Just What Is It That Makes Today's Home So Different, So Appealing?
Nous avons passé notre après-midi de dimanche à regarder les écureuils, les cygnes et les oies de Hyde Park. Les plans d'eau sous la pluie, the Pond, the Serpentine, les feuilles qui tombent et les familles bourgeoises en bottes de caoutchouc. Nous c'est un peu ennuyeux, dis comme ça. La promenade au parc, la pluie, le chocolat chaud d'après la marche, le nez rouge, etc. C'est un peu ennuyeux à raconter mais c'est agréable à vivre. Effectivement, le bonheur ne se raconte pas bien. C'est une banalité que tout le monde connait.
Nous sommes sur le point de signer pour un appart. Il y a un escalier et un balcon. Comme preuves de qualité. J'espère signer demain ou jeudi. J'avoue que ma petite chambre de Queensway me tape sur les nerfs avec mes fantômes chinois et les six valises de mon homme. Plus mes affaires. La chambre, malgré mes efforts constants et mes attaques subites contre le désordre, n'est qu'un amas de choses. Au milieu, ou plutôt dans le coin gauche en rentrant, est le lit japonais. A même le sol ou presque. Dur. Peu amène. Japonais. On s'y couche tous les deux, l'un sur l'autre. C'est pas mal car il caille. Mais je dois me réhabituer à dormir avec un bras sous le cou, un jambe sur les fesses, en chien de fusil derrière ou devant, à bouger la nuit sans le réveiller. Je savais pas qu'on pouvait perdre si vite ces habitudes. Après trois mois d'absence, il faut du temps pour se réacclimater. Aux humeurs, aux habitudes, aux gestes, aux attentions. Ca revient très facilement, évidemment, mais ca prend quelques jours. De redécouverte. C'est étrange.
Bref, nous espérons emménager après-demain parce que malgré l'amour et la bonne volonté, la promiscuité ça nuit au couple. Comme on veut pas trop rester dans la chambre on va au pub. C'est bien, ce pub, le Prince Alfred. J'y ai mangé mon premier fish and chips hier et me voilà anglophile. God save the fish and chips. Non, la reine n'est pas une morue !
J'ai déjà fait le virement d'un montant astronomique pour assurer un mois de loyer et une caution équivalente à six semaines de loyer, plus les frais d'agence. Ca fait gloups par où ça passe. Mais après tout l'argent est fait pour être dépenser et pour bien vivre. Ou mieux vivre. Ou essayer. Donc, inchallah, dans deux jours ont a une clé, un appart avec paillaisson, un four, un king size bed, une table pour six personnes, un fer à repasser et le placard pour le ranger, etc. J'aime comme cette énumération de matériel domestique m'assure d'un bonheur à venir. C'est presque prophylactique. Enfin, si j'ai bien compris le sens du mot. Je crois. J'en suis ni au mariage, ni aux enfants - avec deux hommes, ça reste une gageure - mais je suis sûr que cette vie à deux sous le même toît rendra les choses plus simples. Elles avaient parfois tendance à être un peu compliquées à cause d'une sorte de besoin d'être toujours en contact. D'être au même endroit physique, ou au téléphone ou sur internet. Vivre à deux rassure, d'une certaine manière, et l'on sent peut-être moins le besoin de savoir où est l'autre, ce qu'il fait et ceux qu'il voit. Tout ça n'est pas très clair dans ma tête. Quoiqu'il en soit, le collage de James Hamilton, Just What Is It That Makes Today's Home So Different, So Appealing? est parfait pour ce billet, isn't it ?
Richard Hamilton, Just What Is It That Makes Today's Home So Different, So Appealing?1956, collage
Kunsthalle Tübingen
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