Le neuvième soir

Publié le par Qalawun

Glou glou. La goutte tombe à côté. Mon verre de Haut-médoc est rempli comme il faut. J'ai fait bombance ce soir. Cigarette. J'ai chaud. Je n'arrive pas à faire de courant d'air entre mes deux fenêtres. Je pourrais ouvrir la porte mais je n'ai pas envie. J'enlève ma chemise rayée.

23h01. Cigarette. Je viens de raccompagner mon Israélien. Il m'a préparé un festin ce soir, je n'ai plus eu qu'à mettre les pieds sous la table en rentrant du boulot, tard, après un long papier écrit sur le sujet du moment. Une quiche au bleu, des tagliatelles au parmesan et à la sauce "rose", c'est comme ça qu'il l'appelle, une salade avec de la poitrine fumée et une bouteille de haut-médoc. J'ai l'impression qu'il s'est ruiné pour le fromage et le bacon. J'avais mon vin grâce à D. et son dernier passage. Il m'aime. C'est pas facile. Je l'aime aussi, très fort, la plupart du temps. Bref, j'ai trop mangé, je le raccompagne. Il me raconte sa journée à Sderot aujourd'hui, pour un entretien à la fac. Sderot est cette ville à quelques kilomètres de la frontière avec la bande de Gaza. Cette ville où tombe les roquettes Qassam, quelques unes par jour généralement. Il demande où se trouve le mall pour aller boire un café. On lui répond de prendre la route où se trouve l'impact de Qassam d'avant hier. Beit Hanoun est à moins de 10 km. Le campus de Sderot fait moitié prix pour attirer les étudiants. 5.000 shekels par an au lieu de 10.000. La fac en Israël est hors de prix. Encore une fois, nous sommes chanceux. Il faudra peut-être qu'il aille s'enfermer là-bas, dans le désert des roquettes et des cratères, l'année prochaine. Sderot est à une heure de Jérusalem. Tout tient dans un mouchoir de poche. Et les gens s'en foutent.

Ce soir la ville est pleine de flics dans les rues. Les accès à la Vieille Ville semblent être tous bloqués, ceux à la grande Porte de Damas le sont. Je n'ai pas réussi à savoir si c'était pour la visite de Tony Blair ou pour la fête juive de Tesha b'Av, les 9 premiers jours du mois d'Av. C'est une fête triste comme le judaïsme en compte beaucoup. Par opposition aux fêtes joyeuses comme pourim. Ces premiers jours d'Av sont ceux où qui ont vu se dérouler les pires moments de l'histoire du judaïsme. Notamment les deux destructions du Temple ou la seconde guerre du Liban, l'année dernière. Ce soir est le neuvième soir du mois d'Av. Tous les restaurants sont fermés et tout les Juifs pratiquants vont au Kotel - au Mur des lamentations. Une chose m'a fait rire, au lieu de dire, quand il s'agit de garder un secret, "je suis une tombe", en Israël vous dite "je suis un Kotel". En référence aux petits papiers votifs que l'on glisse dans les interstices du mur.

Hier la Knesset a approuvé à une large majorité (64 contre 16) une loi discriminante. L'Israeli Land Administration  ne peut pas louer ou vendre ses terres à des non-juifs.
L'ILA est connue aussi sous le fameux nom de KKL, son acronyme en hébreu, et est une agence responsable d'expropriation de terres sous  couvert de protection de la nature. L'ILA gère toutes les terres de l'Etat.

Les lignes qui suivent sont le premier paragraphe d'un éditorial du Haaretz édition anglaise d'aujourd'hui, éditorial que j'ai collé sur mon mur :

"
Every day the Knesset has the option of passing laws that will advance Israel as a democratic Jewish state or turn it into a racist Jewish state. There is a very thin line between the two. This week, the line was crossed. If the Knesset legal counselor did not consider the bill entitled "the Jewish National Fund Law" as sufficiently racist to keep it off the agenda, it is hard to imagine what legislation she will consider racist".

Croyez-moi, il n'a pas fallu attendre aujourd'hui pour que l'Etat d'Israël passe la limite...
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Publié dans Jour après jour

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