Conduire nu-pieds

Publié le par Qalawun

Tags: Tel Aviv Pourim

Conduire nu-pieds, c'est le début de l'été. Le week-end de Pâques était ensoleillé. De quoi faire baver n'importe quel parisien, 30 degrés, pas un nuage. Conduire pieds nus parce que conduire en tongs c'est quand même pas pratique. Ahh, la douce chaleur du littoral, marcher dans les rues la nuit tombée, sentir les tropiques et écouter les musiques des gens qui laissent leurs fenêtres ouvertes. On entend les conversations des familles dans ces intérieurs dorés, les bruits des couverts qu'on rempile à la fin du repas. Une moto passe. Vers Ibn Gvirol, à Tel Aviv, dans ces petites rues, de grands arbres sombres nous isolent du monde extérieur. L'humidité monte du sol en sentant. C'est comme un soir d'été. Je suis en manches courtes et en short. Ce soir là, c'était le pied.

On a mangé à La Brasserie, un restau vraiment bon près du kikar Rabin. J'y assouvis rageusement mon envie soudaine de harengs pommes de terre. Petit vin blanc et steack au poivre vraiment très poivré vert. Délicieux, le sorbet à la framboise et les regards doux du serveur nous conseillant le T-Bone d'un kilo, "idéalement fait pour vous deux". En disaient long sur la nature de son T-Bone. On rentre en s'arrêtant chez la lesbienne lipstick, décidément langoureuse à la faveur de cette nuit de printemps chaud. Elle ne fermera pas totalement la porte des toilettes en allant faire pipi. C'est pas commun. Un gecko sur le mur de la maison est sorti. Un couple est assis dans cette rue d'un quartier du sud de Tel Aviv. Bat Yam, la fille de la mer, coupe-gorge et repaires de brigands russes et de junkies. J'écoute ce qu'on me raconte sans trop y croire, les histoires de malfrats, de braquages et de dope. Ah, la violence urbaine et les passions internationales qu'elle déchaîne. Ce jour là, c'était l'anniversaire de mon Israélien. L'année dernière je lui avais souhaité du bout d'un coup de téléphone. J'étais dans la vieille ville et on ne s'était pas vus. Un an après, les choses ont changées.

La veille ou l'avant-veille, c'était Pourim. La fête festive juive. Pour une fois pas une de ces fêtes juives
tristes. A Pourim, cette année, comme depuis l'histoire d'Haman, de Mardochée et d'Esther il y a des millénaires, on boit. Un reportage d'Al Jazeera english montrait les enfants des colons d'Hébron, 10, 12 ans à peine, se saouler au vin rouge, une bouteille à la main. Ces gens ont décidément tous les vices. A Pourim, les grands streimels de haredims avinés sentent la picole, l'ultra-orthodoxe se traîne dans la rue. A Pourim, il y a la gigantesque soirée de la fac des Beaux Arts, Betsalel. Cette année, c'était dans une sorte de parking souterrain, près de la Knesset. Plusieurs milliers de personnes rassemblées dans l'immense espace qui ne semblait toujours un peu vide. Tout le monde déguisé, moi en traditionnel gay en cuir à moustache, d'autres en cowboys, en noir, en rousse et en femmes et en joueurs de foot. C'était bien mais pas top. L'année dernière, pour Pourim, j'avais terminé avec un garçon qui n'était pas le mien. Un an après, les choses ont changées.

Aujourd'hui, j'ai postulé. Pos-tu-lé. Rien de beau dans ce mot. Pour deux postes dans la région. Un à Jérusalem, l'autre à Gaza. Entre nous, j'ai peu de chances d'être pris mais puisqu'il faut postuler pour toper des postes alors... L'important, c'est d'essayer. En espérant que, dans un an, les choses auront changées.
Publicité

Publié dans Jour après jour

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
M'en fous des jaloux de parisiens,  j'habite plus Paris !Et de toute façon on était en Italie pour Pâques, na !Merci pour ce message, merci pour ce blog de manière générale surtout.
Répondre
F
C'est un joli billet, il est rond, et positif... un peu comme une ballade ou comme une jolie chanson!
Répondre