A la marina d'Hertzilia

Publié le par Qalawun

C'est (re)parti. Tasse de café, reportage d'Arte sur une styliste allemande.
Hier soir, sur les quais de la marina d'Hertzilia. Un vieil homme est assis près du portique détecteur de métaux, seul accès au port ménagé dans les barrières qui ferment l'endroit. Il est vieux et travaille encore. J'ouvre mon sac qu'il fouille d'un oeil distrait. On se dit, affectés, que c'est triste de ne pas avoir de retraite.

On marche près du bord, à l'entrée des pontons. Il y a des gros mulets qui filent sous les bateaux. Les mêmes voiliers que l'on peut voir en France, Bénéteau, blabla, et autres constructeurs connus. Quelques petits yachts. Hertzilia est une banlieue un peu chic du nord de Tel Aviv. Il n'y a que des familles ce soir. Samedi soir. Je cherche quelques beaux mecs du regard dans la foule, l'endroit est plein de poussettes et de grands frères, de mamies, de jeunes couples, mais rien d'extraordinaire à regarder dans la place. Des gens mal habillés, des Russes,... On s'engouffre dans le centre commercial qui, ce n'est pas étonnant, ressemble à tous les autres. La galerie marchande est un petit monde grouillant. On regarde deux trois trucs mais ressortons déçus, par l'arrière du mall. Des énormes souffleuses recrachent sur notre passage l'air chaud de la climatisation. Tempête chaude et désagréable. Il faut manger et une amie nous a conseillé un restaurant mi-japonais mi-tout, le tout étant la spécialité de ces restaurants internationaux, "globy" : fajitas, hamburger, steack au poivre, nigiri et maki ou gnocchi. Comme tous les malls se ressemblent, tous les restaus se ressemblent. On peut donc faire le choix qu'on veut. Sortis par l'arrière du mall, il faut à nouveau passer devant le vieux vigile endormi pour accéder à nouveau à la marina et ses restaurants. Il ne me regarde pas plus qu'avant. Je pourrais me jeter dans la foule avec mon sac bourré d'explosif. Le conditionnel permet d'élaborer plein de plans machiavéliques.

Oishi oishi, au premier étage. Teinte bleutée et Desireless. Voyage voyage improbable dans cette grande caféteria sous-éclairée et standardisée façon hype. Une Ethiopienne merveilleusement belle nous installe. Une jeune et déjà acariâtre sabra prend la suite. La bouffe n'est pas vraiment bonne, pas vraiment mauvaise, trop salée. Du choux aigre-doux en guise de pickels apéritifs, une bière déprimée, sans bulle, et la vue sur la marina. Au moins, les bateaux Bénéteau, la grande digue et les familles. Des centaines de familles. Bêtement, je dis à mon Israélien : "Tous ces gens mangent, fuckent, meurent, chient, votent, pensent". A peu près dans cet ordre-là, et en anglais. Evidemment. Il m'arrive parfois de constater des choses banales mais qui me donnent l'impression d'avoir redécouvert le monde.

Moi qui suis d'habitude tout amour, hier soir, j'eus envie de tout haïr, de mon premier étage. Heureusement, c'est vite passé. Et puis j'aime mon Israélien. On finit le repas et je laisse trop de pourboire. Bien plus que les 12% réglementaires. 20 shekels pour une conne mal aimable ; mais je n'ai pas de monnaie et n'ai pas envie d'attendre. Je retrouve la voiture et la douce chaleur emmagasinée au soleil de l'après-midi. L'odeur familière, le cocon, le concerto pour deux pianos de Poulenc. On prend la route de Jérusalem, il fait une nuit d'autoroute bouchonnée, chaude. Les lumières rouges des culs de voitures à touche-touche, la fenêtre ouverte. Je manque un bas côté. Des jeunes religieux à la station essence Paz me demandent en hébreu de les monter à Jérusalem. Je leur dis ne pas comprendre. Que ferais-je de deux ultra-orthodoxes à l'arrière de ma BM. Ils ont bien vu, à la façon dont je suis habillé, qu'on n'a rien à voir ensemble. La route est pleine des familles qui se quittent après shabbat. Le check-point de la 443 est plein, sans doute un conducteur douteux arrêté par les garde-frontière. Puis Jérusalem et sa grande synagogue. Ses collines trop construites qui finiront bien par s'écrouler sous leur poids. Il y a une lune splendide et des nuages. Je me dis que je ne connais encore rien de cet endroit.


Dimanche. Je passe une partie de l'après-midi au centre commercial de Mamilla... Heureusement, en rentrant, je m'adonne à une activité autrement plus saine. Je lave ma voiture.

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Publié dans Jour après jour

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P
En te lisant, je me disais qu'il était peut-être temps de partir... Tu dénonces toujours les contrôles excessifs, mais dès qu'un garde surveille de manière trop légère, tu penses aussitôt que quelqu'un pourrait passer avec une ceinture et une bombe... Ce serait pas un peu la parano du pays qui t'aurait grignoté?... En tout cas, je pense que c'est l'état d'esprit local, qui explique aussi que les contrôles soient aussi durs, partout...
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