October

Publié le par Qalawun

Il faisait froid aujourd'hui. Sur Bayswater, là où il y a les belles maisons et les Bentleys garées devant, j'ai vu un homme sous un porche, accroupi dans le recoin le plus sombre, mangeant une banane, tremblant. Il n'y a jamais grand monde le soir sur Bayswater, entre Marble Arch et Queensway. Il y a d'un côté Hyde Park et de l'autre ces immeubles de riches. Une dame me demande son chemin, un pédé me fait des yeux insistants. Au feu, je manque de me faire écraser. Il fait nuit noire déjà. J'ai marché trois quarts d'heure pour rentrer du boulot. Ce soir, j'étais un peu comme dans October de U2. Parce qu'un peu cafardeux, plein d'incertitudes et plein de feuilles qui tombent. J'allais ce soir comme un dimanche d'automne, gris. Ca prend parfois comme une envie de pisser : marcher loin et droit sans se pousser pour éviter les gens. Généralement, ils vous évitent. Avec de la musique. C'est encore mieux quand il fait moche. En fait, l'envie prend souvent quand il fait moche. Il a plu 24 heures, je suis fatigué et j'ai bossé dimanche. Pas la peine d'aller chercher midi à quatorze heures, c'est la petite déprime bimensuelle. Nous voilà dans les temps, la dernière datait de mi-août.  J'ai pourtant passé une partie de mon week end en compagnie. Enfin quelqu'un à voir, un ami d'ami de passage à Londres. Un beau brun que j'avais déjà croisé il y a un an puis encore à Paris il y a trois semaines. J'aime bien les bruns et encore plus ceux qui me plaisent. Je sais, la phrase est stupide.






Hier, la fin d'après-midi. La pluie sur Jubilee Bridge. La Tamise qui file sous les pieds et charrie des horreurs. Un coffre en osier où l'on aurait pu mettre un corps, une bache de plastique noir, des bateaux moches. En descendant les marches du pont, des arbres et de la pluie, légère. A ce moment, il pleuvait déjà depuis quelques heures. Des artistes de rue tentent de gagner leur croûte. Un homme enchaîné est monté sur des échasses. Il demande à ce que la foule mette 5 pounds dans son chapeau pour continuer son tour et promet du spectaculaire. Un sempiternel homme statue peinturluré, une Mona Lisa dans un cadre de tableau, un joueur d'ukulélé, un jongleur. London's eye. Une attraction à la mode tour Eiffel. Moins haute et plus chère. Mon compagnon de l'instant a le vertige et s'assoit sur le banc de l'oeuf, moi je regarde les cables qui tiennent la roue. Plus on monte, plus les gouttes de pluie qui se brise sur la vitre glissent vite, poussées par le vent. Au sommet, on voit Londres. C'est noël ou presque. Parliament house en orange, le pont éclairé de guirlandes lumineuses, les gens qui s'emmitouflent, le cornet de pralines acheté comme celui de marrons chauds. La roue redescend, les deux jeunes touristes arabes se prennent une dernière fois en photo, on arrive. On est au niveau du sol. Je jette les pralines qui m'écoeurent. On retraverse la Tamise. Avant-hier comme hier on décide d'explorer Soho. On c'est moi et l'ami d'ami. Après tout, on est tous les deux pédés. Je crois qu'en deux soirs, on aura bien écumé Soho.

