Me Against The Music

Publié le par Qalawun

Le bandeau d’Al Jazeera continue de défiler sur ma télé. Ils ont tiré sur le convoi du Premier Ministre cet après-midi. Sans blesser personne. Une vengeance pour un obscur assassinat. Des odeurs de guerre civile. Une des seules présentatrices voilées de la chaîne débite son commentaire. Elles sont rares. A vrai dire, c’est la première que je vois. C’est peut-être pour la fin de ramadan. Ramadan se termine ce week-end, clôturé par quelques jours de vacances pour l’aïd al fitr. La rue retrouvera son rythme habituel. Ce matin, à 8h30, des cars entiers de femmes vidaient leurs passagères devant la porte de Damas. Seuls les Palestiniens de plus de 45 ans sont autorisés à se rendre à Jérusalem pour les vendredis de ramadan. Des femmes habillées de broderies d’Hébron, ou des femmes de Haïfa. Quoi qu’il en soit, il fait frais aujourd’hui. Ce soir il fait froid. Inventer l’égocentrisme de la chair dit une Eve Ruggieri qui parle de B.B. C’est un reportage d’Arte sur la libération de la femme, ou quelque chose du genre. Ca devient tellement commun ce genre de reportages sur les années 60-70, la mode, la minijupe, BB, Françoise Sagan, la pilule, le tailleur YSL et autres… Ce matin c’était sur les quotas hommes-femmes dans la vie politique belge. Celles qui s’insurgent contre ces quotas, celles qui s’offusquent des cours de politique qu’elles sont obligées de suivre, celles qui s’en réjouissent. Les femmes ne doivent pas paraître idiotes martèle la « maîtresse » de cette classe de futures politiciennes. Certaines sont déjà des élues. Bref, je n’ai toujours pas compris le but du reportage de maintenant, une sorte de suite de blabla sur  les icônes féminines de ces années-là. On s’habitue très vite à être blonde dit Deneuve en vison appuyée sur un comptoir parisien. Elle dit aussi qu’il n’y a rien auquel on s’habitue plus vite que la beauté. Gens blasés. Si je devais vivre avec quelqu’un de superbe je m’habituerais à sa beauté. Je n’arrive pas à écrire avec ces intérieurs des années 1960 qui défilent à la télé et un commentaire sur l’avortement.  Et merde. La chanson qui me fout le cafard, dans le reportage là, sur Arte. Pull marine. Toujours la même émotion qui vient. Une prise de gorge. Les paroles sont de Gainsbourg. La voix d’Adjani. Noyé au fond de la piscine personne ne te voyait. Coincé au point de non retour plutôt limite de notre amour. J’avançais à reculons sans trop savoir ce qu’il se passait dans le fond. C’est plutôt over-kitsch. C’est de la pluie sur les vitres d’une voiture de nuit. Les lumières de Paris éclatées par les gouttes et moi à l’arrière, perdu sur la banquette, dans un demi sommeil. Paris qui défile. Il y a un vide entre ma mère et lui, une tête tournée vers la pluie derrière la fenêtre. L’électricité statique d’un pull-over qu’on enlève. Puis rien, un feu rouge, des dizaines de feux rouges sur les vitres. C’est la pluie. Ca fait quoi ? Vingt ans. Il y a quinze ans la B.O. de Merry Christmas, Mr. Lawrence et Forbidden Colors de David Sylvian. Me fout le cafard. Là encore, des images de pluie et de voiture. Rien d’original. Une vieille cassette qui passe dans la Jeep blanche en rentrant de Brive-l’un-peu-triste. Ma mère au volant. La nuit d’hiver, les grands arbres du Lot. Les mains collées au chauffage. Je n’ai jamais vu le film. Tous ces souvenirs qui surgissent à la gueule en entendant trois notes. Trois notes, des images, du chaud et du froid, une électricité, des choses oubliées. Qui ne l’ont jamais vraiment été. On donnerait beaucoup pour revivre ces moments-là non ? Moi oui. Ca ne veut pas dire qu’on a envie de tout recommencer, surtout pas. Mais juste pour voir, se revoir avec des gens disparus, tous. Ya lail. Ya lail. Habibi Ya lail… Tes souvenirs se voilent. On trouve ce qu’on veut dans les chansons. Vraiment, la musique j’aime. J’ai pas aimé tout seul. On m’a mis sur la voie. Un peu. Je ne dirai pas qui. C’est encore lui. J’avais une prédisposition sans doute. Je dois  écouter plusieurs heures de musique par jour. Entre mes longues heures de marche et la nuit avant de m’endormir. Je me coupe du monde, c’est une démarche d’autiste. Je la coupe pour l’appel à la prière quand c’est l’heure. J’ai du monde à la maison. Une amie du lycée que je n’avais pas vue depuis au moins quatre ans. Une amie du Pakistan, de la vallée Hunza et de Karimabad la ville généreuse. Bon anniversaire Tom. Etc.

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Publié dans Jour après jour

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F
Etrange, comment l'essentiel, c'est ce que tu ne dis pas, ce que tu effleures, ce que tu n'arrives pas à retenir, ce qui n'arrive pas non plus à te passer complètement à côté ... entre les lignes.
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