Rendez-vous à l'Etienne Marcel

Publié le par Qalawun


(Dans la série Collège des coeurs brisés avec large emploi du passé simple)

J'ai encore marché des heures dans Paris. C'est plutôt agréable mais en réalité pour courir de rendez-vous en rendez-vous, je me demande si cela ne perd pas un peu de son charme. Quoiqu'il en soit, ces journées sont vivifiantes, de revoir ses amis ; je me couche à pas d'heure et trouve toujours le courage de me lever. Demain est un autre jour, je pars pour Londres et mon train est à 8h06. N'ayant pas encore mes billets, il faut que je me lève à l'aurore pour y être très tôt. Peu importe.

Il semble que chaque deux semaines se tient au café Etienne Marcel une espèce de rassemblement d'homos en tous genres parisiens. Pas tant de genres que ça puisqu'il n'y en avait que deux : soit la fashionista maigrelette à cheveux longs ou mi-longs, soit le barbu en short à cheveux très courts ou rasés. Je me classe donc dans la seconde catégorie. Ayant rejoint un groupe d'amis vers 21h30, je me trouvai là un peu par hasard et pas pour participer à l'événement parisien. Ce n'est d'ailleurs pas un événement puisque ce fait n'a véritablement rien d'une importance notable.  Mais j'y étais venu pour y croiser mon premier amant. J'entretins avec lui ma première relation d'adultère après une année que j'avais passée à convoler avec mon premier mec et premier amour. Comme je l'ai déjà dit dans des précédents billets, j'avais à l'époque remué ciel et terre pour rejoindre ce premier mec là où il vivait. C'est à dire au Sultanat d'Oman. Après plusieurs mois passés ensemble, à la faveur des vacances d'été, j'étais parti m'aérer à Paris quand lui était resté dans la moiteur horrible de Mascate.

Ce fut rapide. Trois jours après mon arrivée Paris, la rencontre que je fis avec l'autre fut fatale. Je'n'avais pas vraiment d'expérience. Je n'avais été amoureux que d'un homme, j'étais resté hors du circuit gay parisien, exilé en Syrie et en Oman. Lui était terriblement beau et semblait s'intéresser de près à moi, pour des motivations que je ne voulais pas connaître. J'avais deux mois d'été devant moi, sans mon mec, à passer à Paris dans un univers que je ne connaissais pas encore et qui me semblait (à l'époque) terriblement excitant. L'esprit est prompt et la chair est faible. Je tombai rapidement dans ses bras et lui dans les miens.

C'était il y a deux ans, à un mois près, et l'histoire  se prolonge
  depuis sur une belle ligne en pointillés. Elle s'efface, disparait, tout le temps, on la laisse mourir, pour mieux la raviver à chaque fois qu'on se croise. Bref, j'adore cette sensation, d'être heureux de revoir un ancien amant, de jouer avec, même maladroitement, de comprendre que cela pourrait recommencer, sans y céder non plus. Ca ne marcherait sans doute pas plus d'une semaine si ça devait reprendre. Bref, je sais pas vraiment pourquoi j'écris tout ça. Mais j'aime croiser ce mec, deux ans après, il répond encore à mes oeillades, il me fait des avances, aucun de nous n'y cède vraiment. On se touche la cuisse, c'est mignon comme deux gamins, c'est un test permanent. L'emprise qu'on a l'un sur l'autre, feinte ou réelle, et ce jeu excitant et un peu douloureux sont assez jubilatoires. C'est un peu maso mais finalement assez drôle. Bref, je me suis pas mal amusé à cette petite sauterie de la rue Etienne Marcel. Il y avait du monde que je connaissais, un autre amoureux de passage d'une fin d'été aussi, un barbu aux yeux verts, un autre de retour de New York qui passait par là et m'a reconnu de dos, et un cocktail à la fraise à 10 euros, sans alcool et coupé à l'eau. Un scandale.

Je parlerai plus tard de la raison de mon voyage à Londres, de mon entretien dans la maison very, very British, au milieu du luxe et de la beauté. J'attends une réponse qui a intérêt à être positive...
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Publié dans Divertissement

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