Week-end RTT

Publié le par Qalawun

Je suis assis dans un café à attendre. Attendre à Hertzilia un jour de shabbat est une expérience que je ne souhaite pas vraiment à grand monde. Là, près de mon carrefour, en plein centre-ville, je n’entends que le bruit des feu piétons pour aveugles. Ils battent en rythme une sorte de mélopée de cigales mécaniques. Il fait chaud avec un petit vent « bien frais, bien agréable » comme dirait l’autre. Je suis interrompu dans mon écriture – j’écris donc sur cette terrasse de café, le seul ouvert des kilomètres à la ronde on dirait – par une juive perruquée qui attire mon attention. Elle s’arrête devant une porte d’immeuble avec un interphone et un code. Je viens d’y voir rentrer une Philippine qui parlait au téléphone. Elle a l’air bien emmerdée. Elle tente de pousser la porte. Sans résultat, elle est fermée. Elle se tient le menton et a l’air de réfléchir. Je suis sûr qu’elle ne se pose même pas la question de savoir si oui ou non elle appuiera sur une des commandes de l’interphone. C’est shabbat et c’est un interdit qu’elle ne transgressera pas. Elle repart d’où elle est venue. Puis non. Elle revient et crie en direction des étages. Ida ! Ida ! Avec une voix haut perchée. Les persiennes s’entrouvrent puis se referment. Une bonne minute plus tard la porte s’ouvre sur un quarantenaire, une petite kippa vissée sur la tête, à la barbe noire et drue,. Elle pointe loin en avant de son menton. Il sourit à ma perruquée qui entre, soulagée. Ma seule attraction d’Hertzilia.


On bouge. J’aurai trop rendu service ce matin là. Embouteillages. Nous voilà à Pituach. Une banlieue chic à l’américaine. Magnifiques pavillons entourés de verdure. Bordures d’où rien ne dépasse. Même les chiens sont silencieux. C’est donc calme, bourgeois et sans intérêt.

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Retour vers Tel Aviv. Embouteillages. Nous sommes sur la même plage qu’hier, entre le Sheraton et le Renaissance. Nous sommes sur Gordon Beach je crois. La plage où toute la gay pride est arrivée hier. Contrôle des sacs à l’entrée sur la plage close de barrières de sécurité. Faudrait pas faire sauter les pédés, nan mais. Les principaux axes de la ville sont plein ==plein== de rainbow flags suspendus aux lampadaires. Comme on met lors des visites officielles de chefs d’Etat des drapeaux chinois, allemands ou je ne sais quoi. La Mairie de Paris fait-elle ça pendant nos parades ? Hier encore, au Kikar Rabin, la place d’Yitzhak Rabin, d’immenses drapeaux gay flottaient sur Ibn Gvirol, l’avenue qui longe la place. L’ambiance, pendant la gay pride, ou plutôt le rassemblement de fin de marche que j’ai vu, était celle d’une « kermesse populaire » comme le dit l’AFP. Elle utilise cette description pour l’opposer à celles des parades gay de Jérusalem qui ont un aspect beaucoup plus politique, revendicatif. Il y a beaucoup d’hétéros, des couples même s’embrassent et se touchent. Une population mélangée, osant tout, sans complexe. On les sent libres. Capables du pire comme du meilleur. On va se baigner, au milieu de grosses vagues. Et là, je me rends compte que je nage au milieu de quinze bombasses tout droit sorties de séries TV. Des mecs tous plus bien faits les uns que les autres. Des sortes de modèles académiques, oui, des académies, parfaitement dessinées, mesurées, pondérées. Des maillots de bain qui tombent magnifiquement sur ces fessiers israéliens ronds comme les monts de Galilée. Oh la, qu’elle est belle cette comparaison…. Lol. Jamais les muscles dans l’excès, trop point n’en faut, et ce poil méditerranéen qui a poussé juste là où il faut. Bref, c’est une expérience extrêmement bouleversante que de nager dans ces vagues. Expérience qui n’a laissé personne indifférent.

