La couleur verte
Parfois, quand je marche dans la rue et que je passe sans le faire exprès entre un couple qui se tient la main, qu'ils sont obligés de se séparer l'espace d'un instant, je me dis que ça pourrait bien les séparer pour toujours. Que demain, après-demain ou dans un mois, ils se seront engueulés, ne seront plus ensemble et j'imagine souvent les scènes de couple dans les maisons, le soir, la cuisine, autour de la table et les assiettes qui volent. C'est vrai, parfois des couples qui ont l'air si heureux ne le sont tout simplement pas. Je m'installe en octobre avec mon Israélien. Ceci explique sans doute cela.
La mondialisation du petit business
Mercredi soir, j'étais vers Trafalgar square. La colonne Nelson et son parterre de touristes ne m'ont pas fait grand effet. Je n'aime pas cette colonne. Elle me fait penser aux deux colonnes de la barrière du Trône, près de la place de la Nation. Avec les statues de Louis IX et de je ne sais quel autre roi. Mais ces colonnes de pierre grise empilée, trop bombées et trop tristes, ne m'ont jamais plu. Et puis Nelson, hein... Je monte les quelques marches du fronton de la National Gallery pour voir un peu mieux la place. On voit Big ben, non ? Entre deux colonnes du portique, une place se libère sur la rembarde de métal. Il y a du monde. Il fait lourd. Grouillementsur cette place déclive. Du haut de sa colonne Nelson me donne son dos.
Le Village, Wardour Street
Je tourne les talons et m'engouffre dans la National Gallery, encore ouverte à cette heure (il est 19h45). J'avais oublié l'extraordinaire effet des musées de peinture. En m'engouffrant dans une rotonde, là, au bout d'une allée, les Ambassadeurs. Je ne sais pas pourquoi, je suis sensible au vert depuis plusieurs mois. J'ai eu ma période rouge, short rouge, Air Max rouges, American Apparel rouge, sac et slips, cravate rouge, etc. Depuis les Nike verte de la rue Carnaby, je n'aime que le vert. Je racontais m'être perdu dans l'émeraude Cartier croisée au boulot et me voilà littéralement happé par le fond vert du tableau d'Holbein. J'approche l'anamorphose géante. Je ne l'imaginais pas si grand ce tableau et suis étonné en lisant le cartel que les deux "sitters" français, Jean de Dinteville et Georges de Selve, n'ont que 29 et 25 ans. Ils en paraissent quarante.
La relève de la garde, Whitehall
Les cimaises de la salle d'à côté me réservent l'autre surprise verte de la visite: le portrait de Jules II par Raphael. Un viellard rouge et fourrure sur un fond vert émeraude, encore. Derrière le saint siège, le plissé du fond accentue la profondeur de la couleur. La tension rouge-vert est extraordinaire. Le tableau, pas si grand, m'absorbe de longues minutes à côté d'un dessinateur de mon âge, grand et beau. Je file de salle en salle. Les murs ont été recouverts de tissu vert aux grands motifs floraux, façon appartements Napoléon III du Louvre. Je traverse la Wohl room et ses Veronese pour m'assoir devant le portrait de Richelieu par Champaigne. Les souvenirs de soirées à réviser mes examens de l'Ecole du Louvre remontent à la surface. Je passe devant tous et m'arrête devant ceux que j'aime. C'est un musée de chefs-d'oeuvre et ce soir-là je suis particulièrement réceptif. Il y a des jours avec et des jours sans. Là j'aimai tous les tableaux. Zurbaran, von Hontorst, Bronzino, jusqu'au douanier Rousseau et son extraordinaire Surpris! Encore une jungle verte dans laquelle se perdre au milieu des tigres. Je sors, poussé par les gardiens du musée qui ferme. Il est 21 heures. Je me sens lourd et heureux et rentre à l'hôtel.
Trafalgar Square
Jeudi et vendredi, je fais ma première "valuation" avec ma collègue. Nous partons estimer une collection de manuscrits. Principalement des corans, notamment qajars et ottomans. Quelques très beaux exemples et de nombreux d'intérêt secondaire. Je craque pour deux corans nord-africains du XIXème, "sans valeur sur le marché", mais deux oeuvres attachantes, provinciales, avec la même épigraphie angulaire koufique utilisée 1000 ans auparavant, dans de belles et solides reliures de cuir estampé. Il fait froid et on enchaîne les descriptions. Vendredi. Samedi.
