40 ans plus tard, Jérusalem

Publié le par Qalawun

Alors que les Palestiniens "célèbrent" le 59ème anniversaire de leur Nakba - la catastrophe - de 1948, celle que représente la création de l'Etat d'Israël et la réduction de la Palestine palestinienne à l'actuelle Cisjordanie et à la bande de Gaza, alors que cette même bande de Gaza s'enfonce encore dans un chaos le plus noir depuis des mois, que les morts se comptent par dizaines dans des violences factionnelles interpalestiniennes, alors que l'armée israélienne a repris ses frappes aériennes à Rafah, Israël célèbre aujourd'hui Jérusalem et sa réunification. En 1967, à l'issue de la guerre des Six jours, Jérusalem Est, sous contrôle jordanien, est prise par l'armée israélienne. La Vieille ville est occupée, le mont du Temple sous contrôle israélien, Moshe Dayan marche, enfin, sur l'Esplanade des mosquées. Le quartier des maghrébins, devant le mur des lamentations, sera vite rasé pour permettre aux pélerins de venir contempler la nouvelle conquête, celle du saint des saints. La porte de Mandelbaum, seul point de passage entre partie israélienne et partie jordanienne de 1948 à 1967, n'a plus raison d'être. Jérusalem Est est annexée. La population palestinienne qui y vit se voit proposée, non pas la citoyenneté israélienne, mais une carte de résident de Jérusalem. Ce qui, 40 ans plus tard, avec la construction serpentine du mur de séparation, aura de désastreuses répercussions. Mais c'est un autre sujet. Ceux qui refusent s'en vont, dans les camps de réfugiés, ailleurs.

Il faudra attendre le 30 juillet 1980 pour que la Knesset déclare Jérusalem "réunifiée et capitale éternelle d'Israël". Aucun Etat du monde n'a reconnu cette annexion, aucun Etat du monde n'a reconnu Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël. A l'exception de 3 Etats d'Amérique centrale dont le plus grand est le Nicaragua. Pour les Français, et la majeure partie de la communauté internationale, Jérusalem est toujours un corpus separatum, selon le plan de partition de l'ONU de 1948 et la résolution 181.

Des milliers d'Israéliens sont dans les rues, avec des milliers de drapeaux israéliens. Le centre est bloqué par la police. Elle est partout, avec les garde-frontières appelés en renfort. J'ai réussi à "forcer" un barrage avec ma voiture.  La première fliquette me dit d'abord qu'ils bloquent le passage parce que "it's dangerous there". Peut-être pensent-ils que les Palestiniens qui vivent dans cette partie arabe de la ville éprouvent un fort ressentiment à l'égard de leur célébration. Je passe et une seconde fliquette me gueule dessus quand je lui dis qu'on devrait tous passer.
Les Palestiniens ont réussi à passer derrière moi, avec leur voiture. J'arrête ma voiture et lui demande si elle a un problème. Mon collègue me dit de filer. L'énorme orage de l'après-midi a déverser des tonnes de boue dans l'entonoir de Wadi al Joz. Ma voiture blanche nage au milieu de la boue.

Ils célèbrent une ville sans reconnaissance politique autre que la leur. Ils célèbrent une ville dont certains des habitants originels sont les proies d'une volonté politique qui souhaite expurger, vidanger, nettoyer, épurer la terre. Le dernier rapport de la Croix rouge l'indique encore. Ce sont ses mots : les politiques israéliennes dans Jérusalem Est [are]
"reshaping the development of the Jerusalem metropolitan area" with "far-reaching humanitarian consequences". Peu importe, ce qui se passe ici est un summum du révoltant, de l'injustice, de culot, du cynisme et de l'ironie de l'histoire. En un mot, l'impudence. Un de mes collègues me disait : "La colonisation est passée de mode, et pourtant...". Du détail au général, du général au détail, il est extrêment difficile de trouver justification à ces politiques. Et dans les rues s'agitent, pendus aux bras, aux ceintures, des centaines, voire des milliers de rubans oranges, la couleur des colons du Gush Katif, ceux de Gaza, opposés au retrait de 2005. La couleur de ceux qui veulent la terre, toute la terre, tout Eretz Israel, le Grand Israel.
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Publié dans Jour après jour

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R
Moi qui se demandais depuis des années ce que pouvait bien être cette porte de Mandelbaum évoquée dans 'aid ila Haifa.....Merci Poto !
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