Un après-midi à Richmond upon Thames
Les rives noires de la Tamise. Sur le pont de Putney le vent souffle à décorner les boeufs. Il doit être minuit. Le vin rouge qu'on a bu chez Idit et Jean nous fait oublier le froid perçant. L'arrêt de bus est perdu au milieu du pont. C'est assez étrange d'avoir un arrêt de bus sur un pont. La Tamise est large à cet endroit, les berges sont découvertes, des bois morts, de la boue, un vieux ponton. Des mouettes dorment qu'on distingue dans la pénombre. Il fait noir. Deux latinos montent dans un premier bus. Le notre ne vient pas. Je commence à perdre mes extrémités mais assez joyeusement. Ca vivifie, un bon air frais. Il doit faire près de zéro. Les mouettes n'ont pas l'air d'avoir froid. Mais je serais bien en peine de reconnaitre une mouette qui a froid. Lugubre. C'est le mot que m'inspire Londres le soir. Londres est souvent lugubre en hiver. Et nous sommes qu'en automne. L'autre soir, près de Saint-Paul, ces grands bâtiments sombres et la pluie diffractée par la lumière jaune des lampadaires. Affreux. Comme dans mes souvenirs des bouquins de Dickens et de Princesse Sarah. Le 271 arrive. A temps pour que je ne meurs pas sur place, gelé, tué par d'autres latinos, ou parce que j'aurais sauté rejoindre les mouettes. Le bus file et nous dépose à Hammersmith. Il doit êttre minuit et demie. Je découvre là une faune qu'il n'y a pas de jour.

La station de métro de Hammersmith est toujours pleine de monde en journée, travailleurs en tous genres, jeunes et moins jeunes, gens bien habillés, classe moyenne, foule colorée, affairée et pressée qui ne s'arrête jamais plus de cinq minutes dans les boutiques de la station. Là, ce soir-là, les gens sont statiques. Des avinés qui s'engueulent, d'autres qui se regardent sans bouger. Les gens marchent plutôt lentement, hurlant ou la tête baissée. Clodos du tunnel qui passe sous la route, rendez-vous de jeunes gamins dont la coupe de cheveux m'effraie - oui je suis un vieux con - les bouteilles d'alcool vides qui roulent par terre. La station la nuit est effroyable. Un repaire de saoulards. Londres m'a tout l'air de boire beaucoup. Un verre de vodka. Je veux un verre de vodka.

Vodka. Voilà des mois que je ne bois plus comme avant. Avant, c'était avant l'été, c'était ces deux dernières années. Deux années principalement à m'interroger sur l'ir-résolubilité du problème d'Israël et de la Palestine puis rapidement à oublier gentiment de m'interroger dans des successions de fêtes et de soirées dans les bars. Je n'ai jamais autant vomi ces deux années-là que dans toutes celles qui les ont précédées. Mais n'exagérons-rien, je ne me vidais pas les tripes toutes les semaines non plus. Mais je buvais beaucoup et c'était bien. Je fumais plus d'un paquet par jour. Avant d'arrêter. Voilà un an et des poussières. Je ne bois plus, je ne fume plus. Qu'est ce que je deviens ? Un vieux con qui pense à la table basse qu'il va acheter et part se promener à Richmond sur la Tamise un samedi après-midi. Ca aurait pu être pire, ça aurait pu être un dimanche après-midi. Richmond était charmant. J'y étais déjà passé déposé notre aiguière à trois millions de livres chez le collectioneur qui l'a acheté. Delivery boy de luxe en taxi sécurisé avec trois millions de livres sterling dans un grand sac plastique. Accueilli par un magnifique héritier, père de famille au sourire ravageur. Oh oui, montre-moi ta collection.

Richmond semble être principalement peuplé de vieux. De vieux qui roulent en jaguar. Vous voyez le genre. Petites maisons délicieuses, jardins d'hiver, pubs nickelés et rond-points fleuris. On voulait s'arrêter dans une foire d'artisanat local. On rebrousse chemin en voyant la clientèle de vieilles rombières assaillant les stands. Un artisanat de mauvais goût pour quinquagenaires désoeuvrés. Porcelaines m'as-tu-vu et nappes brodées par l'Amicale des mamies bridgeuses. On recule devant l'agression visuelle. On passe la route. Voila les vertes prairies du parc de l'observatoire royal et ses bons pères de famille en chaussettes hautes courant après les ballons. Ronds, ovales, il y a de tout. Même un golf. Ils sont trop loin pour voir s'il y en a de beaux. Les avions n'arrêtent pas de passer. Gros porteurs ou plus gros porteurs, il y en a toutes les deux minutes. C'est parfois ennuyeux.

