est juste derrière moi quand j'écris. On l'a acheté un peu trop tôt et on a tendance à trop chauffer l'appartement. Le sapin s'est fâné avant noël. C'est triste comme Satie. Ca ne m'a pas empêché d'acheter quelques décorations mauves et dorées pour mettre dessus. A la boutique du Victoria & Albert Museum. Avec mes bras chargés de paquet, là dans l'allée, je rencontre A. Il est un peu plus petit que moi. Toujours souriant, les cheveux rasés, probablement 29 ou 30 ans. A. est un artiste qui peint. Il bosse pour la galerie Saatchi ou avec. Je n'ai jamais vraiment compris ce que A. faisait en fait. Le principal problème est que je ne comprends pas son anglais. Il parle avec un putain d'accent. Il doit rencontrer Pinault bientôt me dit-il. Je crois qu'il me drague. La dernière fois, je l'ai vu dans une salle d'exposition alors que je me promenais avec mon Israélien. On a discuté un peu, évoqué l'exposition Byzantium, parlé James Bond, etc. Mon Israélien m'a fait marré en me décrivant lorsqu'il pense que je drague ou réponds à une drague d'un autre mec. Il dit que je me dandine, que je sais pas où mettre mes mains, que je souris bêtement. A. ce jour-là avait un énorme herpès entre la lèvre et le nez et je ne pense vraiment pas avoir paradé en réponse à ses clignements d'oeil. Bref, mon Israélien a l'oeil pour tout. Il lit dans moi presque comme dans un livre ouvert. C'est affolant. Effrayant. Et laisse peu de place à l'erreur.
J'ai revu A. à la soirée de ma boîte. Une énorme party de 17h30 à minuit, en semaine. Les grandes salles pleines à craquer. Dans le building de ma boîte. Décoration sur le mode graf, street art. Une loterie. Beaucoup de monde, des caisses entières d'alcool. Et rien à manger. Enfin, des petites saucisses grillés et quelques brochettes. J'opte pour le vin blanc en me disant que je garderai le même alcool toute la soirée. Le vin blanc sent fort le pipi de chat. Ca fait d'ailleurs consensus. Un verre, deux, trois. Je vais pisser dans les toilettes pour handicapés, c'est beaucoup plus grand et il n'y a jamais personne. Je retourne vers le monde. On danse. Des collègues éloignés (comme on aurait des parents éloignés) me parlent mais je ne comprends pas bien, avec tout ce bruit. J., le mec du département Argenterie me touche la cravate. Je l'aime bien avec sa barbe. Bref. Je crois que j'ai vomi une fois dans les toilettes pour handicapés. Je retourne danser. Là, je dis à ma collègue qu'elle est trop grande pour danser. Une autre arrive de sa pause clope. L'odeur du tabac me redonne la nausée. Je quitte la salle. Je rentre et vomis à la maison. Le nuit est mauvaise, le lendemain terrible. Je vomis au réveil mais décide d'aller bosser. En costume, je dois m'arrêter derrière un camion garé dans Green Park, à l'heure où tout le monde emprunte les raccourcis du parc pour aller bosser. En costard et trench noir, accroupi dans un caniveau. Quelle image. Les ouvriers du chantier d'à côté me voient. Je me relève comme si de rien n'était. Je fais une heure au boulot et rentre me coucher. Je ne me souviens que vaguement de la soirée. Heureusement, j'ai su garder une apparence tout a fait correcte m'a-t-on dit. J'ai même réussi à partager ma vision du mariage avec deux amis (qu'ai-je donc bien pu dire). Le beau et petit mec du studio de photo m'a fait une démonstration de break dance rien que pour moi, le métis francophone du département House sales m'a fait du gringue tout le début de soirée, etc. Il y a beaucoup de pédés dans cette boîte. Qui s'en plaindrait ?
Mon Israélien n'est pas content car on ne sort pas assez. Ce sont les confidences sur l'oreiller d'il y a deux jours. C'est vrai qu'on ne sort que très rarement. Je me dis que c'est l'hiver. Mais il faut dire qu'on ne connait pas grand monde. Puis j'ai pas vraiment envie de faire ami ami avec les collègues. Qu'est-ce qu'il reste ? Le club de sport ? Les tchats gay ? Les amis d'amis ? Bref.... Ca a l'air de le tracasser cette situation. Il trouve que je m'encroûte. J'avoue que je suis de mieux en mieux avec un bon bouquin au pieux à 23h30. Les grandes villes font peut-être vieillir à vitesse grand V ? Ou alors sont-ce les couples ? Ou bien tout simplement le travail ? Et la paresse ? Vivement le printemps... Et que la livre sterling remonte !
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