No prostitutes here
Retour à la National Gallery. Il y a cette fois une foule considérable dans les salles. Un amas humain, compact et bruyant, fait une pause devant les Tournesols de Van Gogh. Un fatras de jaunes embrouillés, une vulgaire omelette. Je fuis dans les salles des primitifs italiens. Ucello et sa bataille de San Romano est là, dans l'ombre car les plombs ont sauté ou un gardien sans âme a volontairement oublié d'allumer les lumières. Je m'assois et écoute un peu de musique. J'étais venu dans la zone chercher le portrait de Mehmet II par Bellini avant de me dire qu'il était sans doute à la Portrait Gallery, juste à côté. Je n'y mettrai pas les pieds puis j'ai terriblement envie de pisser. Je file aux toilettes. Un rang de pissotières sans volet de séparation est accroché au mur. En face, les quatre ou cinq chiottes sont tous occupés. Avec le passage qu'il y a et l'absence totale d'intimité, je suis incapable de pisser dans ces bacs. C'est pourtant pas compliqué de mettre quelques grands panneaux de bois entre chaque pissotière, non. Une porte claque, l'autre s'ouvre et je m'engouffre dans une chiotte en volant la place à quelqu'un de moins attentioné. Ah.
Pub
Je m'achète des nouilles thaï boeuf sauce piquante à Wok Away et file vers le square de Soho pour m'assoir dans l'herbe pelée. Des centaines de gens sont assis là pour ce qui a l'air d'être le premier dimanche de l'été. Nous sommes le 30 août. Je regarde les gens, prends quelques photos, mange et évite les pigeons. Une fiente s'écrase à 40 cm de moi et quand je lève la tête découvre l'horreur. Une dizaine de pigeons niche sur une haute branche du marronnier sous lequel je suis. Je bouge. J'aime le jeu des regards des endroits plein d'homos. Pas très à l'aise quand même je file vers Dean Street et rentre à la maison. Il fait beau, j'envoie des textos et je suis heureux. Ces tableaux m'ont fait beaucoup de bien. J'ai même acheté des cartes postales.
Soho Square, un après-midi de soleil
La mondialisation du petit businessMercredi soir, j'étais vers Trafalgar square. La colonne Nelson et son parterre de touristes ne m'ont pas fait grand effet. Je n'aime pas cette colonne. Elle me fait penser aux deux colonnes de la barrière du Trône, près de la place de la Nation. Avec les statues de Louis IX et de je ne sais quel autre roi. Mais ces colonnes de pierre grise empilée, trop bombées et trop tristes, ne m'ont jamais plu. Et puis Nelson, hein... Je monte les quelques marches du fronton de la National Gallery pour voir un peu mieux la place. On voit Big ben, non ? Entre deux colonnes du portique, une place se libère sur la rembarde de métal. Il y a du monde. Il fait lourd. Grouillementsur cette place déclive. Du haut de sa colonne Nelson me donne son dos.
Le Village, Wardour StreetJe tourne les talons et m'engouffre dans la National Gallery, encore ouverte à cette heure (il est 19h45). J'avais oublié l'extraordinaire effet des musées de peinture. En m'engouffrant dans une rotonde, là, au bout d'une allée, les Ambassadeurs. Je ne sais pas pourquoi, je suis sensible au vert depuis plusieurs mois. J'ai eu ma période rouge, short rouge, Air Max rouges, American Apparel rouge, sac et slips, cravate rouge, etc. Depuis les Nike verte de la rue Carnaby, je n'aime que le vert. Je racontais m'être perdu dans l'émeraude Cartier croisée au boulot et me voilà littéralement happé par le fond vert du tableau d'Holbein. J'approche l'anamorphose géante. Je ne l'imaginais pas si grand ce tableau et suis étonné en lisant le cartel que les deux "sitters" français, Jean de Dinteville et Georges de Selve, n'ont que 29 et 25 ans. Ils en paraissent quarante.
