Les citronniers

Publié le par Qalawun

Tags : Israël Territoires Palestiniens Les Citronniers

Hier, j'ai dû passer à Tel Aviv. J'ai fait le plein, j'ai lavé mes vitres de voiture. Je n'ai pas lavé ma voiture depuis le mois de septembre. Les quelques pluies de l'hiver l'avaient un peu lavée quand les quelques gouttes portées par les vents du khamsin l'avaient encore salie. Ma voiture est très sale. Mais économisons l'eau. Il n'y a pas eu d'eau cet hiver. Hier soir donc nous étions à Tel Aviv. J'ai photographié des chats et des poubelles en luttant avec ma balande des blancs. Nous avons mangé des lasagnes dans un bistrot telavivit meod - très tel-avivien. Nous avons retrouvé la lesbienne lipstick des Beaux-Arts et la nageuse est-allemande militante de Shalom Akhshav - Peace Now. Shabat prenait fin à la nuit tombée. En marchant, on est passé devant un groupe de Hare Krishna. Des blancs, des blancs, des blancs. Pas un seul indien couleur locale. 6 femmes à s'agiter comme dans les films indiens, un gourou blanc s'agitant frénétiquement sur le soufflet de son harmonium. Il chante, très fort,

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hare krishna hare khrishna krishna krishna hare rama hare rama rama rama hare krishna
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, et j'en passe. Les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. Clique bigarée de punks, rastacoolos et indianophiles perchés de Goa. Ils dansent tous suivant une chorégraphie remarquablement bien huilée. Les gens s'arrêtent pour regarder les illuminés. Le soleil se couche derrière eux. On avance.


On décide d'aller au cinéma.

Dizengoff, le centre commercial. La lipstick a roulé un joint. Des semaines que j'en ai pas fumé un. Je me gare sur le trottoir, là où c'est interdit. Cela me vaudra 500 shekels de prune à la sortie du ciné. Mes trois Israéliens choisissent le film dans le cinéma de l'immense centre commercial. Moins par choix délibéré que par défaut, il est tard et nous prenons le premier film qui passe. Lemon Tree - Etz Lemon - Shajarat al Lemon. Les citronniers en français, à sortir en France le 28 avril. On ne me dit rien du film. Tout juste vois-je le portrait de deux femmes sur l'affiche, avec un champ de citronniers. L'une a l'air arabe. C'est tout.

On rentre, il doit y avoir une trentaine de personnes dans la petite salle. Le film vient de commencer, c'est le générique. Une femme, palestinienne, veuve, et ses citronniers. Son seul bien. Un fils aux Etats-Unis, une fille mariée. L'histoire se déroule le long de la Ligne Verte. En face, à quelques dizaines de mètres, la maison d'un Israélien qui vient d'être nommé ministre de la Défense. Il faut assurer la sécurité de la maison du nouveau ministre et celle de sa famille, sa femme. Les services de renseignement décident qu'il faut raser le champ de citronnier qui borde la propriété. Des terroristes pourraient s'y cacher. La veuve va se battre contre son voisin pour garder son champ, coûte que coûte. Aidée d'un avocat, elle ira jusqu'à la cour suprême d'Israël.

Tout au long du film, le réalisateur, Eran Riklis, nous donne à voir une série d'absurdités pourtant criantes de vérité, celle de la réalité du conflit. De la pendaison de crémaillère du ministre, où les convives mangent palestinien et écoute Farid el Atrash, des employés du ministre qui vont se servir en citrons dans le champ d'où la propriétaire a été bannie, du verdict de la cour suprême qui, s'il n'ordonne pas de couper les arbres, trouve une solution bien plus déshonorante, à la dernière image où l'on se rend bien compte que tout ceci est néfaste à tout le monde, c'est un plaisir que de voir comme la situation est si simple et si absconse à la fois, si drôle et si dramatique.


Un grand petit film, simple et sans prétention. S'il y a tout de même de nombreux raccourcis et quelques invraisemblances, c'est un film extrêmement pédagogique. Certes, la Palestinienne n'aurait jamais eu suffisament d'argent pour aller jusqu'à la cour suprême, certes elle n'aurait jamais pu assister à l'audience à Jérusalem si les Territoires avaient été bouclés comme c'est le cas dans le film, certes son cas, comme il y en a des centaines, n'aurait jamais fait la Une du Yediot Aharonot, ... Mais tout est bien mené, sans gros sabots, sans jamais tomber dans la propagande d'extrême gauche criant "Occupation, occupation"... On a une vision assez juste du côté palestinien, de cette société d'hommes, réunis au café, acceptant difficilement le combat de cette femme. J'ai aimé le portrait particulièrement disgracieux d'Arafat que choisit de filmer Eran Riklis. Joli clin d'oeil.

Mes Israéliens, qui avaient choisi le film en connaissance de cause, sans doute un peu parce que j'étais là, ont beaucoup aimé. Regrettant néanmoins de sortir déprimés de la séance. Assez justement, ils me disaient qu'ils voyaient la même chose en allumant la télé. Je leur ai rappelé qu'il pouvait aussi voir la même chose en faisant 15 minutes de voiture. C'était un bon choix. Mais c'est vrai que c'est un film particulièrement dédié à ceux qui ne connaissent pas le conflit. C'est une bonne entrée en matière, un cas simple, des personnages qui jouent bien et auxquels on s'attache ; notamment la femme du ministre qui se rend compte, petit à petit, de ce qu'endure sa voisine. Un film à conseiller au public français, sans aucun doute.
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Publié dans Découverte

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B
Merci, le film est sorti en France il y a peu et on va aller voir ça...
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