Joyeux Noël Félix !

Publié le par Qalawun

Un mauvais téléfilm sur TV5, le dos cassé par trop de macacos à la capoeira, il est déjà minuit. Je mange les restes du repas de Noël, saumon, fromage français, rôti de boeuf et gratin dauphinois. Ca peut ne pas paraître le Pérou, mais pour ici c'est bien. Surtout que c'est moi qui ai cuisiné. On était treize à table d'ailleurs. Comme les treize desserts. Après tout, pourquoi cette angoisse systématique du nombre 13 à table. Jésus naissait à quelques kilomètres de chez moi, une bonne raison de faire la fête à treize. 

Tiens, un reportage sur la vigogne. 5.000 mètres de tissu produits chaque année au Pérou seulement. De 400 à 1.200 USD le mètre de laine. Une  fibre de 10 microns alors que la fibre de cachemire est "épaisse" de 17 microns. Qu'il est bon de regarder la télé pour découvrir le destin tourmenté de la vigogne. 

Pas vraiment envie d'écrire. J'ai perdu tout ce que je voulais dire. L'ennui de raconter encore une fois une soirée terminée sur les pistes de danse du Layla, après être rentré gratuitement par le jeu des contacts des uns et des autres. Couché à 4 heures. Je dors, je dors, je dors. Je fais la sieste en amoureux. Je regarde un thriller en amoureux. Je m'endors en amoureux et me réveille avec un cauchemard en pleine nuit. Poursuivi par un tueur, un monstre, je dois m'échapper. Rien de très original mais très angoissant. Je me rendors en décidant d'affronter mes peurs. Je me colle à lui. Je rêve encore, d'un mec que j'aime bien, un truc tendre. Je rêve ensuite de mon ancien amant à la bague entre deux vagues du lac de Tibériade. On n'est pas seuls. Qui sont les autres ? Je me réveille encore et veux retourner dans le rêve. Mon réveil, ce putain de réveil. Il est 7h30.

Retour au boulot, quelques trucs à traiter après les cinq jours de week end. Mes seules vacances depuis plus de trois mois. Il faut qu'ING Direct arrête de montrer des fesses pour vendre ses prêts à taux bas. J'écris en écoutant la musique de la Pacotek, une sorte de groupement de dj israéliens organisateurs de soirées. De la techno minimaliste. La prochaine est lundi 31 à Jérusalem. Je pense ne pas la louper.

Encore une fois un flagrant délit de harcèlement moral à l'aéroport Ben Gurion. Plus de deux heures d'interrogatoire, questions répétées, sacs ouverts dont le contenu est étalé à la vue de tous, humiliation verbale. Une grande diva - le chef de la zone de contrôle A du Terminal 3 - règne sur une cohorte de jeunes filles et de jeunes gens, peut-être étudiants, peut-être jeunes professionnels de la sécurité, qui appliquent à la lettre ses ordres. Il est immense et maigre, dépasse tout le monde d'une tête. Maniéré à outrance, il joue de son personnage. On a l'impression d'être au théâtre. Une pièce malsaine et bien réelle. J'observe la scène derrière le cordon de sécurité situé à dix mètres de la zone de fouilles. La jeune fille interrogée n'en peut plus de la ritournelle de questions. Il se met à crier. Il sait que je suis là mais ne me regardera pas pendant l'heure qu'il aura passé à tourner autour de ses gens. Il faudra que je hurle un slikha dans l'aéroport déserté à cette heure-là pour qu'il s'approche et que je lui dise tout ce que je pense de ses méthodes. Humiliantes, honteuses, injustifiées et inacceptables. Je prends son nom. Il prend mon numéro d'ID. J'accommpagne mon amie à l'avion, une jeune fille du cru nous colle aux semelles pour "raison sécuritaire". Elle sourit, presque compatissante, en disant ça. Je lui dis que rien ne la force à sourire et à se montrer agréable. Qu'après tout le manège auquel elle a participé, son sourire est une insulte. "Ce sont les règles" nous dit-elle. J'en ai marre de ce pays qui se cache derrière ses règles au détriment systématique des humains. Dura lex sed lex. C'est ça. A peine le temps de s'embrasser qu'elle est pressée vers la zone interdite aux non-voyageurs. Alors qu'il reste une heure avant le décollage. Frustration supplémentaire.

Je décide d'aller me renseigner pour porter plainte au bureau de police de l'aéroport. Il est plus de minuit et le bureau est fermé. Il faut se rendre au Terminal 1. Je prends le numéro du bureau des plaintes et réclamations. Je vais faire plus. Il ne faut pas laisser passer ces abus. Il ne faut laisser passer aucun abus. Ces fouilles à Ben Gurion n'ont rien qu'exigent les précautions sécuritaires. Elles sont destinées enlever toute envie à certaines catégories de gens, dont les journalistes freelance sont une bonne illustration, de mettre ou de remettre les pieds en Israël ou bien de travailler.

Toute personne qui pourrait avoir un regard critique sur Israël et dont la situation sort des sentiers classiques - reprenons l'exemple du freelance - est amenée à rencontrer un certain nombre d'entraves au plein exercice de sa fonction. Israël fait tout pour faire comprendre aux journalistes qu'ils sont, dans la plupart des cas, persona non grata. Et c'est révoltant.
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Publié dans Jour après jour

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... et encore, toutes les jeunes filles harcelées n'ont pas la chance d'avoir un ami-chéri diplomate qui reste jusqu'au bout. Merci.<br /> Engagez-vous qu'y disaient! pensez-y à l'heure du café en lisant les reportages des freelance à Islamabad, Libreville, Quito ou Ramallah, chercheurs d'information comme d'autres sont des chercheurs d'or: épuisés mais toujours mus par la foi après chaque passage au tamis.
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