Revenons à vendredi soir. Je sors du boulot vers 21h45. Puis petit restau asiatique, comme il y en a partout maintenant et surtout dans les quartiers gay. Puis The Village, un petit bar bon enfant avec de la musique disco et deux gogos qui viennent s'agiter devant les clients. Ils montent sur le bar et dans une alcove vitrée donnant sur la rue. Il y a des gens âgés (au delà de 50 ans), des femmes, bref, c'est ouvert. En boucle sur écran passe le making of des Dieux du stade pendant que le gogo sans rien dans le slip réinterprète la tektonik sur son bar. Je me fais draguer par un quadra bof bof qui me sort d'horribles banalités du genre "you're so nice". On file quand le bar ferme, à une heure. Une honte de fermer si tôt. Dans la rue des fliyers pour les bars et les boites du coin recouvrent les trottoirs, la rue, les caniveaux, les mains des couples qui ne se la tiennent pas. De quoi faire le plein d'entrées gratuites. Old Compton Street est pleine de rabatteuses  pour les mêmes bars et boîtes. On en suit une qui nous amène dans un endroit un peu branchouille du genre une boîte du 6ème arrondissement. Un peu bobo gauche caviar. C'est dommage, j'ai oublié le nom. Les gens sont pas tip top. On boit. Je bois beaucoup. Ca me fait du bien. Ca m'avait pas mal manqué. D'une part parce que je travaille et que je n'ai pas le temps de faire autre chose, d'autre part parce que j'aime ça. Puis parce que je ne suis pas le seul à boire. Je me demande d'aileurs si c'est moi qui l'encourage.  C'est grisant. Et je suis  toujours en costume de la journée de travail. Il est deux heure, le bar ferme. Une honte, encore. On file au G.A.Y. late. Ambiance night club, des hétéros et beaucoup d'homos. Je me souviens de la lumière bleutée, de l'inox des toilettes et du prix du bacardi lemonade. 3,80 pounds. Et glou et glou et glou. Bus de nuit N24. Queensway. Pas beaucoup dormi. Petit déj du samedi midi. Boulot. Retour à London's eye et au paragraphe du dessus.

Samedi soir. On retourne à The Village. Les deux barmans sont toujours aussi drôles et mignons. Le gros relou de la veille a disparu mais les quatre tatas françaises sont toujours là. Celle avec son keffieh m'horripile. Le mien est bien plus beau. On file vers un pub qui me fait penser au COX. Des gens sur le trottoir, l'exacte clientèle du bar de la rue des Archives : barbus, cheveux ras, un peu bears et moyenne d'âge autour de 40 ans. C'est un pub  en bois, un grand escalier qui monte, un recoin avec des canapés, une un peu plus chaude. C'est surtout super grand. Là aussi, c'est con, j'ai oublié le nom. On est maté comme de la chair fraiche dans un repère d'ours affamés. On file vers Trafalgar, au Heaven, assez tôt. Queue, bracelets pour rentrer dans la boîte, videurs et détecteurs de métaux. L'endroit est grand, voûté, la musique pas mal mais sans plus. Couleur bleue. Pas assez bu. Ca ne part pas. Un trio de jeunes anglais danse devant nous. Ils ont l'air beaux. Deux jeunes mecs et une fille. Lookés, jolis. Excité. On rentre.

Aujourd'hui, dimanche, je travaillais. il y avait une view cet après-midi des objets qui passeront en vente mardi. Je croise mon ancienne prof de l'Ecole du Louvre qui s'est déplacée à Londres pour voir notre chef-d'oeuvre de près. Je le lui montre devant une foule de curieux et de spécialistes. Pour elle qui nous avait fait un cour sur les gemmes et pierres dures dans l'art islamique, je sais que l'aiguière de cristal de roche a de l'importance. A ses côtés, une ancienne étudiante au Louvre, en troisième année quand moi j'étais en première année. Elle est maintenant conservatrice au Louvre, comme ma prof. Cela fait drôle de se voir chacun dans un monde. Elle les musées, moi le marché. On sait déjà qu'on ne s'entendra pas elle et moi. A peine se voit-on qu'elle évoque les sujets épineux. A fuir comme la peste ceux qui vous parlent "problème" dès la première rencontre.
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Publié dans Jour après jour

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D
... Au faite, ton Israélien ne devrait pas se trouver dans les parages? 
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D
"Le mal de vivre" Barbara
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D
"Ca c'est promené de rive en riveLa gueule en coinEt puis un matin, au réveilC'est presque rienMais c'est là, ça vous ensommeilleAu creux des reins"
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