Pardon, pardon

Publié le par Qalawun

Ouhlala, hier soir, grosse soirée. J'atteins péniblement le quartier de mon Israélien en voiture avant de vomir tout l'alcool ingurgité, par la portière passager. Il est 23h30. Je ne sais pas qui je dois accuser ? Les pilules pour le mal de tête, le ventre vide de la journée, la fatigue, la première grosse soirée de l'année. Une chose est sûre, j'ai conduit. Il prend le volant et me ramène à la maison où je m'endors dans une sorte de semi délire, à vouloir envoyer des textos à la terre entière. Il me retire mon portable.

Quelques heures avant, on se promenait dans les rues désertées de Jérusalem, vidées par le jeûne de Kippour. Kippour est un shabbat que tout le monde suit, augmenté d'un jeûne complet pendant 24 heures et quelque. Ni boisson, ni nourriture. Ni plein d'autres choses. Jérusalem était donc vide, avec interdiction quasi formelle d'utiliser sa voiture dans les quartiers juifs de la ville. Rue de Jaffa, un couple de photographes se couche sur la route pour prendre quelques clichés. Des touristes français font du vélo. Une voiture de police passe. On se croirait dans la 4ème dimension. Une Jérusalem-Ouest morte.


Jeudi soir, le Kotel - Mur des Lamentations. Il parait qu'on a 10 jours pour venir demander pardon au Mur avant le jour de Kippour. C'est les slikhot - pluriel de slika - je suis désolé - que nous aurons tous reconnu après avoir longuement écouté notre papesse Madonna. On débarque sur l'esplanade du mur pour ce dernier jour des slikhot, à 1 heure du matin. La vieille ville est prise d'assaut par des milliers de voitures qui cherchent à se garer. Elles déversent leurs cohortes de passagers qui s'empressent de monter par toutes les portes de la ville, Sion, Jaffa, Neuve, Détritus. Même par les portes du quartier musulman, portes de Damas et d'Hérode. Toute la vieille ville est prise d'assaut mais c'est une sorte de fête géante. Loin de toute atmosphère expiatoire, loin de toute religiosité, les rues de la vieille ville résonnent des bruits de familles nombreuses, de groupes de potes et de touristes.

Mur-Kippour-Kotel.jpg
Dix jours que cela dure, même si la dernière nuit est la plus courrue. Les religieux ultra-orthodoxes vont au Mur pendant les premiers jours, eux. C'est pour cela qu'on en voit assez peu ce soir-là. On traverse le quartier juif pour arriver par le tunnel, près de la porte de la Chaîne. Là, sous le tunnel, des gens fument, mangent et rigolent. A peine sorti des pierres, je vois l'immense foule devant moi. Je suis incapable de dire combien de gens sont là, avec leur kippot, leurs perruques, leurs appareils photos. 5.000, 10.000, sans doute plus. Je monte sur un escalier pour m'apercevoir que la situation est encore pire du côté de la porte des Détritus. C'est l'accès le plus large à l'esplanade du Mur et il y a un parking pas loin. Tous les regards sont fixés vers le Mur alors qu'un rabbin prie au micro. Et les dômes d'or et de zinc du Rocher et d'Al Aqsa, éclairés, surplombent l'immense rassemblement. Le site est encore en partie bâché en raison des fouilles entreprises par l'Israeli Antiquities Authority, au pied de la porte des Maghrébins. Le colossal linteau de la porte enfouie de Barclay a été avalé par la horde de femmes cloîtrées dans la partie qui leur est réservée.
Plus on s'approche du Mur, plus la foule vibre, se condense et s'amasse. Demain, ces gens jeûneront et laisseront leurs voitures au parking. Hors de question de venir prendre des photos au Kotel un jour de Kippour.

Dome-Kotel-Slikhot-Kippour.jpg
C'était jeudi, dans la nuit. Vendredi, je fume une cigarette vers treize heures. J'entends du bruit, des gens se bagarrent. Des musulmans qui sortent de la prière. C'est Ramadan et le jeûne aiguise les susceptibilités. Le ton monte, un policier qui intervient est pris à partie. En 3 minutes, quatre corps de police différents sont sur les lieux : police, forces spéciales de la police, police des garde-frontières, agents en civil. Le policier pris à partie par les trois ou quatre mecs de Beit Safafa se venge en pétant une à une les vitres de la voiture d'un d'entre eux, avec sa matraque. En toute impunité. Les hommes à terre sont embarqués manu militari - inutile de le préciser. Du sang. Des coups. La Magen David Adom est sur place - la Croix rouge locale. Aujourd'hui dans The Bubble, la grosse bulle, Tel Aviv. Coupé du reste du monde dans une eau de mer encore chaude.


Arrestation.jpg
Publicité

Publié dans Jour après jour

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
J'ai un peu de retard dans la lecture de ton site... Mais extrêmement impressionnant cette foule devant le Mur des lamentations... Ceci dit... A défaut de trouver "Où est Charlie?", est-ce que tu as vu qu'il y avait un mec sans kippa? :p
Répondre
P
Je me demande ce qu'on trouve sur l'Etat d'Israel sur le site d'Amnesty International... Je vais aller voir.Au fait, c'est toi qui a pris les photos de l'arrestation "musclée" ? (doux euphémisme). On ne t'a rien dit ?
Répondre
P
Je corrige : notre papesse Esther.J'espère d'ailleurs que notre kabbaliste à nichons ce sera déplacée personnellement au Mur cette année pour y faire ses slikoth !!!Je trouve qu'il y a du relâchement ! Elle a quand même mieux à faire qu'à lustrer la grosse queue (kasher ?) de son Guy Richie de mari, non mais !
Répondre