Le ménage et Lazare
Deux heures de ménage en rentrant du boulot. Pourquoi pas ? A vrai dire, je me suis arrêté à l'Ecole biblique sur le chemin du retour. Il y avait encore un de ces concerts de musique classique. La fondation Edward Said ce soir. Je n'ai pu écouter qu'un Schubert pour orchestre, je ne sais déjà plus quoi. Un des trois violons sonnait faux. Je devrais revoir mes exigences en période de disette. Une pinte plus tard après le bar du Jerusalem Hostel, me voilà effectivement au ménage de ma chambre. En peignoir là, j'ai enfin les pieds sur un carrelage propre, près d'un radiateur dépoussiéré. Et qui, en plus, me chauffe. Je peux maintenant repenser à mes vacances. 1. C'est passé trop vite. 2. Je ne me suis pas reposé. 3. Je n'ai pas vu ou revu tous ceux avec qui je voulais passer du temps. 4. J'ai passé de très agréables moments. 5. J'ai marché sous la pluie de Paris, ce qui me fait prendre mon pied. Je passerai sur les détails familiaux - pas forcément brillants - et mes aventures sentimentales - sans excès. J'ai trouvé le moyen d'alterner des périodes de bonheur complet avec d'autres de tristesse et d'angoisse, évoluant d'heure en heure au gré de mes rendez-vous et de ma lecture du Syndrôme de Lazare. Non pas que le livre soit un chef-d'oeuvre, loin de là, mais il fait résonner certaines peurs, la peur de la maladie bien sûr, pour soi, pour les autres, la peur d'être seul aussi et donc la peur de ne pas faire les bons choix. De temps en temps, des mots nous prennent à la gorge, sans trop savoir pourquoi. Une parisienne se débat avec une boîte à souvenirs, laissée là pour elle par son ex-mari, mort du sida, homosexuel. Jalouse de ses mâles rivaux elle finit par céder la place et refait sa vie. Elle revient un jour, un soir d'euthanasie, au chevet de son ancien amour. Le regard du bouquin sur la maladie est brut, correspondant à une réalité ce qui prévalait sans doute dans les 90's plutôt qu'aujourd'hui. Il n'y a pour autant aucune commisération. Les auteurs sont des médecins. Le bouquin est un trop plein de références parisiennes et romaines, "culturelles". Les références à la peinture du Caravage sont sympathiques sans pour autant être géniales. La suite de lieux romains énoncés finit par faire faussement érudit. Le tout est d'ailleurs faussement érudit, une kyrielle de références artistiques jamais vraiment profondes, une suite de noms, pour faire "genre". Le style est lourd de temps en temps, preque comme le mien. Je me demande d'ailleurs comment on peut écrire un roman à deux. Bref, je me suis laissé prendre par les histoires de ces hommes amoureux et de cette fille paumée. J'ai beaucoup aimé finalement. Et demain, boulot.
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