Sdérot, place du marché

Publié le par Qalawun

Tags : Israël

Samedi, on décidait d'aller dimanche à Sdérot. Pourquoi pas ? Aller vers le sud, pour voir la ville la plus déprimée d'Israël. Là où tombent les roquettes.



Il fait lourd ce dimanche. Mon Israélien a été malade toute la nuit. Impossible de dormir avec sa toux. Je le dépose quand même à l'université à 12h30. Je récupère la colocataire. On est parti, route numéro 1, on sort à Latroun. Je lui dis qu'il faudrait que j'y emmenène mes grand-parents. On file vers Ashdod. Le ciel est bas mais les orangers ont fleuri. L'odeur s'infiltre partout, parfum de paradis. La fleur d'oranger. Je n'aurais jamais crû que c'était si bon. Des vergers entiers dans cette terre aride. La route est plutôt verte. Le sable est rejeté au loin. Je vois même un grande lance à eau arroser un champ de ce qui pourrait être du blé. Nous suivons une ligne à haute tension, chacun des pylônes est coulé dans d'immenses blocs de béton pour éviter de s'enfoncer trop dans le sol sableux. Il fait gris et chaud. Les fenêtres ouvertes, j'ai du mal à entendre le cd de oud. Nous dépassons l'embranchement d'Ashdod. Il faut prendre Ashkelon maintenant. On trouvera plus tard la bifurcation vers Sdérot, là où sont aussi indiqués Erez et Gaza. C'est à peine à six ou sept kilomètres. Tout semble en construction ici. Des ponts, des rails, des pylônes, des centres commerciaux. D'immenses grues soulèvent des blocs apportés par des semi-remorques sans fin. Des ouvriers. Au loin, l'usine ou la centrale d'Ashkelon avec ses trois cheminées. Celle qu'on voit aussi très bien de Gaza.



Ca y est "Sdérot", on tourne à gauche. Un puis deux ronds-points. On s'approche de ce qui ressemble à une gare routière mais c'est le marché. Troisième rond-point puis un parking près d'un bunker. A Sdérot, il y a des bunkers dans la ville, pour y courir quand une alerte à la roquette Qassam retentit. Ma coloc et moi avons secrètement voulu en vivre une, de ces alertes. On va au marché et là, stupéfaction ! Les gens ne ressemblent pas à ceux que nous connaissons. Ils n'ont l'air ni de Tel Aviv, ni de Jérusalem. Des vieilles mamies un fichu à fleurs sur les cheveux, de gros monsieurs en jogging baillant, des couples las et fatigués, une grande dame sans âge, une Russe au double menton proéminent, vêtue d'un pantacourt bleu et d'un grand chapeau. Vraisemblablement, une bourgeoise. Eh oui ! Le grand chapeau. Grosso modo, les gens de Sdérot ont l'air pauvre. Pauvres hères mal fagotés pour la plupart, achetant les quelques conneries des trois allées couvertes du marché.







J'aurais pu partir de Jérusalem sans connaître Israël. Effleurer Sdérot vous rappelle qu'il n'y a pas que Tel Aviv, Jérusalem et Haifa. Qui voudrait rester dans cette ville où chaque abribus est un bunker. Une ligne jaune tracée à l'intérieur, après l'entrée, vous indique qu'une fois dépassée, vous êtes hors d'atteinte des éclats de Qassam. Qui voudrait de cette ville délaissée, certes verte, de grandes pelouses entretenues en pompant outrageusement l'eau précieuse du coin, mais dans laquelle la cinémathèque est un endroit lugubre en face d'un bosquet d'eucalyptus décharnés.




Vers la place de la cinémathèque en rouge et noir, il y a le collège d'où sort un groupe de filles bruyantes. Derrière, l'Agence juive devant laquelle un gros chat roux dort, juché sur la benne verte des ordures. Qui voudrait venir ici ? Une agence immobilière propose quelques locations derrière une vitre crasseuse. Entre deux barres d'immeubles, un magnifique arbre rouge donne un peu de couleur. Je remarque ensuite que la plupart des installations municipales sont peintes : rouge, jaune, bleu. Faudrait pas déprimer. On achète 5 kilos de fraise à un patriarche à kippa et barbe blanche. C'est pour la confiture. En voiture, après une photo dans un bunker. Direction Ashkelon et sa marina que j'ai vue à la tv.




Ashkelon, autre sorte d'oasis où ont poussé tant de curiosités architecturales. C'est une grande ville que se seraient partagés plusieurs architectes. Par groupes d'immeubles, clairsemés, on voit l'inventivité des uns et des autres. La ville entière est pastel, balnéaire. Balcons vitrés, décrochements, stores immenses, végétation luxuriante dans cette ville sortie du sable ici à quelques kilomètres de Gaza. Il fait toujours gris. On atteint la jetée et la marina. Je m'interroge sur la manière d'imbriquer les blocs de béton en T croisés. C'est toujours triste, une jetée. Un couple de religieux, trois chats, quelques pêcheurs et des crabes. Une mère et sa fille. On atteint le bout, le phare. Il n'y a pas de vague. Seulement une grosse onde paresseuse qui vient lécher le béton. Une vieille dragueuse garde l'entrée du port. Ah, la marina. Elle n'a pas fière allure. Fish'N'ships. Un couple de mariés vient, sous les instructions d'un photographe, poser pas loin de nous, au restaurant Fishzone de la marina d'Ahskelon. Le costume du marié est particulièrement mal coupé. La serveuse ne parle pas anglais. On mange. On s'en va.






On part chercher le centre d'Ashkelon. Où est-il ? On ne le trouvera pas. Ou alors était-ce ces immeubles un peu moins hauts et un peu plus rapprochés les uns des autres ?

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Publié dans Jour après jour

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