13
J'ai fait un tour chez les Treize. Les gens des Bouches-du-Rhône. Le voyage commence par ma voisine de TGV, là dans la salle haute du duplex, à 8h20 ce lundi matin. D'abord cette dame de 50 ans, elle sent fort. Un parfum lourd que les mauvais nez pourraient prendre pour quelque chose de cheap alors que ça doit bien être du Cacharel ou du Rochas ou peut-être même Belong Sparkling Edition, le parfum de Céline Dion. Elle sent bien plus fort que la cigarette que je viens de fumer. Je m'assoie donc et note discretement sur mon Monde les petits détails qui la différencient des dames que je vois habituellement.
Elle a des Birkenstock. Des Birkenstock à sangle recouverte de paillettes noires. Ses pieds, bien confortables dans la sandale teutone s'achèvent chacun, comme tous les pieds, par cinq doigts de pied assez courts. Chaque ongle des orteils est peint de vernis rose. Des tous petits ongles un peu cornus mais dont la couleur force à penser que cette dame veut "faire jeune". La fraîche et estivale couleur choisie pour les ongles est reprise sur les fines lèvres de ma voisine, un rouge à lèvre rose accentuant une moue pincée qu'elle prend depuis que j'ai sorti Le Monde et Pref. Bref, passés les pieds, je remonte par un pantacourt en jean qui semble près du corps, serré par une grosse ceinture de cuir avec une boucle qui n'en finit plus d'être grande. Une sorte de débardeur un peu lâche laisse voir un départ de poitrine aujourd'hui tombante mais qui, autrefois, avait bien dû lever tous les Aldo du Prophète. Les ridules ont déjà largement entamé son décolleté tanné par le soleil des calanques.
C'est là que je m'aperçois de sa coupe de cheveux qui, paradoxalement, ne m'étonne pas. C'est celle d'une dame du Sud qui a passé l'âge, d'une jeune grand mère qui souhaite paraître dynamique mais ne veut plus s'encombrer de ses cheveux longs d'antan. C'est une femme libérée. Sans doute libérée de bien trop de choses, mais passons. Cette dame, comme beaucoup d'autres que je verrai pendant mes deux jours dans le 13, est coiffée en brosse. La brosse, c'est dynamique, on le sait tous. Mais porter une brosse avec élegance relève de la gageure et ça ne va pas à tout le monde. La brosse n'allait qu'à Lionel, mon prof d'Histoire-Géo de Lycée. Ce mec était indécoiffable. Comme elle. Toujours dans un souci poussé d'esthétique, la brosse est blonde platine, péroxydée. Ahh le péroxyde. Lourdes boucles créoles en or qui pendent à ses oreilles et oscillent avec les accélérations du train. Lourdes bagues d'or serti d'aigues marines et de topazes. De jolies pierres bleues et jaunes mais là... Ca doit être tout cet or à ses doigts. Je n'aime pas. Elle a quand même des lunettes avec une monture très fine qui "font très jeune", qu'on voit à peine car, elle, elle choisit des montures modernes. J'imagine aussi qu'elle a dû suivre les conseils de son opticien Afflelou du cours Belsunce qu'elle aime bien et qui lui a fourgué une autre paire d'énormes solaires, "parce qu'il faut quand même protéger vos yeux". On terminera par la besace en cuir frangé dans lequelle Mado, Noëlle, Andrée ou Yvette a rangé son livre de sudoku, son rouge à lèvre rose et son petit miroir pour se remaquiller avant d'arriver à Marseille-Saint-Charles. Heureusement, alors qu'elle dort, elle ne ronfle pas.
J'ai beaucoup aimé Marseille cette fois-ci après m'être pas mal promené dans la ville. Ils ont posé des vaches en résine peinte un peu partout dans la ville, ce qui "fait rentrer l'art contemporain dans la contemporanéité".

La ville est moins sale qu'on ne me l'avait laissé croire. Si ce n'est les nombreuses déjections canines qui constellent les trottoirs. Si bien qu'on devrait d'ailleurs les appeler crottoir. Un mistral à décorner les vaches de Marseille & Cow me dissuade de monter à la Bonne mère. Je croise une camionette "du droit" engagée pour la lutte au côté des Palestiniens, taggée de Non à l'occupation, Non à la colonisation. Je croise, sur le cours d'Estinenne d'Orves, une réplique de marbre du Milon de Crotone, du sculpteur Puget.

