Violation de statu quo à la porte des Maghrébins ?

Publié le par Qalawun

J’ai fait une intéressante visite autour de l’esplanade du mur occidental – des lamentations – et de la mosquée al Aqsa. J’imagine que l’agitation causée par des travaux et des fouilles israéliens à proximité d’une des entrées d’Al Aqsa est au moins arrivée jusqu’en France, voire jusqu’au Canada ou même ailleurs.

Comme à l’habitude quand on touche à des lieux saints, les foules s’énervent vite. Une trentaine de blessés il y a deux semaines suite à l’incursion sur l’Esplanade de la police et de l’armée israéliennes. Ce billet fait d'ailleurs suite à Al Aqsa en travaux où j'évoquais les affrontements. J’ai donc profité d’une visite organisée par l’Israeli Committee Against House Destruction pour prendre quelques photos, accompagné par le vieil archéologue chargé de la zone depuis 1967, Meir Ben-Dov.

Quoi qu’il en soit, cette crise est extrêmement complexe et repose la question de la « souveraineté » (israélienne, palestinienne, autorités civiles ou religieuses) sur les lieux saints et a fortiori sur la zone concernée par les travaux. Des salles byzantines, des mosquées omeyyades, des salles voûtées mameloukes… J’ai appris qu’avant 1967, date de la « réunification » de Jérusalem, le quartier des Maghrébins occupait tout l’espace devant le mur occidental. Seul un espace de 28 mètres sur 5 était accessible aux juifs pour aller prier.

Dès 1967, le quartier des Maghrébins est rasé, le sol creusé pour faire apparaître deux mètres supplémentaires du mur. Il faut de la place pour accueillir les juifs dans la Jérusalem « unifiée ». Tout est rasé sauf un gros talus sur lequel s’élève un chemin jusqu’à la porte des Maghrébins, une des portes de l’Esplanade des mosquées. Dans ce talus, des vestiges de plusieurs époques, byzantine, omeyyade, ayyoubide, mamelouke et ottomane. Le talus est directement appuyé sur le mur occidental et n’est donc pas détruit. En 1968, l’administration israélienne demande au ministère des biens de mainmorte jordanien, est resté gérant du lieu saint musulman après l’occupation, d’utiliser une minuscule salle située à la verticale de la porte de Maghrébins, face à ce qui était une des portes d’accès du second Temple – la porte de Barclay ou porte de Coponius. On voit encore aujourd’hui le linteau monumental de cette porte. La porte a été murée sans doute entre le Vème et le IXème siècle ap. J-C. Le Waqf jordanien accepte de prêter ? donner ? cette salle qui est rendue accessible aux priantes juives.

En 1967 aussi, l’armée israélienne réussi à confisquer la clé de cette porte des Maghrébins. Située à la verticale de la salle des femmes juives. C’est la seule des neuf clés que les Israéliens possèdent, encore aujourd’hui. La porte est depuis lors utilisée pour faire entrer les visiteurs juifs, les touristes et les forces armées. Je me suis toujours demandé si cette clé était un symbole ou un réel besoin pour ouvrir cette porte. Depuis quand a-t-on besoin d’une clé pour ouvrir une porte… surtout ici. Enfin, pour faire rentrer ces touristes, on construit une immense rampe en bois. En 2004, alors qu’une « tempête de neige » éclate, quelque 12 pierres et deux mètres cubes de terre s’écroulent du talus et laissent apparaître une salle dans laquelle se trouve une abside – un mihrab – dirigée vers le sud. La salle est donc musulmane, vraisemblablement une madrasa ayyoubide. Elle est située à une quinzaine de mètres du Mur, sous le talus, donc côté parvis du mur occidental. Parallèlement, et parce que c’est à cet endroit que le prophète Muhammad y avait attaché sa jument Buraq, une minuscule salle de prière souterraine a été construite dans l’épaisseur du Mur (5.50m), grande de 25 m carrés, à l’intérieur de la porte de Barclay – la porte murée. On accède à cette mosquée Al Buraq par un escalier intérieur au mur, dont la cage est éclairée par deux fenêtres donnant directement sur la partie « féminine » du mur des lamentations.

Trop de choses imbriquées dans ces quelques mètres cubes de terre, la décision unilatérale israélienne d’entreprendre la construction d’une nouvelle rampe, de faire des fouilles, l’absence totale de communication, le montage en épingle de la part des autorités religieuses musulmanes ont participé de cet énorme problème, en plus de la sainteté du lieux … Le projet de la nouvelle passerelle a été abandonné, les fouilles entreprises par l’Israeli Antiquities Authority n’ont reçu aucun permis dans cette zone où prévaut un status quo mis en place après 1967, les trois bulldozers des premiers jours sont partis mais les excavations perdurent à la main. La rampe d’accès présente est tout à fait en état pour recevoir touristes, juifs, et forces armées… les peurs de voir détruits les vestiges archéologiques islamiques ne sont sans doute pas vraiment fondées, encore que... Mais il y a une telle exacerbation des sensibilités qu’il vaut mieux laisser tel quel et ne rien toucher, ou le moins possible. C’était l’avis de mon archéologue.

Pour ce qui est de la souveraineté, l’ensemble de l’Esplanade des mosquées / Mont du Temple est géré par le statu quo proposé par Moshe Dayan de 1967. En gros un « laissé tel quel » qu’il ne faut pas modifier. Le ministère du Waqf palestinien, dont les fonctionnaires sont payés par les Jordaniens, a l’autorité sur ce qui se passe sur l’Esplanade des mosquées et possède les clés de 8 des 9 portes d’accès. La police israélienne contrôle les accès à toutes les portes de l’Esplanade et le rabbin Shmuel Rabinovitch a autorité sur tout le secteur du mur occidental. C'est un méli-mélo pas toujours joyeux... Et c'est presque la même chose au Saint-Sépulcre entre les différentes Eglises chrétiennes. Ahlan wa sahlan à Jérusalem...

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Publié dans Jour après jour

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H
Merci pour ce billet culturel.<br /> C'est toujours un plaisir à lire ton blog.<br /> Bonne continuation.
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R
Mouais.  La 605 ne fait pas le poids face a notre chere Pitoune ! Par contre elle devrait etre bcp plus securitaire et te coutera sans doute bcp moins cher en réparations ;0)
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