Check point militaire, que faire ?
Il est 3h05 à l’horloge de la Renault 19 bordeaux. Il pleut encore des cordes. Voilà au mois 5 jours qu’il pleut sans cesse. L’épisode de neige a été bref dans la semaine. Le brouillard de Ramallah a cédé la place à cette grosse pluie une fois arrivés à Ram. Le passage de Ram, fermé il y a quelques mois était miraculeusement ouvert cette nuit là. Une grosse porte d’acier a été construite pour laisser le passage possible aux véhicules de l’armée. Machinalement, un peu saouls, on a emprunté cette vieille route, sans prendre celle de contournement mise en place depuis la fermeture. Et là, arrivé face au mur, la grande porte était ouverte. De l’autre côté, quelques centaines de mètres plus loin, le check point de Ram.
On avance entre les deux rangées de blocs de béton. Au bout, à 20 mètres, une barricade. On éteint les phares et on avance jusqu’à la barricade, on klaxonne. Une fois, deux fois, un soldat arrive. Le chauffeur baisse sa fenêtre et présente ses papiers. Le jeune soldat est sous une pluie battante. Il baisse la tête pour voir qui est dans la voiture. « OK » dit-il. Il repasse devant la voiture et ouvre le passage. Ma fenêtre se baisse et mon pote lance un « toda ! Laila tov ». Merci, bonne nuit. Jovial. Je pense que le soldat n’a pas entendu.
On commence à discuter. Pourquoi être urbain avec les soldats ? Pourquoi normaliser les rapports humains dans un contexte militaire, d’occupation. Se contenter de baisser la fenêtre et montrer ses papiers eut été suffisant. Pourquoi approuver par des civilités cette situation qui est anormale, injustifiée ? Pourquoi parler à ce militaire comme à une guichetière de péage d’autoroute ? Je sais qu’il faut séparer l’humain du politique. Ce gars de 18 ou 20 ans n’a sans doute jamais demandé à se retrouver sous la pluie au check point de Ram à 3h30 du matin. Mais il participe d’un tout. Peut-être qu’être agréable avec lui nous facilitera le passage – c’est quasiment sûr même si parfois les civilités n’y font rien – peut-être qu’être agréable avec lui facilitera le passage des Palestiniens qui nous suivront dans une autre voiture ? Moi aussi, j’aime quand les gens s’entendent et que les choses se passent bien. Il est certain que je préfèrerais être agréable quand on me parle gentiment. Mais je me contente de répondre juste aux questions qu’on me pose, je ne dis pas au revoir, très rarement merci.
Ces check points et ces bouclages n’ont pas raison d’être. Quand je me faisais contrôler à Jérusalem plusieurs fois par semaine, à mon arrivée ici, j’avais droit à des policières ou des garde-frontières qui me parlait presque comme à un chien. Teuda Teuda ! En voyant la couleur de mon ID israélienne, verte comme une ID d’employé de représentation étrangère, j’avais souvent droit à un thank you, have a good day Sir… Avec un visage nettement plus sympathique. Fallait-il que moi aussi je réponde par un sourire alors que j’avais été contrôlé en pleine ville, sur mon chemin vers le taf ?
Il ne faut jamais faire sentir que ces contrôles sont normaux, jamais accepter d’agir comme si l’on passait un péage, même si ça doit coûter quelques minutes d’attente supplémentaires. Quand on me demande mon passeport à Qalandia, je dis qu’ils n’ont pas à voir mon passeport. Une fois, ça m’a coûté 30 min dans un sas d’un mètre carré, à me faire interroger avec ma coloc par une franco-israélienne avec son M16 dans les bras. Ce mur n’est pas une frontière internationale. Et c’est justement en refusant de montrer son passeport, quand on a d’autres papiers bien entendus, qu’à sa manière on résiste à l’imposition de l’état de fait. C’est un devoir.
Enfin. Les Palestiniens ont un nouveau gouvernement qui a reçu aujourd’hui le vote de confiance du Conseil législatif palestinien. 25 ministres, 12 d’une organisation terroriste qui s’appelle le Mouvement de la Résistance Islamique - Hamas. 6 du parti historique d’Arafat, le Fatah, et 7 ministres indépendants ou d’autres blocs parlementaires. Israël a d’ores et déjà annoncé qu’il refusait de traiter en bloc avec le nouveau gouvernement. Heureusement les attitudes divergent. L’embargo international ne devrait plus qu’être partiel.
Aujourd’hui il pleuvait encore sur Jérusalem. Je me suis arrêté longuement au mur des lamentations pour voir la fin du shabbat. Les haredim avaient protégé leurs shtreimels de sacs en plastique pour éviter qu’ils se mouillent. Il est 19h45, déjà. On va manger au restau sans doute, à l'Olive tree ou un autre du genre.