Caliente ou l'étal nocturne

Publié le par Qalawun

Ca y est, je sais pourquoi je mate ce mec depuis le début. C’est à cause de Julien, de terminale. Ce mec lui ressemble vraiment. Visage assez anguleux, nez pointu, petit collier de barbe et moustache fine, coiffé branchouille simple, c'est-à-dire avec un genre de petite crête sur le dessus et très court sur les côtés. Non, si je le mate c’est qu’il est beau. Moins morceau de viande que toutes ces reines de gym-clubs. Moins gonflé surtout. Il n’échappe pourtant pas à un regard qui évalue des critères de base. Dans un ordre établi, taille et forme des pectoraux, présence des abdominaux, dessin des bras, largeur de la taille rapportée à celle des épaules. Des détails, ceux des yeux, du « charme » - pour autant qu’on puisse voir le charme de quelqu’un en boîte – du look vestimentaire, ou l’absence de gros défaut comme un mauvais grain de beauté ou une horrible manière de bouger, viennent compléter l’analyse primaire. Pour lui, une heureuse harmonie se fait jour, fruit de toutes ces informations visuelles, toujours comparées au voisin, à soi dans la glace, au parangon de beauté masculine. Celui-là fait moins bout de viande je disais… Il danse avec celui qui semble être son mec. Formaté un peu pareil, aussi beau, moins barbu.

Au numéro 3 de la rue Royale, il est 3h. Deux heures déjà que nous sommes rentrés dans cette chaude Caliente, transportée de Madrid à Paris, du Heaven au Maxim’s. Heaven prononcé à l’espagnole, ça crache. Kheaven. C’est moins l’image d’un paradis. Sur le dance floor du Club, 10 degrés de plus que dans le couloir d’entrée. Un nuage de fumées et de sueurs chapeaute la foule de bouts de viande comme moi. N’ayez plus peur de dire : j’aime la viande ! Tous bien faits, tous torses nus, le T-shirt, le polo, le marcel coincé dans la ceinture,  frétillant en rythme sur un remix de Sorry par Juanjo Martin. Il fait chaud, les Camel vendues à 5 euros dans la boîte me poussent à ne pas m’arrêter à mon premier paquet. Pas d’alcool, trop cher, trop de monde au bar. Et puis nous sommes arrivés imbibés, déjà. Sur la ligne 1, entre Bastille et Concorde, j’ai discuté avec quelqu’un qui raccompagnait son ami. Un binoclard glauque comme une mer verte, aux cheveux gras, pas grand, pas mince. Ses yeux s’ouvraient de temps en temps entre deux sursauts du métro, comme pour dire « j’en peux plus », mais rien ne sortait. Le temps de parler Noctambus et vomi avec son ami que sa bouche se gonfle et qu’en sortent quelques grumeaux annonciateurs d’une gerbe fantastique. P&P ont juste le temps de s’éloigner que le binoclard renvoie son repas sur les deux sièges d’à côté. Il a trop bu dit son ami en rigolant. C’était drôle. Il avait vraiment une sale gueule ce pauvre type.

Rue Royale à 4 heures, un couple danse à côté de moi. Un couple d’un homme et d’une femme. Lui est petit et compense le fait qu’il soit court par une envahissante manière de danser. En fonction des critères définis plus haut, il est très bien fait. Il a un chapeau qui ressemble à ceux vendus chez H&M, blanc, à bords étroits. Il est collé sur une coupe de cheveux mi-longs qui lui descendent dans le coup. Son chapeau ne bouge pas, malgré les coups de tête, de reins, les moonwalks et autres extravagances du faux danseur pro. Là aussi le polo est suspendu à la ceinture et se trémousse. Sa dame que j’ai à peine regardée – j’essaye de m’en souvenir – est très accessoirisée. Elle arbore d’abord force breloques : colliers, chaînes au poignet, résilles et miniskirt, ceinture SM. Elle n’a pas su choisir entre chienne et salope. Pour un hétéro c’est un beau bout de viande aussi. Mais c’est surtout qu’on ne voit que lui, cet homme, dans une boîte remplie de pédés. Elle danse en prenant autant de place que lui. Mais ne reste qu’un accessoire. On monte au deuxième, on les retrouve. C’est énervant. Un couple me double aux chiottes. Alors que la queue est longue. On est beau, non ? Demande le mec devant sa copine aux lèvres pétantes de rouge carmin. Elle est plus jolie que lui, ce trop grand vulgos. Elle l’attend en se remaquillant dans le miroir art nouveau des toilettes du maxim’s. En profite pour se cambrer comme elle peut devant la file de gays qui patientent. Son mec sort, elle enchaîne. Ils ont un pathétique côté rois de la nuit puisque, en fait, ils ressemblent à Brandon et Diana, de l’île de la Tentation numéro 1. Je sors enfin des chiottes, après avoir réussi à pisser malgré le bruit, le stress de savoir qu’une file attend derrière moi et la dame pipi qui rit à gorge déployée. Je prends une capote un petit panier en osier. Aujourd’hui, 1 homosexuel sur 7 est séropositif ! Agissons pour que ça change. C’est ce qu’il y a écrit sur le kit. Je me retrouve dans la salle et imagine une loupiotte sur chaque séropo. Ça fait peur.

On revoit le beau gosse, celui du début. Ça va les garçons ? Nous demande-t-il. Après les questions d’usage sur qui est en couple avec qui, il me touche le ventre tout en faisant mine de danser derrière moi puis repart. Il est presque 5 heures. On s’en va à pied de la Caliente, via la rue de Rivoli. Je prends le second métro vers 5 h 40, les oreilles pleines des basses de la soirée. Pas d’iPod cette fois-ci pour le trajet. J’ai envie de danser, encore. Tous ces corps serrés dans une musique trop forte, c’est excitant. Tout le monde le sait.


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Publié dans Jour après jour

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B
Salut Romain!^^ C\\\'est Pierre (le copain de Pierre)!Cette soirée était très sympa j\\\'me rappelle! et puis l\\\'épisode du métro avec la gerbe en direct! que du bonheur!j\\\'espere que tu va bien! :)Bizz!!
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