Dubai

Publié le par Qalawun

Les rires débilitants de The Cleveland Show, un dessin-animé qui, avec American Dad et Family Guy se veut une satire de la middle class américaine. Ou en tous cas c'est ce que j'imagine. Effarante nuisance sonore. La coupure pub est presque une pause de bonheur, c'est pour dire...

 

Dubaï. Long vol d'Emirates. Trois films dans l'avion. Mon voisin de gauche est un musulman observant qui passe de longs moments aux toilettes. Mon voisin de droite est un jeune Londonien qui cherche à engager la conversation. Je lui piquerais bien son casque Bose. On mange. C'est veal ou chicken. Je décapsule la barquette du plat principal. Veal est en fait une sorte de saucisse odorante façon koftah. Pas forcément très bon. The Box, nul. The Man who stare at goats, nul. Paranormal Activity, nul mais aux effets rétroactifs puissants. Il fait nuit. J'essaye d'apercevoir la terre du hublot que mon voisin maintient à moitié ouvert. A moitié fermé. Les petites lumières jaunes de longues routes rectilignes. Sous nos pieds, la côte du Golfe. PNC préparez-vous pour l'atterrissage. Dans un virage, un instant, j'aperçois Burj Khalifa, la plus haute tour du monde. Doigt magistral. I fuck you all with my tower. Bruits de systèmes hydrauliques. Paf. Sol. Freinage. Il doit faire 25 degrés. Je laisse le musulman observant et le jeune Londonien.

 

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Contrôle des passeports dans un palais des Mille et Une Nuits façon Kistch from the 21st century. Piliers démesurés supportant un plafond à 30 mètres au-dessus des têtes. Des fonctionnaires ennuyés se reflètent mille fois dans l'argent des pilliers. Ou bien les miroirs. Il fait froid. Un Emirien contrôle mon passeport sans même croiser mon regard. Stamp! Tamponné. Bagage. Taxi affreté par l'hôtel. La plus grosse berline BMW, vitres teintées, musique classique, jus d'orange. Je baisse la vitre pour voir Dubaï. Wilson, le chauffeur indien de Goa, me raconte qu'il est là depuis 19 ans. Il a vu l'émirat sortir de terre. Là il n'y avait rien. Là, rien. Là-bas, rien non plus. Ici, c'était le désert. Un World Trade Center, désormais petite tour perdue au milieu de véritables gratte-ciels, rappelle les débuts de l'urbanisation folle. L'odeur du cuir neuf m'écoeure. J'ouvre la vitre un peu plus. Deux tours jumelles, les Emirates Towers. C'est mon hôtel. On m'ouvre la porte, réception, hôtesses singapouriennes ou philippines tout en sourires et retenue. Carte magnétique.

Etage 47. Un Indien m'appelle l'ascenseur. Ding dong, petite sonnette au bruit feutré. L'ascenseur dessert les dix premiers étages et les 12 derniers, et vous envoie en l'air suffisament vite pour vous donner des haut-le-coeur et percer vos tympans. J'arrive seul au 47ème étage. C'est étrange, l'étage n'a que huit chambres dont une suite présidentielle. 4705. Ma valise est arrivée avant moi. Bouteille de vin. Cette chambre est grande, très grande. C'est une suite. Lumière tamisée. Deux écrans géants. Baies vitrées ouvrant sur cle grand vide urbain. La tour jumelle d'en face est tout éteinte. Monstre noir. Je me colle à la vitre. Regarde par terre. Je manque d'angle pour voir exactement au pied de ma tour. Je me déshabille, me jette sur le lit. Un vieux soap égyptien à la télé. Oh chante Asmahan. Je prends une douche. Ou bien un bain ? Baignoire ? Douche italienne ? Mange une des dattes fourrées posées sur la table basse du salon. C'est fou ce que l'argent apporte de délicates attentions. Je m'habille, costume noir, cravate bleue. Il faut descendre bosser. J'arrive dans le lobby. Ma boîte organise deux ventes à Dubaï cette semaine, la première d'art contemporain arabe, iranien et turc, la seconde de bijoux. Une partie du staff de Londres est là pour aider le bureau local. Je me promène dans les salles d'expo. Quelques grandes toiles admirées par des Sheikhs bedonnants et des poules en 'abayas noires, plutôt silencieuses. C'est facinant le faculté qu'a l'art de pousser les gens à se taire. J'imagine d'ailleurs que c'est plutôt la contemplation qui pousse les gens à se taire. Sans parler du mimétisme et du conditionnement qui font qu'on se tait, généralement, devant une oeuvre d'art. Silence sompu par quelques mots sélectionnés avec précaution: "Je n'aime vraiment pas!", "C'est extraordinaire" ou bien un simple mais efficace "J'adore". J'en ai sorti une pas mal à Istanbul la semaine dernière : "Ce truc n'a certainement pas sa place dans un musée". 