La relève de la garde, WhitehallLes cimaises de la salle d'à côté me réservent l'autre surprise verte de la visite: le portrait de Jules II par Raphael. Un viellard rouge et fourrure sur un fond vert émeraude, encore. Derrière le saint siège, le plissé du fond accentue la profondeur de la couleur. La tension rouge-vert est extraordinaire. Le tableau, pas si grand, m'absorbe de longues minutes à côté d'un dessinateur de mon âge, grand et beau. Je file de salle en salle. Les murs ont été recouverts de tissu vert aux grands motifs floraux, façon appartements Napoléon III du Louvre. Je traverse la Wohl room et ses Veronese pour m'assoir devant le portrait de Richelieu par Champaigne. Les souvenirs de soirées à réviser mes examens de l'Ecole du Louvre remontent à la surface. Je passe devant tous et m'arrête devant ceux que j'aime. C'est un musée de chefs-d'oeuvre et ce soir-là je suis particulièrement réceptif. Il y a des jours avec et des jours sans. Là j'aimai tous les tableaux. Zurbaran, von Hontorst, Bronzino, jusqu'au douanier Rousseau et son extraordinaire Surpris! Encore une jungle verte dans laquelle se perdre au milieu des tigres. Je sors, poussé par les gardiens du musée qui ferme. Il est 21 heures. Je me sens lourd et heureux et rentre à l'hôtel.
Trafalgar SquareJeudi et vendredi, je fais ma première "valuation" avec ma collègue. Nous partons estimer une collection de manuscrits. Principalement des corans, notamment qajars et ottomans. Quelques très beaux exemples et de nombreux d'intérêt secondaire. Je craque pour deux corans nord-africains du XIXème, "sans valeur sur le marché", mais deux oeuvres attachantes, provinciales, avec la même épigraphie angulaire koufique utilisée 1000 ans auparavant, dans de belles et solides reliures de cuir estampé. Il fait froid et on enchaîne les descriptions. Vendredi. Samedi.
No prostitutes hereRetour à la National Gallery. Il y a cette fois une foule considérable dans les salles. Un amas humain, compact et bruyant, fait une pause devant les Tournesols de Van Gogh. Un fatras de jaunes embrouillés, une vulgaire omelette. Je fuis dans les salles des primitifs italiens. Ucello et sa bataille de San Romano est là, dans l'ombre car les plombs ont sauté ou un gardien sans âme a volontairement oublié d'allumer les lumières. Je m'assois et écoute un peu de musique. J'étais venu dans la zone chercher le portrait de Mehmet II par Bellini avant de me dire qu'il était sans doute à la Portrait Gallery, juste à côté. Je n'y mettrai pas les pieds puis j'ai terriblement envie de pisser. Je file aux toilettes. Un rang de pissotières sans volet de séparation est accroché au mur. En face, les quatre ou cinq chiottes sont tous occupés. Avec le passage qu'il y a et l'absence totale d'intimité, je suis incapable de pisser dans ces bacs. C'est pourtant pas compliqué de mettre quelques grands panneaux de bois entre chaque pissotière, non. Une porte claque, l'autre s'ouvre et je m'engouffre dans une chiotte en volant la place à quelqu'un de moins attentioné. Ah.
Pub Je m'achète des nouilles thaï boeuf sauce piquante à Wok Away et file vers le square de Soho pour m'assoir dans l'herbe pelée. Des centaines de gens sont assis là pour ce qui a l'air d'être le premier dimanche de l'été. Nous sommes le 30 août. Je regarde les gens, prends quelques photos, mange et évite les pigeons. Une fiente s'écrase à 40 cm de moi et quand je lève la tête découvre l'horreur. Une dizaine de pigeons niche sur une haute branche du marronnier sous lequel je suis. Je bouge. J'aime le jeu des regards des endroits plein d'homos. Pas très à l'aise quand même je file vers Dean Street et rentre à la maison. Il fait beau, j'envoie des textos et je suis heureux. Ces tableaux m'ont fait beaucoup de bien. J'ai même acheté des cartes postales.
Soho Square, un après-midi de soleil
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