La fuite en Egypte - le mur de Rafah est tombé
Quelques mois avant de se retirer unilatéralement de la bande de Gaza, Israël érigeait un mur de 14 km de long sur la frontière avec l'Egypte et le territoire palestinien. Parfois mur de métal, parfois mur de béton, parfois barrière électronique, il avait fallu, pour couper presque hermétiquement Gaza de l'Egypte, raser des centaines de maisons pour créer une zone tampon et que la frontière soit facilement contrôlable.

Au retrait d'Israël, en 2005, un accord entre l'Egypte, l'Autorité Palestinienne, l'Union Européenne et Israël avait été signé pour régir strictement les passages des personnes à travers le seul point de contact de Gaza avec l'extérieur, hormis Israël, le terminal de Rafah, situé dans la ville du même nom. L'Egypte et l'Autorité Palestinienne, épaulées de quelques dizaines d'observateurs de la mission européenne EUBAM, étaient chargées de contrôler et d'assurer la sécurité du point frontière. Israël, s'il n'était pas présent physiquement, disposait d'un réseau de caméras de contrôle dans tout le terminal pour garder un oeil sur les passagers. La prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas en juin 2007 avait causé la fermeture immédiate du terminal et le départ des observateurs européens, le Hamas n'étant reconnu par aucune des parties régisseuses.

Depuis juin 2007, la bande de Gaza est sous l'effet d'un blocus quasi-total, seule l'aide humanitaire y parvenant, au compte-gouttes, par les quelques terminaux contrôlés par Israël. Puissance qui, en contrôlant tous les accès terrestres, aérien et maritime, continue de facto d'occuper le territoire palestinien. Jeudi soir, comme vous l'avez vu, Israël décidait de fermer les accès à l'aide humanitaire (120 camions d'aides passent quotidiennement pour nourrir quelque 860.000 Palestiniens sur les 1.4 millions que comptent la bande de Gaza). Israël décidait vendredi matin et jusqu'à lundi de couper l'approvisionnement en fioul de la bande de Gaza : l'arrêt de la seule centrale électrique n'était qu'une des conséquences, les camions de livraison de l'aide humanitaire étant eux aussi rapidement immobilisés par la pénurie de carburant.

Un peu de pression, de Condi Rice, de l'Europe, du monde entier, un peu de bon sens, et les livraisons de carburant reprenaient ce lundi. Mais le blocus demeure. Le blocus est en place depuis des mois. Des tunnels avaient été creusés reliant les parties égyptienne et palestinienne de la ville de Rafah, coupée en deux par la frontière. Par là transitait principalement des armes, des explosifs, des produits destinés à la contrebande.

Imaginez-vous près de 4.000 personnes par kilomètre carré sur les 360 km² que comptent la bande interdit de sortie du territoire. Depuis juin, le paquet de cigarette marlboro était monté à plus de 40 shekels : soit près de 8 euros.
Hier soir, des groupes armés - les Brigades Ezzedine Al Qassam et les Comités de Résistance Populaire - ont fait sauté le mur en métal qui coupait Gaza de l'Egypte. Près de 15 brèches ont été créées et élargies au bulldozer, sous le regard attentif des services égyptiens qui n'ont pas réagi. D'abord méfiants, échaudés par une manifestation réprimée dans la violence hier par ces mêmes militaires égyptiens au point frontière, des dizaines de milliers de Palestiniens se sont engouffrés aujourd'hui par les brèches ouvertes.

Acheter des clopes, de l'huile, des piles, de l'essence. Tout ce qu'on ne trouve pas à Gaza. On imagine que quelques armes passeront aussi. Imaginez plus d'un million de personnes en état de siège, totalement interdits de sortie depuis juin 2007, si ce n'est depuis l'itnatkut - retrait israélien - d'août 2005, qui tout d'un coup à la possibilité de voir un autre horizon. Le souffle d'air. Je lisais qu'un kilo de fromage à Gaza coutaît 24 shekels (4.5 euros) contre 3 shekels à Rafah - Egypte. Moins d'un dollar.