 

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Peu importe. L'art contemporain, c'est trendy. J'aurais bien acheté quelques toiles. On file au 360°, un bar au milieu de la mer au pied de Burj Dubai, l'hôtel "le plus luxueux du monde". Peu importe ce dont tu parles, Dubai est toujours "le plus". Le plus cher, le plus haut, le plus grand, le plus effarant. Cette ville est effarante. Je n'y ai passé que trois petits jours entre deux ventes importantes. Mais je l'ai trouvée nouvelle - je sais c'est un pléonasme pour Dubai - rafraichissante, diverse, conquérante, amusante, folle. Le complexe commercial ou mall qui se déploie au pied de Burj Khalifa (le grand doigt d'honneur aux autres tours du monde) reprend la façade des forts militaires du 17ème siècle, ceux d'inspiration portuguaise qui peuplent les côtes du Golfe et d'Oman. Un immense lac d'eau turquoise comble le grand vide entre le mall et la tour.

 

Combler des vides, le grand enjeu de Dubai. Remplacer le désert par des housing and office units, tracer des routes, importer une culture - ou plutôt certains morceaux choisis de cette culture - se hisser au rang non pas des nations qui comptent mais des attractions qui comptent. Faire de Dubaï un endroit où il faut passer pour s'amuser, dépenser, s'émerveiller. Pas vraiment pour admirer les Emiriens. C'est un succès. Ou en tous cas, ça en a toutes les apparences. C'est fou. Il est évident que le développement fulgurant de l'émirat est lié à la capacité, aux idées visionnaires, des têtes pensantes du régime. On veut en tous cas le croire. Mais avec ces 80% d'immigrés - toutes nationalités confondues - Dubaï n'est pas le produit des Emiriens. C'est d'ailleurs une des spécificité du lieu; la présence de toutes ces cultures différentes. Présence ne veut pas dire mélange, encore moins métissage.

 

Allez demander à un(e) Emirien(ne) s'il imagine pouvoir se marier avec un(e) Indien(ne)...

 

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Je doute que les centaines de milliers d'Indiens, de Pakistanais, de Sri Lankais, qui représentent le plus gros de cette main-d'oeuvre immigrée, tout en étant les plus pauvre, ne partagent quoi que ce soit avec le reste des immigrés, européens, américains, asiatiques. Evidemment, ce qui peut être tiré de ce melting pot ne profite qu'aux riches. Mais toutes ces cultures ensemble sur une minuscule portion de territoire offrent tout de même un curieux laboratoire, extraordinaire. Il faudrait évidemment aller vers plus de métissage. Ce qui n'aura pas lieu avant un bout de temps car j'imagine que la société émirienne reste toujours profondément conservatrice. Bon. Je n'ai vu Dubai que trois jours et je ne l'ai vu que du bout de ma lorgnette (du haut du 47ème étage d'un hôtel de luxe et à travers le prisme du marché de l'art). En faisant un rapide tour des galeries d'art contemporain de Dubai, je me suis tout de même étonné devant la création et la diversité proposée par ces galeries, plus ou moins concentrées dans deux quartiers de Dubaï. J'y ai rencontré des gens passionnés et de bons artistes. Rafraîchissant, dis-je. On ne sait pas combien de temps cela tiendra. Peut-être très longtemps. Il faudrait plus de lieux de socialisation. Que propose Dubai pour l'instant autre que des malls et des bars de luxe ? Je n'ai pas été à Der'a, le vieux centre, mais il n'y a pas de rues. Que des autoroutes.

 

Il faut dire que l'insupportable chaleur de l'été ne facilite pas la socialisation. Qui irait prendre un café en terrasse lorsqu'il fait 45° à l'ombre?

 

Mes pieds chauffent au soleil. Maillot de bain vert pomme. Salade César. Un ami est passé me voir au restaurant du bord de la piscine. C'est drôle de se voir ici. Il faut repartir. Tout ça pour ça. On m'a envoyé à Dubai pour passer des enchères en arabe. Je n'aurai parlé qu'anglais. La grosse berline BMW me ramène à l'aéroport. Le chauffeur Wilson m'en dit plus sur sa famille installée à Mumbai. L'avion pour Istanbul.

 

Le doigt d'honneur dans le ciel du Golfe.

Publié dans Découverte

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L
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T
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D
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J
<br /> <br /> revers de la médaille? : http://muscatconfidential.blogspot.com/2010/05/more-crime-and-punishment-in-uae-what.html<br /> <br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> Oh non c'est très bien The Box !!!<br /> <br /> <br /> <br />
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