La Tamise apparait, des bateaux amarés, des poules d'eau, un pont-écluse et des arbres nus. Une fille passe en courant, au corps d'homme. Un gros renard orange fait fuir des mouettes sur l'autre rive. Le club d'aviron a déployé son armada qu'un floppée de jeunes Anglais bon chic s'évertue à faire remonter le courant. Là, un chateau bien carré au parc ras, là bas, déjà après une heure et demie de promenade, les premières barres de Londres. Kew gardens, je t'aime. C'est vert et frais. Les écureuils, un mari espagnol avec qui j'aurais bien pu m'absenter pour lui compter fleurette, mon Israélien qui n'arrête pas de parler du renard qu'on a vu. Nous voilà au train. Ah, Richmond. Il faidait un peu froid en rentrant. Il veut acheter un sapin. Moi, pas tellement. Un Nordman qui ne perd pas ses épines ? C'est qu'il faut acheter les boules ensuite. La vodka me fatigue, on verra demain.


La station de métro de Hammersmith est toujours pleine de monde en journée, travailleurs en tous genres, jeunes et moins jeunes, gens bien habillés, classe moyenne, foule colorée, affairée et pressée qui ne s'arrête jamais plus de cinq minutes dans les boutiques de la station. Là, ce soir-là, les gens sont statiques. Des avinés qui s'engueulent, d'autres qui se regardent sans bouger. Les gens marchent plutôt lentement, hurlant ou la tête baissée. Clodos du tunnel qui passe sous la route, rendez-vous de jeunes gamins dont la coupe de cheveux m'effraie - oui je suis un vieux con - les bouteilles d'alcool vides qui roulent par terre. La station la nuit est effroyable. Un repaire de saoulards. Londres m'a tout l'air de boire beaucoup. Un verre de vodka. Je veux un verre de vodka.

Vodka. Voilà des mois que je ne bois plus comme avant. Avant, c'était avant l'été, c'était ces deux dernières années. Deux années principalement à m'interroger sur l'ir-résolubilité du problème d'Israël et de la Palestine puis rapidement à oublier gentiment de m'interroger dans des successions de fêtes et de soirées dans les bars. Je n'ai jamais autant vomi ces deux années-là que dans toutes celles qui les ont précédées. Mais n'exagérons-rien, je ne me vidais pas les tripes toutes les semaines non plus. Mais je buvais beaucoup et c'était bien. Je fumais plus d'un paquet par jour. Avant d'arrêter. Voilà un an et des poussières. Je ne bois plus, je ne fume plus. Qu'est ce que je deviens ? Un vieux con qui pense à la table basse qu'il va acheter et part se promener à Richmond sur la Tamise un samedi après-midi. Ca aurait pu être pire, ça aurait pu être un dimanche après-midi. Richmond était charmant. J'y étais déjà passé déposé notre aiguière à trois millions de livres chez le collectioneur qui l'a acheté. Delivery boy de luxe en taxi sécurisé avec trois millions de livres sterling dans un grand sac plastique. Accueilli par un magnifique héritier, père de famille au sourire ravageur. Oh oui, montre-moi ta collection.

Richmond semble être principalement peuplé de vieux. De vieux qui roulent en jaguar. Vous voyez le genre. Petites maisons délicieuses, jardins d'hiver, pubs nickelés et rond-points fleuris. On voulait s'arrêter dans une foire d'artisanat local. On rebrousse chemin en voyant la clientèle de vieilles rombières assaillant les stands. Un artisanat de mauvais goût pour quinquagenaires désoeuvrés. Porcelaines m'as-tu-vu et nappes brodées par l'Amicale des mamies bridgeuses. On recule devant l'agression visuelle. On passe la route. Voila les vertes prairies du parc de l'observatoire royal et ses bons pères de famille en chaussettes hautes courant après les ballons. Ronds, ovales, il y a de tout. Même un golf. Ils sont trop loin pour voir s'il y en a de beaux. Les avions n'arrêtent pas de passer. Gros porteurs ou plus gros porteurs, il y en a toutes les deux minutes. C'est parfois ennuyeux.

La Tamise apparait, des bateaux amarés, des poules d'eau, un pont-écluse et des arbres nus. Une fille passe en courant, au corps d'homme. Un gros renard orange fait fuir des mouettes sur l'autre rive. Le club d'aviron a déployé son armada qu'un floppée de jeunes Anglais bon chic s'évertue à faire remonter le courant. Là, un chateau bien carré au parc ras, là bas, déjà après une heure et demie de promenade, les premières barres de Londres. Kew gardens, je t'aime. C'est vert et frais. Les écureuils, un mari espagnol avec qui j'aurais bien pu m'absenter pour lui compter fleurette, mon Israélien qui n'arrête pas de parler du renard qu'on a vu. Nous voilà au train. Ah, Richmond. Il faidait un peu froid en rentrant. Il veut acheter un sapin. Moi, pas tellement. Un Nordman qui ne perd pas ses épines ? C'est qu'il faut acheter les boules ensuite. La vodka me fatigue, on verra demain.

Publicité