Horror vacui
Il y a quelques jours, je parlais de ma terrible maladie, cet infâme rhume handicapant, débilitant, fatigant et qui plus est récalcitrant puisque je vis encore dans les affres (mot invariable féminin pluriel, qui a le sens d'une terrible angoisse, comme celle qui précède la mort ou bien celui de souffrances dues à la maladie ou au dénuement matériel) des glaires et autres sinus congestionnés. Bref, en parlant de ma crève, j'évoquais, je crois, l'étrange refuge qu'on trouve dans la musique des baladeurs mp3. En tous cas moi. En quelque sorte un besoin de combler les temps "morts", peur de n'avoir rien à voir, rien à penser, rien pour s'abrutir, on se nourrit de sons. Fermeture quasi hermétique, isolement, négation de l'environnement, des écouteurs sur les oreilles et vous pourriez être à Bombay, Jérusalem, Rio ou Paris, j'ai l'impression que le paysage ne nous toucherait ni plus ni moins qu'ailleurs, tout occupé à ses propres problèmes et évocations nés de cette musique et surtout attentif et volontaire à son propre abrutissement. Je lisais un édito du Monde il y a plus d'une semaine et je tombe sur la phrase idoine pour ce comportement. Nul comme je suis, je ne l'ai pas notée immédiatement et j'ai passé quelques longues minutes avant de retrouver le bon Monde et la bonne page avant-hier. Une phrase toute simple et parlante : " [...]la masse des transports en commun, où s'entassent, baladeurs aux oreilles, des individualités soumises à leurs décibels personnels [...]". Cette idée de soumission, volontaire, de besoin désormais, je l'ai trouvée bonne. Il y a trois jours, j'ai cassé un des deux écouteurs de mes headphones. Catastrophe ! En écoutant la musique d'un seul côté j'ai l'impression de ne plus marcher droit. Ma tête penche. Ce n'est pas drôle. C'est même désagréable. Et ce ne sont pas les effets du rhume, des sinus encombrés. Rien de plus beurk que d'écouter de la musique avec un seul écouteur. Pourquoi tant de choses vont-elles par paire, je vous le demande, si ce n'est pas pour être utilisée par deux ? Mais donc, après une phase de tout musique, j'avoue m'être rendu compte que marcher les oreilles à l'air libre me faisait du bien, de temps en temps. C'est comme une matinée sans clope, on respire un peu mieux. Mais chassez le naturel, il revient au galop, je finis toujours par refumer le matin... Quoi qu'on est pas né avec des écouteurs sur les oreilles, ni avec une clope au bec. Ah les drogues... Comme dirait Souchon, on nous inflige des désirs qui nous affligent. Bref, c'était la pensée, profonde s'il en est, du dimanche matin.
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