How beautiful you are
You don't have any idea about how beautiful you are. He's mad about you ! C'est ce qu'elle me dit en m'extirpant du pilier sur lequel je me suis adossé. On est au Levantin, à Tel Aviv. Son copain fait le DJ depuis une dizaine de minutes, dans une soirée gay, et elle, passe de mec en fille et de fille en mec pour danser. Extraordinaire cette fille. J'en avais déjà parlé dans je ne sais plus quel billet. La serveuse du Gula, la fille aux yeux qui roulent. Je ne sais pas ce qu'elle a pris ce soir-là - elle est high comme on dirait - , mais elle m'embrasse, comme elle embrasse mon Israélien et la jolie fille d'à côté. Gêné, je me suis quand même laissé faire. Un sourire un peu coupable se dessine, je tends mon bras vers la seconde moitié de mon couple. La musique est bonne mais la pièce trop enfumée. Encore une fois, j'ai cette même impression de corps agités qui n'ont rien à perdre. Des images sont projetées sur les murs, des images qu'on pourrait voir à Beaubourg. On est rentré gratis grâce à elle. Des grosses gouttes froides me tombent dans le coup, s'échappant de la colonne de climatisation, quand j'essaye de lui faire comprendre qu'on va s'en aller. Il doit être 3H30, 4h00.
Quelques heures plus tôt, on était dans un bar tout en béton, avec de la très, très, bonne musique. Un bar gay encore. J'ai oublié le nom. Y. me faisait remarquer que c'était un des seuls bars de ce genre où une certaine mixité des âges était respectée. C'est une ambiance de bunker assez marante. Un énorme pilier soutient la voute de béton. Les toilettes sont organisées de telle façon qu'on peut contempler la salle et le bar. Trois beaux barbus bien lookés hétéro servent toutes nos cousines. Musclés, mal léchés, bien habillés, miam. On est avec Alejandro, un juif argentin médecin, l'air fou, drôle et sans doute un peu déprimé. Il nous fait rire. On dirait un personnage de film. La nuit est longue, on rentre sur Jérusalem à 5h30. J'ai découvert la magie du vodka redbull. Ce n'est pas forcément bon mais ça maintient un cheval éveillé toute la nuit. Je fume. Je rentre dans les toilettes. J'adore ces moments de presque solitude, où la musique est légèrement moins forte, où je me concentre pour pisser tout en étudiant les graffiti. Que des choses en hébreu, forcément. Quelques flyers traînent par terre, collés au carrelage par l'humidité et le reste. Je débloque le verrou, retour dans la musique. Le DJ est sous l'escalier, je manque de faire tomber mon mégot sur un de ses pc. Il y a dans ce bar une diversité de pédés qu'on retrouve peu à Paris j'ai l'impression. L'âge un peu, mais le look aussi. Disons-le pas sectaire. Bears, folles, pseudo hétéros, skins, skaters, de tout.
La veille, j'allais chercher Y. dans le restau où il bosse. Un restau chic marocain dont le patron parle français. Je discute avec une des serveuses. Une jolie blonde, bien faite, dont la mère tient une clinique de chirurgie esthétique. Elle me raconte que sa mère lui offre une liposuccion. Elle trouve ses cuisses trop larges. Moi qui ai pourtant un regard averti, je trouve ses cuisses très bien. J'essaye, en vain, de l'en dissuader. Plus drôle - cette fille est magnifiquement blonde, de longs cheveux fin d'un blond radieux - elle me raconte qu'un client du restaurant, un juif orthodoxe, lui a proposé 500 dollars pour lui acheter... ses cheveux. Les femmes juives orthodoxes portent toutes des perruques. Ses cheveux blonds, une fois coupés et montés en perruque en ferait une splendide. Je confirme. Le plus drôle, me dit-elle, c'est qu'il lui a proposé si cher parceque rien ne vaut les cheveux d'une juive pour une perruque d'orthodoxe. En arriver là, tout de même. Quoi qu'il en soit, elle a refusé. Pour le mariage de son frère où elle refusait d'aller avec la tête rasée.
Hier après-midi sous la pluie, un temps d'hiver avec un lourde pluie. Mais les premières gouttes faisaient ressortir cette odeur si particulière à l'été, celle du sol de terre chaud. On se balade dans le quartier arménien de la vieille ville. On y voit un ami, qui nous fait visiter le couvent. Il nous raconte qu'il avait l'habitude d'y aller la nuit, trouver un religieux amoureux des garçons. L'entrée est interdite au vulgum pecus. Le quartier arménien est un immense complexe, une ville dans la ville, rien que pour les Arméniens qui sont en grande partie cantonnés là-dedans. Je goutte un fruit bizarre cueilli sur l'arbre d'un jardin privé. A côté, un olivier sur lequel les Arméniens disent que le Christ aurait été flagellé. Peut-être la colonne de la via dolorosa. Un week-end tout en constastes. J'ai même assisté à une manifestation d'étudiants israéliens, contre l'augmentation des tarifs de la fac. Couchés sur le sol de la rue principale de Jérusalem, la rue de Jaffa. La centaine d'étudiants se sont fait éjecter par au moins 250 flics et garde-frontières. La police montée est venue en renfort, huée par la foule. Dix chevaux ont débarqué dans la foule pour la disperser après l'évacuation forcée des jeunes protestataires. Il y avait plus d'hommes armés que de jeunes étudiants, encore une preuve de la militarisation de ce pays. La même chose serait arrivé dans l'Est. C'est à coup de gaz lacrimogènes et de bombes sonores qu'ils auraient dispersé la foule. Là, gentiment, ils les soulevaient un par un avant d'aller les jeter un peu plus loin, près des camions de police. Je n'avais pas mon appareil photo. Je m'en suis un peu voulu. Mais, dans la plus grande indifférence, entre la petite mer de jeunes couchés sur la route et les forces de l'ordre, une quinzaine de photographes et cameramen évoluaient sans problème. Jérusalem, avec Londres et New York, a une des plus grosses concentrations de journalistes permanents étrangers, m'avait-on dit.