Eilat, Air on a X string

Publié le par Qalawun

Elle me raconte son histoire avec sa nouvelle copine. Comment elle a largué son ex pour une Israélienne. Après six ans d’histoire. Dur. Elle me demande comment ça se passe avec mon Israélien. C’est drôle. Je me serais sans doute passé du « couleur locale ». Mais l’attrait des corps aura raison des idéaux. Elle me demande s’il m’a manqué pendant mes quelques jours dans le Sinaï. Je lui réponds que non. Quelques pensées agréables tout au plus – mais quand même – pour un amant qui, certes prend de plus en plus de place dans ma tête, mais risque de rester une sorte de caution, preuve d’une « certaine » intégration. Je l’aime beaucoup. Chaque moment passé à deux est étrange, mélangé de douceur et de frustration. Celle de ne pas pouvoir tout exprimer dans ma langue. Je l’aime beaucoup.

 

J’aime beaucoup moins certains aspects de son pays. Israël. Avant-hier encore, j’étais à Eilat, sur la route du retour du Sinaï. Quelques kilomètres de côte où s’ébroue une frange répugnante de la société. Les vacanciers. J’ai peut-être perdu l’habitude de voir des gens en vacances au bord de la mer. Au bord de la côte d’azur. Mais les gens en vacances à l’île de Ré ne sont pourtant pas tous comme ça… Une ignorance crasse se dégage des fesses stringées, des débardeurs moulants, des coupes à l’iroquois et des lunettes mange-yeux. Jeunes, mais aussi vieux, Russes, Français,… L’enfer même, du vulgaire et du dégoûtant. Le diktat d’une mode mal vécue par ces corps s’impose aux gens d’Eilat. Trop d’accessoires, de détails, des montagnes de vanités et des rires stupides.  Pourquoi n’ai-je pas aimé Eilat alors que c’est aussi mon monde, celui des vacances, des corps dénudés, des corniches, des grosses lunettes et des marcels ? Sur cette promenade la beauté des Israéliens s’est envolée. Je ne sais pas trop pourquoi. Suis-je misogyne à avouer être écoeuré par ces poules-là presque à poil ? Que dois-je penser alors que nous avons nous-même passé 4 jours presque nus au bord d’une plage ? Est-ce que je me transforme en intégriste du subtil ? Non car je ne le suis pas toujours moi-même. Ce qui m’a gêné c’est cette gratuité de la chair. Ca m’a gêné alors que je sais que parfois je l’adore.

 

Pas dans le mood cette fois-ci dirons-nous. Atteint par une autre facette du syndrome de Jérusalem : cohabiter sans choquer les regards, les consciences, faire profil bas, s’élever aussi en père-la-morale. L’habitude prise de ne voir que des religieux, de tous bords, conditionne. En fait, peut-être ne suis-je pas pour une gay pride à Jérusalem. Non. Il faut faire évoluer les consciences. La gay pride demande une égalité des droits, une égale reconnaissance de tous les aspects d’une humanité. La gay pride ne fait pas l’apologie du vulgaire. En cherchant dans le dictionnaire je vois qu’un des sens de vulgaire est le « non-respect des règles de savoir-vivre ». Ma morale me dicte mes règles de savoir-vivre, comme nous tous. Peut-être suis-je en train de vieillir. Je crois que le cœur est là. Je vieillis. Il y avait trop de distance entre eux et moi. La grande majorité n’a pas plus de 15 ans. Se retrouveront dans 3 ans avec des M16. Ils ont le temps de changer mais semblent si mal partis.

 

Un stand de tir est monté sur la promenade. Des jeunes Russes prennent les M16 et les AK47 en plastique pour pouvoir tirer sur l’écran géant à quelques mètres d’eux. Le manager leur demande quel scénario ils veulent. Terrorists ! Dans un aéroport, derrière les caisses d’un entrepôt, des hommes armés, avec des keffieh rouges ou noirs, sont dézingués par notre équipe de Russes. C’est tellement classique. Nous étions étonnés de ne pas voir la Qasbah de Naplouse comme théâtre de l’opération. Naplouse, c’est le « nid de terroristes » de la Cisjordanie. Ainsi le dit Tel Aviv. Quelques mètres plus loin, quand deux copines achètent des bagues, l’une d’elle sort une expression toute faite en arabe. Le vendeur lui demande en quelle langue elle a parlé. « C’est de l’arabe, je travaille dans les Territoires palestiniens » lui répond-elle. « Il te paye comment là-bas ? Avec des pierres ? » Avant de lâcher un drôle de rire. Il enchaîne : « Non parce que les arabes, c’est pas des hommes ». Il est sérieux. Elles n’achètent pas les bagues.

 

On enchaîne sur un restau sur la plage. Blue Beach, Nikki Beach, Aqua Sun, Shark’s, encore, comme tous ces noms à la con. La majorité d’entre nous a voulu faire un restau basket. Service long, serveuse pas agréable, bouffe moyenne. Deux étaient déjà partis quand les bonnes âmes sont allées voir la serveuse pour demander l’addition… On aurait mieux fait de partir sans payer, l’addition était truquée. De 40 balles. Ah, Eilat. J’imagine le désenchantement des touristes qui débarquent après avoir vu les pubs dans le métro. Loin du paradis, Eilat. La piste d’atterrissage est au milieu de la ville. Dans les quelques kilomètres qu’il leur reste, ils ont pu mettre des hôtels, encore délicieux… du béton. Il y a bien les fonds marins… Enfin au calme. Quand tout ce monde n’y plonge pas. Je crois que j’ai détesté Eilat. Le Sinaï, lui, est encore égyptien.

 

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Publié dans Jour après jour

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