Moi, j'aurais aussi eu tôt fait de m'engouffrer dans la brèche. Non pas pour "fuir", comme l'ont dit tous les médias ce matin. Même si certains Palestiniens resteront auprès de leurs familles installées là, dans des camps de réfugiés, depuis 1948. Mais je serais aller faire mes courses, prendre l'air de l'autre côté d'un mur et me dire qu'un mur ça finit toujours par tomber. J'aurais aimé voir cette ruée vers l'extérieur, ce mouvement de foule inattendu. Un bol d'air frais qui aura sa fin. Israël doit enrager.
Tags : Territoires Palestiniens Rafah Gaza Egypte Mur

Au retrait d'Israël, en 2005, un accord entre l'Egypte, l'Autorité Palestinienne, l'Union Européenne et Israël avait été signé pour régir strictement les passages des personnes à travers le seul point de contact de Gaza avec l'extérieur, hormis Israël, le terminal de Rafah, situé dans la ville du même nom. L'Egypte et l'Autorité Palestinienne, épaulées de quelques dizaines d'observateurs de la mission européenne EUBAM, étaient chargées de contrôler et d'assurer la sécurité du point frontière. Israël, s'il n'était pas présent physiquement, disposait d'un réseau de caméras de contrôle dans tout le terminal pour garder un oeil sur les passagers. La prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas en juin 2007 avait causé la fermeture immédiate du terminal et le départ des observateurs européens, le Hamas n'étant reconnu par aucune des parties régisseuses.

Depuis juin 2007, la bande de Gaza est sous l'effet d'un blocus quasi-total, seule l'aide humanitaire y parvenant, au compte-gouttes, par les quelques terminaux contrôlés par Israël. Puissance qui, en contrôlant tous les accès terrestres, aérien et maritime, continue de facto d'occuper le territoire palestinien. Jeudi soir, comme vous l'avez vu, Israël décidait de fermer les accès à l'aide humanitaire (120 camions d'aides passent quotidiennement pour nourrir quelque 860.000 Palestiniens sur les 1.4 millions que comptent la bande de Gaza). Israël décidait vendredi matin et jusqu'à lundi de couper l'approvisionnement en fioul de la bande de Gaza : l'arrêt de la seule centrale électrique n'était qu'une des conséquences, les camions de livraison de l'aide humanitaire étant eux aussi rapidement immobilisés par la pénurie de carburant.

Un peu de pression, de Condi Rice, de l'Europe, du monde entier, un peu de bon sens, et les livraisons de carburant reprenaient ce lundi. Mais le blocus demeure. Le blocus est en place depuis des mois. Des tunnels avaient été creusés reliant les parties égyptienne et palestinienne de la ville de Rafah, coupée en deux par la frontière. Par là transitait principalement des armes, des explosifs, des produits destinés à la contrebande.

Imaginez-vous près de 4.000 personnes par kilomètre carré sur les 360 km² que comptent la bande interdit de sortie du territoire. Depuis juin, le paquet de cigarette marlboro était monté à plus de 40 shekels : soit près de 8 euros.
Hier soir, des groupes armés - les Brigades Ezzedine Al Qassam et les Comités de Résistance Populaire - ont fait sauté le mur en métal qui coupait Gaza de l'Egypte. Près de 15 brèches ont été créées et élargies au bulldozer, sous le regard attentif des services égyptiens qui n'ont pas réagi. D'abord méfiants, échaudés par une manifestation réprimée dans la violence hier par ces mêmes militaires égyptiens au point frontière, des dizaines de milliers de Palestiniens se sont engouffrés aujourd'hui par les brèches ouvertes.

Acheter des clopes, de l'huile, des piles, de l'essence. Tout ce qu'on ne trouve pas à Gaza. On imagine que quelques armes passeront aussi. Imaginez plus d'un million de personnes en état de siège, totalement interdits de sortie depuis juin 2007, si ce n'est depuis l'itnatkut - retrait israélien - d'août 2005, qui tout d'un coup à la possibilité de voir un autre horizon. Le souffle d'air. Je lisais qu'un kilo de fromage à Gaza coutaît 24 shekels (4.5 euros) contre 3 shekels à Rafah - Egypte. Moins d'un dollar.

Moi, j'aurais aussi eu tôt fait de m'engouffrer dans la brèche. Non pas pour "fuir", comme l'ont dit tous les médias ce matin. Même si certains Palestiniens resteront auprès de leurs familles installées là, dans des camps de réfugiés, depuis 1948. Mais je serais aller faire mes courses, prendre l'air de l'autre côté d'un mur et me dire qu'un mur ça finit toujours par tomber. J'aurais aimé voir cette ruée vers l'extérieur, ce mouvement de foule inattendu. Un bol d'air frais qui aura sa fin. Israël doit enrager.
Tags : Territoires Palestiniens Rafah Gaza Egypte Mur
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