Congolaises I

Publié le par Qalawun

Nuit de dimanche 7 à lundi 8 novembre

 

Kinshasa, République Démocratique du Congo. Appel de mon Israélien. L'iPhone sonne. Je décroche. La voix est distante. Que le cordon est difficile à couper. Quand j'étais petit, appeler mon père au Zaïre ne marchait que les jours de chance, et encore. C'était l'époque où nous recevions des lettres. Ce matin, dans la salle d'embarquement pour mon vol vers Kinshasa via Bruxelles, j'appelai Pékin et ma copine L. Elle au restau, moi Allo! Londres, Pékin, Kinshasa. Petite terre. God bless the telephone.

 

Un grand ventilateur qui fait du bruit. Le balcon qui surplombe de grands arbres du voyageur, une piscine, un paon et d'autres immeubles. Air moite. une chauve-souris volette entre les palmes. Moustiques. Mon pied enfle. Les premières morsures de l'Afrique. Dans la descente de l'avion, la bouffée d'air chaud, celle qui te drogue, t'envoie le signal qu'un autre monde gît là, au pied de l'échelle à roulettes déployée sous la porte de l'avion. La nuit lourde, les loupiotes postées le long du tarmac, les manuts en blouse bleu suant malgré la nuit, les hôtesses au sourire fatigué, heureuses de délester l'avion, le terminal pourri où nous passons la douane. Les lumières de N'jili, l'aéroport international. On nous attend avec une petite pancarte. C'est Darius. On monte au restaurant qui propose ce dimanche soir une blanquette de veau. Plat remarquablement fait pour l'endroit. Car c'est bien là que tout est possible. Nous n'y goûterons pas. Darius part chercher nos bagages.

 

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Papa est là, une grande table au balcon-terrasse. Elle est loin l'atmosphère aseptisée des aéroports de mon monde. Dessous, les avions, certains à hélices, et le notre qui repartira vers Bruxelles dans une heure ou deux. Sur la table, des bières locales. Autour de la table, un officier des renseignements militaires - Jean-Marie. Plutôt sympathique, parlant d'un ministre congolais qui 'maîtrise bien la langue de Voltaire'. C'est un pote au daron qui l'a fait venir 'en cas de problème' avec les douanes. Autour de nous l'orange fatigué des murs crépis. Un serveur en blanc, d'autres clients. Il est tard. Nous quittons la terrasse pour le parking. Une de ces petites voitures japonaises ou coréenne nous attend, Gauthier, le chauffeur d'Avis la conduit. On se serre à quatre à l'arrière. La longue route et ses nids de poule, le Stade des Martyrs, le parlement, grand bâtiment réplique d'un autre lointain, pékinois, les grandes affiches publicitaires décaties, les rues de la 'cité' puis de la 'ville'. La 'ville', ce sont les quartiers où il y a des immeubles. La 'cité', c'est le reste. L'immensité pauvre. Des maisons colorées, des Kinois qui attendent ou qui boivent, des brochettes maigres sur un grill...


L'appartement, les moustiques, une cigarette, la situation merdique du pays. Et des noms magiques - Virunga, Bukavu, Bambo-Loumene, Bateke. Je m'endors sur mon cahier. Un verre d'eau. Le paon braille. Bonne nuit.

 

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Publié dans Découverte

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Z
<br /> <br /> Enfin ! de retour ! c'est pas trop tôt !  ;o)<br /> <br /> <br /> Le bonheur de vous lire à nouveau !  Très heureuse année à vous !<br /> <br /> <br /> <br />
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