C'est vraiment celle que j'aime le moins des trois grandes sculptures présentées au Louvre. A voir absolument Alexandre et Diogène. Je rentre après ces deux jours en famille, heureux d'être passé sous la Loire.
Elle a des Birkenstock. Des Birkenstock à sangle recouverte de paillettes noires. Ses pieds, bien confortables dans la sandale teutone s'achèvent chacun, comme tous les pieds, par cinq doigts de pied assez courts. Chaque ongle des orteils est peint de vernis rose. Des tous petits ongles un peu cornus mais dont la couleur force à penser que cette dame veut "faire jeune". La fraîche et estivale couleur choisie pour les ongles est reprise sur les fines lèvres de ma voisine, un rouge à lèvre rose accentuant une moue pincée qu'elle prend depuis que j'ai sorti Le Monde et Pref. Bref, passés les pieds, je remonte par un pantacourt en jean qui semble près du corps, serré par une grosse ceinture de cuir avec une boucle qui n'en finit plus d'être grande. Une sorte de débardeur un peu lâche laisse voir un départ de poitrine aujourd'hui tombante mais qui, autrefois, avait bien dû lever tous les Aldo du Prophète. Les ridules ont déjà largement entamé son décolleté tanné par le soleil des calanques.
C'est là que je m'aperçois de sa coupe de cheveux qui, paradoxalement, ne m'étonne pas. C'est celle d'une dame du Sud qui a passé l'âge, d'une jeune grand mère qui souhaite paraître dynamique mais ne veut plus s'encombrer de ses cheveux longs d'antan. C'est une femme libérée. Sans doute libérée de bien trop de choses, mais passons. Cette dame, comme beaucoup d'autres que je verrai pendant mes deux jours dans le 13, est coiffée en brosse. La brosse, c'est dynamique, on le sait tous. Mais porter une brosse avec élegance relève de la gageure et ça ne va pas à tout le monde. La brosse n'allait qu'à Lionel, mon prof d'Histoire-Géo de Lycée. Ce mec était indécoiffable. Comme elle. Toujours dans un souci poussé d'esthétique, la brosse est blonde platine, péroxydée. Ahh le péroxyde. Lourdes boucles créoles en or qui pendent à ses oreilles et oscillent avec les accélérations du train. Lourdes bagues d'or serti d'aigues marines et de topazes. De jolies pierres bleues et jaunes mais là... Ca doit être tout cet or à ses doigts. Je n'aime pas. Elle a quand même des lunettes avec une monture très fine qui "font très jeune", qu'on voit à peine car, elle, elle choisit des montures modernes. J'imagine aussi qu'elle a dû suivre les conseils de son opticien Afflelou du cours Belsunce qu'elle aime bien et qui lui a fourgué une autre paire d'énormes solaires, "parce qu'il faut quand même protéger vos yeux". On terminera par la besace en cuir frangé dans lequelle Mado, Noëlle, Andrée ou Yvette a rangé son livre de sudoku, son rouge à lèvre rose et son petit miroir pour se remaquiller avant d'arriver à Marseille-Saint-Charles. Heureusement, alors qu'elle dort, elle ne ronfle pas.
J'ai beaucoup aimé Marseille cette fois-ci après m'être pas mal promené dans la ville. Ils ont posé des vaches en résine peinte un peu partout dans la ville, ce qui "fait rentrer l'art contemporain dans la contemporanéité".

La ville est moins sale qu'on ne me l'avait laissé croire. Si ce n'est les nombreuses déjections canines qui constellent les trottoirs. Si bien qu'on devrait d'ailleurs les appeler crottoir. Un mistral à décorner les vaches de Marseille & Cow me dissuade de monter à la Bonne mère. Je croise une camionette "du droit" engagée pour la lutte au côté des Palestiniens, taggée de Non à l'occupation, Non à la colonisation. Je croise, sur le cours d'Estinenne d'Orves, une réplique de marbre du Milon de Crotone, du sculpteur Puget.

C'est vraiment celle que j'aime le moins des trois grandes sculptures présentées au Louvre. A voir absolument Alexandre et Diogène. Je rentre après ces deux jours en famille, heureux d'être passé sous la Loire.
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