Remembrance day

Publié le par Qalawun

Je feuillette un album de photos de Pierre et Gilles. Acheté pour trois pièces sur Charing cross. Ouai, un Taschen. Il n'y a qu'eux qui font des bouquins abordables. Toute la série de photos sur les saints et les saintes est délicieuse. Saint André, prie pour moi. Le problème d'un bouquin à trois pounds c'est que c'est vite fini, surtout quand il n'y a que des images.


Grosso modo dix jours ont passé depuis notre installation à Hammersmith. Dix jours avant de recevoir notre premier courrier. Deux noms sur les lettres officielles. Le mien. Le sien. Vice versa. La taxe municipale, les papiers de l'agence immobilière. Voilà qui nous marque bien le coup quand deux noms sont sur une facture ou un relevé. Nous habitons dans une ancienne maison découpée en plusieurs appartements: le courrier est déposé à l'entrée et quelqu'un – qui ? – se charge de répartir les lettres dans des petits casiers. Ayant fait connaissance de notre voisine française la semaine dernière, je sais qu'elle sait que nous sommes un couple d'hommes. Mais les autres. Ils verront bien par le courrier. Je suis sûr que tout le monde jette un oeil sur ce que les autres reçoivent. C'est un peu comme Melrose Place. Enfin, sans la piscine, sans les palmiers. Sans rien d'ailleurs. Bref.


Aujourd'hui nous avons eu deux minutes de silence pour les soldats morts, principalement ceux de 14-18. Ici, tout le monde a son poppy agraffé au revers de son veston. C'est le poppy appeal. Le poppy c'est un coquelicot en plastique vendu partout en souvenir des soldats morts au combat. C'est un véritable phénomène national. Tous les présentateurs télé, les jeunes, les vieux, les issus-de-l'immigration, tout le monde a son poppy. L'argent récolté va à la Royal British Legion. Jamais nous ne verrions ça en France pour les soldats morts aux guerres mondiales, en Indochine, en Algérie, en Afghanistan. Bon, pour les guerres coloniales on peut comprendre que les commémorations soient délicates. Mais pour les WW1 et WW2, on ne s'est jamais vraiment approprié les commémorations au point de porter un signe, un pin's, un badge, une fleur, etc., nous les jeunes. En Angleterre, tout le monde a vraiment son coquelicot. Je lisais sur lemonde.fr tout à l'heure un témoignage titré « la prolifération des commémorations dilue la mémoire ». C'est un peu dur à entendre. On ne commémore pas l'abolition de l'esclavage comme on pense à une vulgaire fête des pères. Les commémorations ont toutes leurs raisons d'être et correspondent à différentes mémoires, plus ou moins familières mais tout aussi dignes de respect. Non ? Souvenons-nous des déportés homosexuels le dernier dimanche de chaque avril.


C'est étrange, le 11 novembre est un jour férié en France que personne ne semble plus vraiment remarquer, alors qu'en Angleterre tout le monde bosse et connaît la signification particulière du Remembrance Day. Oui, tout le monde travaille et s'arrête pour deux minutes de silence à 11 heures. Bon, ok, je vis à Londres et bosse dans le centre de la capitale, je n'ai jamais mis les pieds dans la campagne anglaise et tout y est peut-être différent. Dans ma boîte en tous cas, tout le monde a été informé par mail que deux minutes de silence seraient observées à 11 heures. Les principales célébrations ont lieu le dimanche précédant le 11 novembre. La reine a déposé se gerbe sur le monument aux morts de Whitehall. C'était retransmis à la télé. Entre deux pluies.


En France, je me dis qu'on est sans doute plus sensible au 11 novembre et au 8 mai quand on habite en province ou qu'on en viens. La Charente est couverte de monuments aux morts. Chaque place du village. Puis les histoires familiales dans les villages ont toutes à voir avec ces guerres. Le journal du poilu. Mes arrières grands-pères ont fait la Grande Guerre. La zone de démarcation qui passait pas loin de la Tâche. Le chef local de la milice. Le bourgeois collabo retrouvé plombé de balles à l'armistice. Le grand oncle inéligible pour ne pas s'être opposé aux pleins pouvoirs de Pétain. Etc. Nos histoires familiales sont évidement pleines de ces guerres. Mais alors, qu'est-ce qu'on oublie vite. Quoi qu'il en soit, je me demande si ce type de mouvement national, patriotique, populaire, transversal n'est pas un phénomène typiquement anglo-saxon. Un mélange d'altruisme, de show off et de suivisme.


Ma collègue française a charrié un collègue anglais sur son poppy. Il l'a très mal pris en claironnant que les Anglais avaient sauvé les Français. Vrai ou pas vrai, ça fait s'interroger sur la dose de patriotisme qu'il y a dans cette célébration. Bref. Tout ça est très compliqué et je n'ai ni l'envie ni les moyens d'en discuter maintenant. Et dire qu'un missile américain s'appelle le Patriot.

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Publié dans Jour après jour

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