Old Compton Street
En fait, Old Compton Street c'est la rue des Archives en un poil plus grand. Mais pas beaucoup plus. Le même genre de bars, les tables étalées le long des devantures, les mêmes barbus, les mêmes modasses, les mêmes garçons et les mêmes filles mais pas beaucoup, assis en rang d'oignons. A la seule différence qu'il n'y a pas de grande terrasse à la façon Les Marronniers. Le trottoir est pas assez large. Il n'y a pas d'arbres, pas de bancs publics, pas de voitures garées. Juste un trottoir pas bien large. Par contre, les gens s'y entassent plus facilement à la façon du COX. Il y a un bar dont j'ai pas retenu le nom où les mecs se serrent derrière une barrière pour éviter de déborder sur la rue. Un Cox policé en quelque sorte, peuplé d'énergumènes du même style: des barbus en bermuda. J'aime bien passer là, les regards qui glissent, ceux qui insistent, quelqu'un qui se retourne, voir les mains qui se tiennent, sentir les parfums trop lourds, voir les jeans bien coupés. Le jean slim a ici son empire qui n n'est pas toujours heureux. Qui faut-il être pour bien porter un jean slim ? Je crois que le sujet a été largement débattu. Quoi qu'il en soit, il s'accompagne toujours d'une paire de Wayfarer de couleur, rouge, verte, rose ou blanche, avec un chapeau à bords courts et une paire de chaussures toute molle que j'aime pas du tout. A la sortie d'Old Compton, je passe dans une petite rue, peut-être Tisbury Court, une fille danse presque nue sur le perron d'une boutique à l'enseigne rouge, petite porte vernie en vert forêt qui ouvre sur un escalier sombre. Face à elle, un vieil homme fatigué adossé à un lampadaire. Tête rasée, baskets blanches. Il ne regarde même pas la pute d'en face. La rue est passante. Plus loin, une dame agée porte des collants sous une jupe noire ras-la-moule. Elle discute l'air passioné avec son compagnon. Aujourd'hui Londres fête le 100ème anniversaire de la mort de la première victime de Jack l'éventreur. C'est avec ça que je me suis réveillé à la radio.
En ce moment je sens le parfum des gens. Je ne sais pas pourquoi. La différence entre sentir et renifler n'est pas la même qu'entre entendre et écouter. Je voudrais dire que j' "écoute" le parfum des gens, que j'y prête une attention particulière. Mais si j'emploie "renifler" on va m'imaginer faisant le chien dans la rue et suivant les gens pour leur sentir le cul. Je hume ? J'hume ? Peut-être. Il doit bien avoir un verbe idoine. On fait vite des catégories de parfum suivant les tranches d'âge, suivant le sexe ou l'allure. C'est parfois délicieux ou repoussant, souvent ça ne colle pas à la personne, c'est de temps en temps surprenant. Les parfums qui ont vingt ans, les parfums qui en ont plus ou ceux qu'on ne connait pas. Ce qui est fascinant avec les odeurs c'est leur terrible relation à la mémoire. Madeleine. Quatre parfums collés à mon nez et à ma vie. Les parfums de ma mère évidemment, Shalimar et Gaultier. Les parfums de la voisine du dessus, ma seconde mère, Angel. Le parfum du voisin du sixième étage qui conduisait des grosses voitures, Habit rouge. Des parfums lourds de bourgeois du XVIème arrondissement. A l'époque, j'habitais rue Claude Chahut et j'allais à Saint-Jean-de-Passy bien coiffé avec ma raie sur le côté. D'autres viennent s'ajouter, Ysatis de ma grand-mère, Minotaure de mon père, Jardins de Bagatelle de ma belle-mère... Voilà, c'est un catalogage fort intéressant... Moi je porte le parfum d'un ancien mec. Ca me rappelle parfois des bons moments. Après avoir changé plusieurs fois je me suis fixé dessus. Léger. Je me suis souvent dit que les tendances à avoir la main lourde et à porter des parfums "capiteux" devaient cacher un vice ou pire, un complexe, un faiblesse. Au bureau, un autre Français nous inflige son parfum. C'est insupportable. En plus il fait trop d'UV. Je ne suis pas de ces gens-là. Ou pas encore.
Aujourd'hui, j'ai appris qu'avec ces putains de taxe je gagnerai moins que prévu. J'ai beau bosser avec des riches, c'est pas encore le début de ma fortune... J'ai dit que j'avais trouvé un appart pour deux mois ? Enfin, une chambre dans un appart, à Queensway. Génial. Le quartier est super, collé à Notting Hill et tout prêt du centre. Je loge avec un Chinois du nom de Richie. Plus jeune que moi, étudiant en fashion design blablabla. Sympathique mais j'ai peur qu'il soit très bavard. Quand j'ai dit que j'étais Français il a dit "haaaaaan, wonderfuuuuul". Encore un de ces superlatifs à la con.
En ce moment je sens le parfum des gens. Je ne sais pas pourquoi. La différence entre sentir et renifler n'est pas la même qu'entre entendre et écouter. Je voudrais dire que j' "écoute" le parfum des gens, que j'y prête une attention particulière. Mais si j'emploie "renifler" on va m'imaginer faisant le chien dans la rue et suivant les gens pour leur sentir le cul. Je hume ? J'hume ? Peut-être. Il doit bien avoir un verbe idoine. On fait vite des catégories de parfum suivant les tranches d'âge, suivant le sexe ou l'allure. C'est parfois délicieux ou repoussant, souvent ça ne colle pas à la personne, c'est de temps en temps surprenant. Les parfums qui ont vingt ans, les parfums qui en ont plus ou ceux qu'on ne connait pas. Ce qui est fascinant avec les odeurs c'est leur terrible relation à la mémoire. Madeleine. Quatre parfums collés à mon nez et à ma vie. Les parfums de ma mère évidemment, Shalimar et Gaultier. Les parfums de la voisine du dessus, ma seconde mère, Angel. Le parfum du voisin du sixième étage qui conduisait des grosses voitures, Habit rouge. Des parfums lourds de bourgeois du XVIème arrondissement. A l'époque, j'habitais rue Claude Chahut et j'allais à Saint-Jean-de-Passy bien coiffé avec ma raie sur le côté. D'autres viennent s'ajouter, Ysatis de ma grand-mère, Minotaure de mon père, Jardins de Bagatelle de ma belle-mère... Voilà, c'est un catalogage fort intéressant... Moi je porte le parfum d'un ancien mec. Ca me rappelle parfois des bons moments. Après avoir changé plusieurs fois je me suis fixé dessus. Léger. Je me suis souvent dit que les tendances à avoir la main lourde et à porter des parfums "capiteux" devaient cacher un vice ou pire, un complexe, un faiblesse. Au bureau, un autre Français nous inflige son parfum. C'est insupportable. En plus il fait trop d'UV. Je ne suis pas de ces gens-là. Ou pas encore.
Aujourd'hui, j'ai appris qu'avec ces putains de taxe je gagnerai moins que prévu. J'ai beau bosser avec des riches, c'est pas encore le début de ma fortune... J'ai dit que j'avais trouvé un appart pour deux mois ? Enfin, une chambre dans un appart, à Queensway. Génial. Le quartier est super, collé à Notting Hill et tout prêt du centre. Je loge avec un Chinois du nom de Richie. Plus jeune que moi, étudiant en fashion design blablabla. Sympathique mais j'ai peur qu'il soit très bavard. Quand j'ai dit que j'étais Français il a dit "haaaaaan, wonderfuuuuul". Encore un de ces superlatifs à la con.
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