Ensuite, je ne suis pas juif

Publié le par Qalawun

Deux jours entiers. Chaque jour passé sans fumer est une victoire sur le tabac. Je me souviens de cette campagne de prévention à la télé. Je me souviens de "moi, je tabastoppe. Le tabac, dès qu'on l'oublie, on revit". Bah je te dis que l'oublier, c'est pas facile. Surtout que depuis que j'ai courru avec des petites chaussures de sport inadaptées au footing, je me retrouve handicapé avec une sorte de tendinite au genoux et au pied. Je claudique et j'ai l'air ridicule. Impossible de compenser par le sport. Curieusement, j'ai pas envie de compenser par le sexe. Il me reste la bouffe, les ongles, les collègues de bureau ou les colocs.

Aujourd'hui, c'était simhat torah, une fête qui consiste à exprimer sa joie envers la torah. Résultat, tout était fermé, même la boutique de DVD francophones où je devais rendre les 2 cédés que je garde depuis 2 semaines. Les fêtes religieuses devraient se calmer après la fin de sukkhot et du ramadan. Je crois que tout le monde est un peu fatigué. Surtout cette débauche de flics à chaque fois, ces quartiers barricadés, cette tension à la con, c'est irritant.

Anyway. Je pars passer quelques heures à Gaza entre samedi et dimanche, et ça c'est vraiment bien. Ma première fois en un an. Bon, rien n'est toujours sûr avant d'avoir réellement passé le point de passage d'Erez, tout peut changer au dernier moment ici, mais ça se profile très bien pour l'instant.

Une vidéo de France 2, cet Erez dont tout le monde parle, au plus fort de son histoire, après le putsch du Hamas à Gaza le 15 juin. Pas très beau à voir, ni évocateur d'une réalité quotidienne...

 
Bon, un paragraphe entier a disparu à la mise en page... Je le réécris de mémoire.

Certains diront que je ne parle pas assez des belles choses en Israël... Mais c'est faux. Je parle du soleil, du pain délicieux, de la vie gay, de sa société métissée et multiculturelle, de la liberté d'expression, la seule véritable au Moyen-Orient, de la démocratie, encore la seule véritable dans la région, de Saint-Jean-d'Acre, de ses beaux mecs et de ses belles gosses, de mon amoureux...

... L'hiver est terriblement humide et froid, ses bars me refusent l'entrée quand je mets un keffieh autour du cou, Jérusalem est émaillée de grafitti homophobes, sa société multiculturelle s'apparente à une société de classes, Tsahal a un droit de regard et de censure sur la presse, une liberté d'expression qui permet à Israël de se donner bonne conscience en laissant une place minime à son autocritique, sa démocratie ne hissant au pouvoir que d'anciens militaires de carrière, des ultras-religieux ou des miliardaires démagos, Saint-Jean-d'Acre restauré pour combien d'autres sites archéologiques malmenés et de réalités historiques floutées, et la beauté des jeunes oui, mais c'est normal après 3 ans d'armée... Il n'y a guère que le pain qui reste du bon pain.

J'aime Jérusalem, j'aime les Territoires palestiniens, et j'aime Israël "in a way" comme je l'ai déjà dit. On trouve ici des gens merveilleux, comme partout. Mais je ne vois pas pourquoi j'aurais besoin de le dire. Cela va sans dire justement. Pourquoi devrais-je équilibrer la balance ? Je n'ai pas mauvaise conscience à critiquer la politique palestinienne d'Israël, je le fais parce que je crois en certains idéaux. Je n'ai pas mauvaise conscience à être surpris par une société qui m'est étrangère, à m'interroger sur elle, à la trouver drôle, ridicule, intolérante ou géniale. J'aime cet endroit parce qu'égoïstement il fait de moi quelqu'un de plus fort.

J'ai choisi de venir ici, à Jérusalem. J'aime cet endroit presqu'aux tripes. Mais je ne crois pas qu'il soit facile d'y vivre, à moins d'être stupide ou d'être juif. On peut passer sa vie avec des oeillères, ne rien voir, et c'est être stupide.
Ensuite, je ne suis pas juif. Je crois qu'il me manquera toujours une clé pour comprendre. Je ne sais pas ce qu'est le retour à la terre d'Israël, je ne suis pas d'une communauté qui a aspiré et aspire à un "national home", je ne suis pas d'une communauté qui a vécu une haine millénaire et un génocide (rappelons que les homosexuels ont été envoyés vers les camps de la mort), je n'ai pas d'"ennemis à ma porte" et mon bus n'a pas sauté des dizaines de fois faisant plusieurs centaines de morts civils (mais mon RER presque). En énumérant ce que tout le monde sait de l'histoire du peuple juif, je comprends sans comprendre.

Je comprends que cette histoire d'Israël dirige et exige certains choix. Mais je ne comprends pas ce besoin de sécurité, cette fièvre obsidionale, qu'a Israël car mon histoire est différente. Utilisons le verbe "ressentir" plutôt que "comprendre". Car c'est bien du domaine des sentiments, de la perception, de l'affect, qu'il s'agit. Je ne ressens rien envers ce peuple plutôt qu'un autre, ni envers la nécessité de ce peuple de se défendre plutôt qu'un autre, au détriment d'un autre. Je vois les faits, je les pense et les pèse, peut-être mal, peut-être bien, en tous cas à ma manière. Comprendre, c'est parfois justifier. C'est là que le bât blesse.

Les crimes des uns n'annulent pas ceux des autres, ils s'y ajoutent. C'est ce que je lisais hier dans un commentaire d'article de Rue 89 sur le tramway de Jérusalem.
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Publié dans Jour après jour

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P
Outre que, foncièrement, je ne pense pas qu'il faille être juif pour comprendre Israël, surtout, je ne pense pas que chercher à comprendre, ce soit justifier. Au contraire, comprendre, c'est se mettre à la place de l'autre, chercher ses raisons profondes... Et l'occasion de mieux y répondre...
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