Les saucisses polonaises

Publié le par Qalawun

Un bol de betterave rouge. Des plombes que j'avais pas mangé de betterave. J'ai mangé seul ce soir. L. qui était venue passé quelques jours est repartie ce matin et mon Israélien avait un shift en soirée. Riz aux courgettes, saucisses polonaises et salade de betterave. J'ai beaucoup d'affection pour les saucisses polonaises. Sans arrières pensées. Peut-on avoir de l'affection pour une chose ? Il faudrait regarder la définition d'affection pour vraiment savoir. Quoi qu'il en soit, j'ai découvert ces saucisses polonaises qui semblent passer des jours sans fin dans les vitrines réfrigérées de l'épicerie polonaise d'Uxbridge road. Dans cette épicerie qui sent l'ail et la saumure, les gens ne parlent pas anglais mais polonais. Quand je pose une question on ne me comprend pas et quand on me répond c'est moi qui ne comprends pas. Ce que je sais de l'épicerie polonaise c'est que c'est aussi beaucoup moins cher qu'au Tesco. J'y achète aussi ces petits poissons roulés dans de l'huile et des oignons. Mon Israélien ne les aime pas du tout. Comme il n'aime pas les saucisses polonaises. Il faut dire qu'elles ont la peau dure. Beaucoup plus dure que nos chipolatas ou même les merguez. Mais, pour revenir aux poissons, ils sont délicieux sur du pain grillé, l'huile parfumé dégoulinant sur les doigts qu'on se brule au contact de la tartine chaude. La prochaine fois j'achèterai quelque chose qui ressemble à du hareng.


House of Fraser (?) sur Oxford street


Je ne sais pas vraiment d'où vient cet intéret pour la Pologne, là. J'ai été beaucoup touché par les descriptions de l'Est qu'on trouve dans les Bienveillantes ou bien dans le Juif errant est arrivé. Ces villes pauvres qui sentent l'ail et l'oignon, où l'on boit de la vodka tous prêts du poële, où la boue colle aux bottes et les gamins sont crottés, les hivers froids et puis plus tard les barres staliniennes mais les foulards colorés de babas fatiguées. C'est mon orientalisme. Je n'ai jamais passé le Rhin. J'ai même toujours détesté les pays de l'Est mais là je change. Complètement. J'avais commencé à repenser tout ça quand mon copain Nicolas m'avait raconté son voyage en Pologne il y a quelques années. Sa copine a de la famille en Pologne. Les lacs, la vodka, les chevaux dans les sous-bois, les belles villes au mois d'août, etc. Bref. J'irai. Et plus loin l'Ukraine et Jytomyr, la Russie. Une partie de ma famille est russophone, d'origine ukrainienne. Comment puis-je bouder mon oncle, professeur à la Sorbonne et ses Proverbes en Russie au XVIIIème siècle ? Enfin, il faut dire que les rapports ont toujours été un peu tendus dans la famille. Je n'ai jamais vraiment compris pour quoi. Les grands-parents intransigeants, l'éducation sévère, la mort de ma mère, les années qui passent, puis rien. Après tout, pourquoi s'appeler ? Pas pour parler Russie. Il a pourtant une barbe d'orthodoxe, mon oncle. Pianiste à la voix douce comme sa femme.  Je me souviens du demi-queue de Nancy. Jamais je n'oublierai leurs voix. Je vais leur écrire. Ils habitent probablement la même adresse, à Nancy. Ce sont des gens d'études. Ma tante est traductrice. Pas des gens à avoir la bougeotte et le feu au cul. Des gens de réflexion. Ils ont sans doute réfléchi un peu trop pour qu'on ne s'appelle plus. C'est dommage. J'écrirai.


Hyde park

Spitalfields market, un samedi après-midi


Ma chaise en bois fait mal au cul. Hier nous étions à Spitalfields. Froid de canard et pluie pénétrante. On s'engueule un peu sur le restau où s'arreter manger. Manque de pot, le marché est plutôt le dimanche. Hier nous étions samedi: du coup, tout est vide. Ou presque. Il fait mine de rentrer prendre le métro parce que je lui dis que je ne veux pas m'assoir deux heures dans un restau et perdre les quelques minutes de jours qu'il reste. Je n'ai jamais vu un pays où la nuit tombe si tôt. Avant quatre heures. Et il reste trois semaines avant de toucher le fond. Ce sempiternel 21 décembre. Le marché me déçoit, les chaises aussi. Mille livres sterling pour quatre chaises ça me fait encore plus mal au cul que ma chaise en bois. Saint-Paul sous la même pluie froide et pénétrante. L'office et l'interdiction de prendre les photos. J'étais agréablement surpris. Je m'attendais à du grandiloquent, j'ai vu du grand. Cette Angleterre est décidément bien surprenante. Un choeur chante, debout dans les stalles, là, dans le choeur qui porte bien son nom. Quelques centaines de fidèles sont réunis. J'aime les plafonds à caissons. On ne peut pas accéder au choeur et au transept, bloqués pour la messe. Nous filons.


Hyde park


Le bus. Regent street. Je dépense 70 livres sterling chez Habitat, poussé par mon Israélien. En choses pour la salle de bain et en torchons. Pourquoi pas. C'est de l'argent gaspillé mais c'est joli. On pourra poser les pieds sur un bon gros tapis molletoné en sortant de la douche. Mais le tube de dentifrice ne rentre même pas dans le pot spécial parce que le trou est trop étroit. Heureusement, nos deux brosses à dent, elles, rentrent dans les deux petits trous du pot. La soirée est un peu électrique. J'ai mis le doigt sur quelque chose. On m'a fait mettre le doigt sur quelque chose. Mon Israélien est, de temps en temps, de mauvaise foi. Et hier soir c'était flagrant. En y repensant, ça me fait rire.  Aujourd'hui était un charmant dimanche. Le dernier de novembre. Quelques arbres font de la résistance mais les autres ont rendu les armes, gris et noirs devant la fenêtre. J'avais perdu les arbres d'hiver après "mes années au Moyen-Orient". Quatre ans c'est beaucoup mais c'est pas tant que ça. Parfois j'ai envie de Paris. Parfois j'ai envie des parisiens. Je me dis que, tôt ou tard, je finirai par m'y installer. Le week-end dernier, j'étais à Paris. J'ai revu des amis de Jérusalem et d'autres amis. C'était simple et bien. J'ai acheté des opéras de Puccini. La Bohème, Tosca, Turandot que j'avais déjà mais c'est parce que là ça venait dans un même coffret, Manon Lescaut, Mme Butterfly que j'avais vu à l'opéra du Caire, là où le ciel s'était effondré sur la scène. Ca fait presque pleurer parfois l'opéra. Pas tout à fait comme dans Pretty woman, mais presque. 


Saint Paul


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Publié dans Jour après jour

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Z
Bonjour l'Oreille, je vous lis depuis des années, toujours un pur bonheur !<br /> Je voyage avec vous, au cours de vos périples j'y apprends plein de choses.  Lorsque vous visitez des musées, je repique dans mes livres d'art les nom des artistes pour admirer leur oeuvre avec vous, ou je fais une recherche sur le web pour admirer l'oeuvre dont vous parlez.<br /> J'apprécie l'honnêteté de vos confidences, leur générosité.<br /> merci pour ce carnet, il me fait voyager, je vous lis du Québec !<br /> ( et nos jours sont courts présentement ici aussi  ;o)  )<br />
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K
J'adore votre façon de voir, de dire les choses. Bref votre style est attachant et donc je m'attache. Contente que vous ayez repris après deux longues  semaines d'interruption. Et ravie de vous le dire.
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