On sort de l’eau : quand la musique est bonne, bonne, bonne. Gros beats expulsés des caissons de basse dont on sent que Tel Aviv a fait sa spécialité. Un homme regarde la foule bouger du balcon de sa chambre d’hôtel. Deux étages plus haut, c’est une femme qui nous observe. Les gens qui dansent ne sont pas tous beaux. Mais beaucoup sont bien faits. Si je devais comparer, alors oui, il y a plus de « beaux » ici. Je loupe la soirée Offer Nissim du soir. Places à prendre en pré-vente très chères et à mon avis déjà sold out.  Le soir, Jérusalem. Une vieille maison de l’Est, près de l’ancienne porte Mandelbaum. La baraque de l’agence de l’ONU pour la Coordination des Affaires humanitaires – OCHA. Grosse teuf, as usual. Ils ont doublé la quantité de tickets contenus dans un carnet pour acheter des boissons. Ce qui fait qu’on a tous bu deux fois plus. Toute une société d’expatriés – dont je fais partie – qui essaye de danser sur les rythmes arabes. C’est tellement drôle. Certains se loupent. D’autres chopent, le mouvement de la main, ou celui du bassin. Jamais les deux en même temps. J’ai du mal à cacher certaines accointances pendant la soirée…


Hier, Tel aviv encore. Manifestation organisée par un collectif d’ONG israéliennes contre l’occupation des Territoires palestiniens. Cela fait 40 ans, la plus longue occupation de l’histoire contemporaine (je crois que je me répète).  Il y a Peace Now, ICAHD, Gush Shalom, le PC israélien, the Sisterhood for Peace (une association de lesbiennes pour la paix, géniale), des pédés, des anars, des verts, ma coloc, moi, 3000 personnes sur la Place Rabin. Un des faiseurs d’Oslo. Un des essayeurs de paix. Une des victimes de l’extrémisme juif aussi. Là aussi, ambiance de kermesse. Mais pour un sujet beaucoup moins drôle. Un de mes amis me disait, assez justement, que toute cette extrême gauche était la « bonne conscience » d’Israël. Expression même de la démocratie, possibilité de critiquer ouvertement et radicalement la politique de l’Etat. Et l’Etat laisse défiler ces gens. Mais ceux-ci, si au niveau personnel on ne sait jamais s’ils sont « à fond », totalement convaincus, ou si la majeure partie est juste là pour elle aussi se donner bonne conscience, savent qu’ils ne feront pas bouger les choses. Effectivement ils sont peu nombreux sur tout le payx. Effectivement ils sont tout de même un peu motivés par leur cause. Mais malheureusement rien ne bouge et ils le savent. Et ca fait plusieurs années que cela dure. Le constat est un peu douloureux. L’extrême gauche israélienne est une caution démocratique qui, sur le plan de la paix, ne fait pas avancer les choses. La gauche n’en est plus une de toute façon. Effectivement ces gens sont là, marchent avec des pancartes, des vieux, des jeunes, des chevelus, sous les regards intrigués des passants et des gens assis aux terrasses de café. Tel Aviv est loin de Jénine, Ramallah, Gaza. 80 km, 100 km. Trop loin pour que ces passants aient un quelconque intérêt dans ce qu’il se passe chez leur voisin qu’ils occupent. Voilà pourquoi les regards intrigués. J’ai peu d’espoir pour qu’un d’entre eux ait été véritablement interloqué, changé. Je ne suis même pas sûr que cette manif ait permis de sensibiliser les passants. Comme un train qui passe dans la campagne, au milieu des vaches. Tel Aviv se désintéresse du reste. Elle lâche même ses colons perdus à Kiryat Arba, la terrible colonie d’Hébron. Dont le démantèlement était pourtant scandé par les manifestants.

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A Jérusalem, le même jour, pour la même cause, ce n’était pas 3.000 personnes mais 60, réunies à une des portes de la Vieille Ville. La police a menacé de charger à la moindre pancarte sortie, au moindre slogan scandé. Pas d’effusions à Jérusalem.


Je retiendrai une chose : « Ken, ken, ken la shalom ! Lo, lo, lo la Kiboush ! ». Oui à la paix, non à l’occupation!

 
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Publié dans Jour après jour

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P
Dis, tu me ramène une perruque juive ? ;-)Je plaisante... Bon il faudra que je te fasse entrer à l'expo  "Airs de Paris" : une vidéo présente des juifs laiques issus de familles très religieuses qui racontent leurs expériences de retour à la raison (si j'ose dire). C'est très amusant.
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