Face à face

Publié le par Qalawun

Horrible. Pas de temps. Juste de quoi travailler, faire du sport et faire la fête. Mes temps pour moi se réduisent comme une peau de chagrin. Une expression bien mystérieuse d'ailleurs. Niveau boulot, c'est carton plein. Une visite au plus haut de l'Etat il y a une semaine, une conférence internationale à suivre après-demain et une autre dans 3 semaines. Le conflit israélo-palestinien fait bosser la moitié de Jérusalem on dirait. J'aime ces moments où l'on marche presque de conserve avec les grandes avancées de l'Histoire. Pour ce qui est d'Annapolis, parlons plutôt de ses grands échecs. Mais bon, passons.

Il y a cinq jours (voir la photo du billet du dessous), j'ai dû me rendre au pont Allenby. C'est un des points de passage avec la Jordanie. Seuls les Palestiniens, les diplomates et les gens munis d'un visa jordanien peuvent emprunter ce pont qui est le chemin le plus court entre Amman et Jérusalem. Bref, je me fais conduire et mon chauffeur décide de traverser la ville de Jéricho. Il ne connait visiblement pas la route qui mène directement au pont, pourtant situé sur la route principale de la vallée du Jourdain. Jéricho c'est en zone A des Territoires Palestiniens. Cela veut dire que, si la ville est sous complète administration palestinienne - administrative et sécuritaire -, ses entrées sont, elles, farouchement gardées et controlées par l'armée israélienne. Nous voilà donc à l'entrée de Jéricho. Pas de problème pour passer le barrage israélien et rentrer dans la ville. Traversée de la ville, bout d'Afrique perdu là sur les rives du Jourdain. Jéricho est tropicale, il y fait 10 degrés de plus qu'à Jérusalem. Toujours. Mon chauffeur, en plus d'être un lambin malhabile, me raconte ses expériences adultères de ses deux dernières années. Dont je me fous.

On se dirige vers la sortie de la ville. J'aperçois de loin les barbelés et les longues grilles jaunes du check point de sortie. Jéricho est quasimment ceinturée de barbelés. La barrière est baissée. On s'arrête devant. Au milieu de la zone tampon, un taxi se fait inspecter. Ca dure, ça dure. Je vois une militaire derrière une vitre blindée qui interroge le chauffeur de taxi. Je descends de la voiture. Alors qu'un Palestinien vient d'arriver à côté de moi, la barrière s'ouvre. Je décide de passer à pied pour aller voir. Mon chauffeur a la brillante idée de me suivre en voiture. Il franchit la barrière. Je fais 5 mètres quand je vois la soldate qui s'agite dans sa cage de verre blindé. Elle saisit son micro et se met à vociférer avec le seul mot d'arabe que connaissent tous les militaires israéliens : "Barra, Barra, barra !" Dégage, dégage ! Je lui montre mes papiers. Elle s'en fout et continue de me gueuler dessus comme un putois à un chien. Je lui rétorque qu'elle doit me parler en anglais, plus calmement. C'est une furie. Le chauffeur de taxi inspecté me traduit en anglais qu'il faut que je fasse marche arrière illico presto. Je lui réponds en arabe que je comprends très bien mais que j'attends qu'elle me parle comme à un être humain.

A ma gauche un mirador, à ma droite d'autres barraquements d'où sortent vite deux autres soldats, l'arme à la main. Ils s'approchent de moi. Je leur explique le cas, sous la menace à peine dissimulée des canons de leurs M16. La soldate, elle, me fusille littéralement du regard. Je repasse la barrière dans l'autre sens. Mon chauffeur avait déjà reculé. Je reste à 20 centimètres de la barrière qui redescend. Debout. Je regarde les 2 militaires qui vont voir leur collègue hystérique. 5 minutes s'écoulent que je passe, droit comme un i, face à la barrière, les bras croisés, à regarder les allées et venues des soldats. Les deux mêmes s'approchent. Ils me demandent ce que je fous là et me disent que c'est un check point qui ne laisse passer que les taxis et les bus. Je leur dis qu'ils n'ont pas à parler comme ils l'ont fait aux personnes qui passent ici. Je lui dis que nous ne sommes pas des chiens. Là, un des deux soldats commence à s'énerver. Un brun barbu auquel je casserais pourtant bien les pattes arrières. Il me dit que c'est pour la sécurité, notre sécurité. Elle a bon dos leur sécurité. Je lui dis que je connais très bien le genre de sécurité qu'ils appliquent. Là, il s'énerve très fort : "It's a military area here !". C'est une zone militaire parce que ton pays a décidé d'en occuper un autre, ducon. Ils n'ont pas d'humour aujourd'hui. Retranchés qu'ils sont dans leur no man's land, armés jusqu'aux dents et 20 ans à peine.
Je remonte en voiture, des boums boums dans la poitrine d'avoir un peu poussé la confrontation. Jéricho retraversée, on arrive à Allenby avec 45 minutes de retard. J'aurais presque vécu le manu militari.


Je viens de voir que Face 2 Face est arrivé à Paris. Ces portraits de Palestiniens et d'Israéliens en noir et blanc, photographiés en pleine grimace, sont censés montrer ô combien ces hommes sont proches et qu'il suffirait de peu pour briser les barrières. Après avoir été placardés sur le Mur de séparation, près du check point 300 menant à Bethléem, ils sont affichés sur un mur de la place Igor Stravinski, à Beaubourg. J'aime beaucoup les photos. Mais le discours sur le site du projet est un peu classique. Le côté frères jumeaux élevés dans deux familles différentes m'énerve profondément. Ces sociétés sont aux antipodes l'une de l'autre, qu'on se le dise ! Qu'on les rapproche oui, mais qu'on ne croie pas qu'il existe une solution simple. 
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Publié dans Jour après jour

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P
pour une fois que je peux ramener ma science: la peau de chagrin est un roman de balzac: un homme qui a tout perdu trouve chez un antiquaire une peau qui a le pouvoir d'exercer tous les souhaits et les désirs, mais chacun d'eux entraîne un rétrécissement de la peau de chagrin, qui à sa disparition entraîne la mort de son propriétaire. L'homme vit alors une vie de richesses et d'opulence, et quand enfin il se rend compte que la peau en est réduite à quelques centimètres, il ne peut réprimer un dernier désir, celui de l'amour... la peau disparaît, et l'homme avec elle...
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P
C'était donc ça ces horreurs qu'on peut voir quand on arrive à l'hôtel de ville !
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