La cité de Dieu

Publié le par Qalawun

Ce ne sera pas un exposé sur le beau film du carioca Fernando Meirelles ni une exégèse de l'oeuvre de saint Augustin, tout juste quelques impressions, images et pensées que l'atmosphère de la ville trois fois sainte fait pousser. Il est 12h30, c'est l'heure de la prière, le muezzin sonne le rappel sur la ville morte aujourd'hui. C'est Kippour, l'Expiation. Interdiction de se laver, de se frotter, de manger et de boire, de porter des chaussures de cuir, de travailler, d'allumer le feu, d'avoir des rapports intimes. Tout a l'heure on fera sonner le Chofar, la Corne de bouc, et les portes du Ciel se refermeront, ne laissant plus entrer aucune demande de pardon. Depuis quelques jours les membres de la communauté juive doivent demander pardon à leur prochain, contacter ceux contre qui ils ont péché. Ils doivent demander pardon à Dieu lui-même qu'ils ont offensé (j'ai bien lu mon article wikipédia). La ville est morte, plus une voiture, plus de militaires. C'est l'heure chaude, les musulmans jeunent. Les chrétiens s'activent encore un peu. Hier dimanche, tout était calme aussi. Boutiques fermées, idéal pour une visite au Saint-Sepulcre sur lequel je suis tombé par hasard. En regardant une carte, je me rends compte que les chapelles, les grottes, les tombes sont celles du Christ, de Godefroy de Bouillon, le rocher où Abraham a voulu sacrifier son fils Isaac, la citerne où l'impératrice Hélène trouva les reliques de la vraie Croix, le rocher du Calvaire, l'emplacement où Marie s'est tenue debout lors de la descente de Croix. Et dire qu'il n'y a même pas de petits panneaux explicatifs à l'intérieur. L'Eglise est un mélange d'époques et d'influences. Entre la première élevée au début du IVème siècle, aggrandie, rasée par ce calife fatimide, qui m'est cher, Al Hakym, rebâtie ad libitum par les Croisés et leurs suivants. Le Sepulcre est une sorte d'organisme rosâtre au coeur d'un cercle sous coupole, des rangées d'arcades de pierre grises enserrent cet amas de candelabres, d'huile suintante sur le marbre rose, d'icônes et de bois moisi. La coupole de bois est soutenue par des armatures de fer. Une cellule attentante à la Chose accueille un prêtre copte qui médite sous une icône de la Mère de Dieu (c'est l'expression consacrée). Là tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté... Merci B. Impossible de savoir de quand peut dater ce reliquaire géant, l'architecture est lourde, orientale et baroque, coquilles, balustrades classiques, colonnes salomoniques, oeils-de-boeuf en oblique forant vers le saint-des-saints. J'y vois la flamme d'une bougie. Je n'ose pas prendre de photo à l'intérieur, l'appareil fait du bruit, je suis seul pourtant. Il n'y a de la place que pour deux. Je me pose sur un banc à côté d'un prêtre barbu qui lit. Il relève de temps en temps la tête pour appeler à voix forte un autre qui passe par là. Je manque de m'endormir en ne pensant à rien, l'atmosphère est lourde et agréable à la fois. Des gens sortent du Sepulcre sans jamais lui tourner le dos. Les femmes juives du Mur font pareil, sur une distance plus longue évidement. Le spectacle est assez drôle d'ailleurs. J'étais près du bac remplit de kippas en carton pour regarder le manège des priants. Tant d'hommes en noir, de kippas, d'énormes shtreimels noirs et bruns des hassidims, c'est un choc. Se balançant tous en direction du Mur. Autant je commence à connaître les différentes communautés musulmanes, autant la communauté juive restait pour moi un mystère, cantonnée aux réussites businessières parisiennes et aux restaux du boulevard de Couronnes. La réalité n'est pas si éloignée de la scène de Rabbi Jacob, la fête en moins. Je passais sur l'ancien cardo de la vieille ville il y a quelques jours. Il y avait une reconstitution d'une scène biblico-historique, je ne sais pas laquelle. Cela devait se passer dans le Temple au vu de la grande Menorah qui était posée sur scène. Un prêtre jetait un agneau (une grosse peluche) du haut d'un rocher. Les quatre hommes prêtres se sont ensuite mis à danser, exactement comme dans les aventures de rabbi jacob. Et les spectateurs sont partis. Le Cardo coupe la via dolorosa à l'étape VII du chemin de croix. En la descendant on arrive dans le quartier musulman. Un ami y habite, dans une maison mamelouke. On monte sur le toit et il me montre les patés de maisons juifs installés au coeur de la ville musulmane. Un principe de grignotage par parcelles. Une maison cerclée de barbelés, avec un mirador, au coeur de la vieille ville et de ses méandres de passerelles, de cours intérieures et de passages secrets. Les juifs qui y habitent se font escorter par des milices armées pour rentrer et sortir de chez eux. Sinon ils ont un réseau de passerelles pour passer par les toits.
L'autre jour, en sortant de la porte de Sion, je passe par un endroit où les cars de la police et de l'armée débarquent pour se répartir dans la vieille ville. Au moment où j'arrive, dix militaires lèvent leur M16 au ciel et mettent en joug une cible. Ils font minent de tirer, même si le chargeur du fusil d'assaut n'est pas là. Un inspecteur passe derrière eux pour vérifier leurs armes. C'est là que je me suis rendu compte qu'on n'avait pas l'habitude d'entendre le bruit des armes. Beaucoup de juifs sont armés ici, les militaires toujours en tenue de combat, les flics, et surtout plein de jeunes qui se trimbalent avec la kalash ou l'Uzi en bandoulière. Pression religieuse, pression militaire, c'est étrange et  fatiguant à la longue.
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Publié dans Jour après jour

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P
et ce n'est que le début ! ;-)
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