Un brin de fétichisme des chaussures
Il est environ 23H45. Je me pose sur le quai de Toulouse Matabiau en attendant mon train de nuit. Un mec m'alpague tout de suite et me propose du feu pour la cigarette que je viens à peine de sortir du paquet. J'accepte. J'apprends qu'il est colombien et qu'il bosse à Paris comme cuisto. Il me raconte ses vacances à Cancun, banalités à la con. Il y a plus qu'une sorte d'ambiguïté dans son regard, ses sourires email diamant. Je me dis que c'est son "côté latin". Bref, il embraye vite sur les "filles" du Mexique : Mexicaines, européennes, américaines. Des "chaudes". Il me demande si j'ai une copine. Je lui réponds que non et tente de changer de sujet. C'est là qu'il me raconte qu'il compte bien mettre sa nuit à profit dans le train pour choper. Je flaire le coup à plein nez. Tous ces mecs "hétéros" parlent toujours de filles pour jauger un mec. Comme tous les arabes pédés que j'ai cotoyés. Un grand classique de parler de meufs pour savoir s'il y a moyen avec un mec... Mes yeux tombent sur ses chaussures. Des vieilles Puma avec une ouverture sur le côté. Noires poussiéreuses. Recouvertes d'une sorte de velours. J'ai toujours détesté ces basquettes. Il faut des petits pieds pour les porter, et là, c'est loupé. Il a des immenses panards. Tout d'un coup, il me dégoûte. Bref, je zappe. Il monte dans la voiture 25 et moi dans la 24.
Mon beau-père m'avait dit un jour quelque chose qui est resté gravé. "Si tu veux connaître un homme, regarde ses chaussures". Je reconnais le caractère péremptoire et stupide de ce genre d'assertions. J'ai moi même des chaussures très sales et me considère pourtant comme un "garçon bien". Il est difficile d'établir un lien entre la personnalité d'un individu et ses chaussures, mais quand même, je reste persuadé qu'infime qu'il soit ce lien existe. Je me souviens, quand je cherchais un colocataire pour mon appart de Jérusalem, un petit gars, au physique particulier - il était vraiment, vraiment, pas beau -, plein d'esprit, allemand, gay comme je l'avais deviné au premier regard, était venu à la maison pour visiter l'appart. Je ne pouvais m'empêcher de trouver son physique ingrat, sans pouvoir vraiment penser à autre chose qu'à ça, alors qu'on discutait de la campagne allemande et qu'il me taillait un portrait au vitriol des Allemands de son bled. Mes yeux tombent sur ses chaussures. Des vieilles New Balance brunes, crasseuses et usées. Belles. Believe it or not, j'ai changé de regard sur ce petit mec. Il portait bien ses New Balance. Se dessinait enfin en réserve quelque chose de presque excitant chez lui, ses vieilles basquettes.
Ce train de nuit, arrivé à 6h59 à Austerlitz ce matin, me ramenait sur Paris. J'ai passé mon après-midi à me balader dans les rues du Marais et du centre. Retrouver mes "vieilles habitudes", c'est à dire un demi aux Marroniers avec le Monde et Al Sharq al Awsat. J'ai écouté les conversations : " Quoi ? moi ? plus de 25 ans ? tu te fous de moi chéri, attends quelques mois ! Quoi ? Tu te rends pas compte ! J'ai acheté deux aller-retour à 3.000 dollars ! Oui, la RH a mal géré". Ca c'était à mon oreille droite. A mon oreille gauche, l'égrenage des aventures sexuelles des amis du groupe d'amis de la table d'à côté. "Il baise qu'une fois par mois, bourré et à 3H du mat. T'es bronzé dis donc ! Oh mais c'est musclé ça ! T'as vu mon nouveau casque à 1.000 euros?". Bref, je suis comme un poisson dans l'eau au milieu de ces futilités, les savourant une par une. Je ne dis pas que je tiendrai ainsi infiniment. Mais ces gars sont beaux, c'est déjà une qualité. Il n'y a rien dont on se lasse plus vite que la beauté disait Deneuve un soir de JT sur France 2 au Festival de Cannes.
Mais je suis tellement content d'être à Paris. Sentir ces regards, c'est revigorant, agréable, tentant, instantané, fugace, inutile. Et pour terminer sur une autre citation, C'est encore plus beau quand c'est inutile plaçait Rostand dans la bouche de Cyrano.
Mon beau-père m'avait dit un jour quelque chose qui est resté gravé. "Si tu veux connaître un homme, regarde ses chaussures". Je reconnais le caractère péremptoire et stupide de ce genre d'assertions. J'ai moi même des chaussures très sales et me considère pourtant comme un "garçon bien". Il est difficile d'établir un lien entre la personnalité d'un individu et ses chaussures, mais quand même, je reste persuadé qu'infime qu'il soit ce lien existe. Je me souviens, quand je cherchais un colocataire pour mon appart de Jérusalem, un petit gars, au physique particulier - il était vraiment, vraiment, pas beau -, plein d'esprit, allemand, gay comme je l'avais deviné au premier regard, était venu à la maison pour visiter l'appart. Je ne pouvais m'empêcher de trouver son physique ingrat, sans pouvoir vraiment penser à autre chose qu'à ça, alors qu'on discutait de la campagne allemande et qu'il me taillait un portrait au vitriol des Allemands de son bled. Mes yeux tombent sur ses chaussures. Des vieilles New Balance brunes, crasseuses et usées. Belles. Believe it or not, j'ai changé de regard sur ce petit mec. Il portait bien ses New Balance. Se dessinait enfin en réserve quelque chose de presque excitant chez lui, ses vieilles basquettes.
Ce train de nuit, arrivé à 6h59 à Austerlitz ce matin, me ramenait sur Paris. J'ai passé mon après-midi à me balader dans les rues du Marais et du centre. Retrouver mes "vieilles habitudes", c'est à dire un demi aux Marroniers avec le Monde et Al Sharq al Awsat. J'ai écouté les conversations : " Quoi ? moi ? plus de 25 ans ? tu te fous de moi chéri, attends quelques mois ! Quoi ? Tu te rends pas compte ! J'ai acheté deux aller-retour à 3.000 dollars ! Oui, la RH a mal géré". Ca c'était à mon oreille droite. A mon oreille gauche, l'égrenage des aventures sexuelles des amis du groupe d'amis de la table d'à côté. "Il baise qu'une fois par mois, bourré et à 3H du mat. T'es bronzé dis donc ! Oh mais c'est musclé ça ! T'as vu mon nouveau casque à 1.000 euros?". Bref, je suis comme un poisson dans l'eau au milieu de ces futilités, les savourant une par une. Je ne dis pas que je tiendrai ainsi infiniment. Mais ces gars sont beaux, c'est déjà une qualité. Il n'y a rien dont on se lasse plus vite que la beauté disait Deneuve un soir de JT sur France 2 au Festival de Cannes.
Mais je suis tellement content d'être à Paris. Sentir ces regards, c'est revigorant, agréable, tentant, instantané, fugace, inutile. Et pour terminer sur une autre citation, C'est encore plus beau quand c'est inutile plaçait Rostand dans la bouche de Cyrano.
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